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🎶 « The Little Mermaid » (Flanders Expo – Gand)

Deux jours de suite, un musical en matinée. Après Anvers et son superbe Mozart!, nous voici en route pour Gand et The Little Mermaid.
Changement complet d’univers.
Il s’agit cette fois d’une énorme production Disney montée par la société belge Marmalade, qui avait déjà investi Flanders Expo l’année précédente avec Beauty and the Beast. C’est même la première fois que la version Disney de The Little Mermaid est présentée en Belgique.
Et quand je dis énorme…

La scène doit bien faire plus de trente mètres de large. En réalité, elle en fait quarante ! Le plateau dépasse les 1.500m², un gigantesque écran LED de 400m² occupe le fond de scène, il y a une véritable proue de bateau, des fontaines, des acrobaties aériennes et même, pour la scène de la tempête, un rideau de pluie de 72 mètres.






Bref, on n’a pas lésiné.
Seulement voilà: la salle est à moitié vide. Et je suis gentil.
Vais-je assister à un bide? À l’une de ces superproductions ultra-commerciales dans lesquelles on a mis beaucoup d’argent partout sauf là où cela compte vraiment?
Étonnant quand même, parce qu’il y a du beau monde dans la distribution: Hans Peter Janssens, Anne Mie Gils, Jan Schepens, Kobe Van Herwegen, Ivan Pecnik… Pour ne citer qu’eux.
Et puis il y a un autre petit détail qui ne me rassure pas vraiment: nous devions normalement voir le spectacle la semaine dernière, mais notre représentation a été annulée et reportée à aujourd’hui pour des «raisons techniques». Raisons techniques ou salle désespérément vide?
Je n’en sais rien. Mais, quoi qu’il en soit, cela ne sent pas très bon…
Et puis le spectacle commence. Et dès les premières secondes, mes craintes s’envolent. Car c’est un vrai grand show musical. On retrouve évidemment le Disney de 1989, avec les chansons d’Alan Menken et Howard Ashman — Part of Your World, Under the Sea, Kiss the Girl… — mais la version scénique, créée à Broadway en 2008, développe considérablement le film. Doug Wright signe le livret et Glenn Slater écrit avec Menken de nouvelles chansons destinées à donner davantage d’épaisseur aux personnages et à permettre à cette histoire de fonctionner pendant toute une soirée de théâtre.


La production flamande utilise la traduction hollandaise de Martine Bijl, légèrement adaptée pour le public belge, mais surtout elle ne cherche pas à reproduire servilement le dessin animé sur une scène.
La mise en scène est confiée à Frank Van Laecke, et cela se voit. Malgré les dimensions presque absurdes de Flanders Expo, il réussit à raconter l’histoire et à ne pas laisser les personnages se faire avaler par la technique.
Et techniquement, justement, c’est assez bluffant.
Il faut faire croire que les personnages vivent sous l’eau dans un hall d’exposition gigantesque. Les lumières, la vidéo, les mouvements, les costumes et les acrobaties sont utilisés pour créer deux mondes vraiment différents: celui, lumineux et presque irréel, du royaume de Triton, et celui des humains à la surface. L’immense écran n’est pas là simplement pour dire «regardez comme nous avons un grand écran»: il participe réellement à cette sensation d’immersion. Mais heureusement, derrière les tonnes de matériel, il y a surtout des artistes.
Ianthe Tavernier est une très belle Ariel, Juan Gerlo un Prince Erik convaincant, Kobe Van Herwegen s’amuse énormément avec Sebastiaan et Anne Mie Gils (qui sera cet été notre Norma Desmond dans Sunset Boulevard à Bruxellons!) peut se régaler avec Ursula, personnage qui permet difficilement de faire dans la demi-mesure. Et puis il y a Hans Peter Janssens en Roi Triton.
Autrement dit, même lorsque Disney décide de faire surgir le papa d’Ariel du fond de l’océan, on lui offre quand même l’une des plus belles voix du musical flamand. Sans oublier Jan Schepens, Frank Hoelen, Nordin De Moor, Marc Lauwrys et Ivan Pecnik.
Qualité du chant, de la mise en scène, des décors, des costumes… Et magnifique qualité du jeu. Rien à dire. Et surtout, malgré la débauche de moyens, le spectacle a un cœur.

C’est peut-être finalement cela qui me surprend le plus. J’étais entré dans cet immense hall à moitié vide en craignant une machine commerciale Disney montée à coups de millions et d’effets spéciaux. J’en ressors après avoir simplement vu un très bon musical familial, remarquablement bien produit et remarquablement bien interprété.
J’ai passé un très beau moment.
J’ai ri.
J’ai été ému.
Que demander de plus à un grand spectacle familial ?
Sans doute plus de public.