Chapitre 4 – 1927-1943 : Difficultés
De "Show Boat" à "Oklahoma!"

1928-1943: Autres artistes britanniques

4 ▸ 1927➙1943 – Entre crise et mutation
F▸Les musicals en Europe dans les années ’30
🇬🇧 Deuxième partie: les « Theatrical Thirties » 🇬🇧
2) Les grands artistes anglais des années ’30 🇬🇧 (33/34)

2.E) Autres artistes britanniques

À côté des grandes figures que sont Noël Coward, Ivor Novello, Vivian Ellis et Noel Gay, le musical britannique des années 1930 s’appuie aussi sur une constellation d’artistes plus discrets. Certains ne sont pas des compositeurs au sens strict, mais ils comptent parce qu’ils donnent au genre sa couleur populaire. D’autres écrivent des chansons, des refrains, des numéros de revue, sans laisser derrière eux de grands musicals complets.

Ces figures secondaires rappellent une chose essentielle : le West End ne se construit pas seulement avec quelques “grands noms”. Il vit aussi grâce aux chanteurs de caractère, aux monologuistes, aux auteurs de chansons comiques, aux paroliers, aux arrangeurs et à tout ce petit monde du music-hall, de la revue, du disque et de la radio.

2.E.1) Stanley Holloway (1890-1982): la voix populaire du music-hall

Stanley Holloway occupe une place à part. Il n’est pas d’abord un compositeur, mais un interprète, un acteur comique, un chanteur et surtout un monologuiste. Sa présence permet de rappeler que le musical britannique des années 1930 ne descend pas seulement de l’opérette ou de la comédie musicale élégante du West End: il vient aussi du music-hall, de la revue, du comique parlé et de la tradition populaire.

Holloway appartient à cette génération d’artistes capables de tenir une salle avec presque rien : une voix, un accent, un rythme, une histoire bien racontée. Il impose un art très britannique, celui du monologue comique, où la parole devient musique. Le texte avance comme une chanson : avec des reprises, des effets d’attente, des accélérations, des silences. Son talent n’est pas seulement de faire rire, mais de créer un personnage en quelques phrases.

Dans l’entre-deux-guerres, Holloway devient célèbre notamment grâce à ses monologues autour de figures comme Sam Small ou Albert Ramsbottom. L’éditeur Penguin présente ses monologues comme un corpus joué entre 1929 et 1941, avec des personnages devenus familiers du public britannique, dont Albert Ramsbottom et Sam Small.

Ce qui frappe chez Holloway, c’est le lien direct avec le public. Là où Coward représente l’esprit mondain, où Novello incarne le romantisme lyrique, Holloway apporte une autre énergie : celle du conteur populaire, du comédien de revue, du chanteur de caractère. Il fait entrer dans le musical une Angleterre plus quotidienne : les accents régionaux, les blagues de comptoir, les souvenirs militaires, les petites absurdités de la vie ordinaire.

Son importance tient aussi au disque. Ses monologues et chansons circulent largement par l’enregistrement : Naxos consacre par exemple une collection à ses monologues et chansons enregistrés en Angleterre entre 1930 et 1940. Cette diffusion permet à Holloway de dépasser le cadre de la salle : il devient une voix que l’on reconnaît chez soi, dans le salon, comme à la radio ou au théâtre.

2.E.2) Raymond Wallace (1881–1943): le songwriter discret derrière le pseudonyme

Le cas de Raymond Wallace est différent. Il faut le traiter avec prudence, car il ne s’agit pas d’un grand compositeur de musicals au sens où le sont Vivian Ellis ou Noel Gay. Raymond Wallace est le pseudonyme de Huntley Trevor, auteur de chansons populaires. Il appartient davantage au monde du songwriting, du music-hall, du disque et des chansons de danse qu’à celui du musical dramatique structuré.

C’est justement ce qui le rend intéressant. Il représente cette couche souvent invisible du paysage musical britannique : des auteurs qui écrivent des chansons pour les interprètes, les revues, les orchestres de danse, les disques et les éditeurs. Ils ne construisent pas forcément de grands spectacles, mais ils alimentent la vie musicale quotidienne. Sans eux, il n’y a pas de répertoire courant, pas de refrains à reprendre, pas de matière pour les chanteurs et les orchestres.

Parmi les chansons associées à Raymond Wallace/Huntley Trevor, on peut citer Jolly Good Company ou Old Father Thames. Pour Old Father Thames Keeps Rolling Along, SecondHandSongs précise que la musique est de Lawrence Wright, sous le pseudonyme Betsy O’Hogan, et que les paroles sont de Huntley Trevor, utilisant le pseudonyme Raymond Wallace.

Les catalogues de partitions montrent aussi cette présence dans l’édition musicale britannique des années 1930. La collection Alvah Sulloway de l’Université du New Hampshire recense par exemple des titres crédités à Raymond Wallace comme Ever So Goosey en 1929, It Always Starts to Rain en 1931, ou You Can’t Do That There ’Ere en 1935.

Raymond Wallace n’est donc pas à présenter comme un « grand architecte » du musical londonien. Il est plutôt le symbole d’un autre niveau de création : celui du répertoire populaire, de la chanson publiée, chantée, enregistrée, reprise. Là où Coward, Novello, Ellis et Gay donnent une forme au musical britannique, Wallace/Trevor rappelle que cette forme repose aussi sur une industrie très active de petites chansons, parfois comiques, parfois sentimentales, souvent destinées à être retenues vite.

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