🎶 « Mozart! » (Stadsschouwburg – Anvers)

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🎶 « Mozart! » (Stadsschouwburg – Anvers)

Par Ol de Bulles / Ven 29 Déc 17 · ⏰ 15:00

Un musical de Michael Kunze et Sylvester Levay en Belgique. Cela n’arrive pas tous les jours…

Et pas n’importe lequel. Mozart! est leur deuxième grande collaboration, après Elisabeth. Créé à Vienne en 1999, le spectacle a depuis beaucoup voyagé, particulièrement dans les pays germanophones mais aussi au Japon, en Corée du Sud ou en Chine. Et voici donc, pour la première fois, Mozart! en Belgique, dans une version en néerlandais produite par Music Hall en collaboration avec les Vereinigte Bühnen Wien.

Nous voici partis, un vendredi après-midi, pour Anvers.

La référence est avant tout celle de la dernière version allemande que nous connaissons, avec Oedo Kuipers dans le rôle principal. C’est dire à quel point l’attente est haute et la désillusion pourrait être forte.

Nous sommes au premier rang. J’adore.

Dès les premières notes, l’émotion est au rendez-vous.

Et pourtant, Mozart! n’est pas vraiment un musical «sur Mozart» au sens où il chercherait simplement à raconter la biographie du grand homme et à aligner les épisodes célèbres de sa vie. Kunze s’intéresse surtout à Wolfgang, l’homme qui doit vivre avec Mozart, le génie.

C’est d’ailleurs l’une des très belles trouvailles du spectacle: Mozart est dédoublé. Il y a Wolfgang, l’homme adulte, qui voudrait aimer, vivre, s’émanciper de son père, gagner son indépendance et être reconnu comme un individu libre. Et il y a Amadé, l’enfant prodige en costume rouge, presque muet, qui le suit partout et continue inlassablement à composer.

Le génie devient ainsi presque un personnage autonome. Wolfgang peut tenter de s’enfuir, de vivre, de devenir adulte: il ne peut jamais vraiment échapper à cet enfant génial qu’il porte en lui.

C’est cela qui me touche énormément dans ce musical: les combats que le célèbre compositeur a dû mener pour imposer sa musique et conquérir sa liberté, bien sûr, mais aussi sa lutte contre son propre génie, qui est à la fois ce qui le rend exceptionnel et ce qui l’empêche peut-être de vivre normalement.

Le conflit avec son père Leopold, son affrontement avec l’archevêque Colloredo, son départ pour Vienne, sa relation avec Constanze Weber prennent dès lors une autre dimension: derrière tout cela revient toujours la même question, celle de savoir à qui appartient Mozart. À son père? À ses employeurs? Au public? À la postérité? Ou simplement à lui-même?

La production anversoise ne fait heureusement pas les choses à moitié. Une bonne partie du dispositif scénique vient de la production viennoise: immense plateau tournant, projections, mélange d’éléments contemporains et de références au XVIIIème siècle. Les costumes jouent eux aussi avec les époques plutôt que de chercher la reconstitution historique.

Et surtout: un vrai grand orchestre live. Ils sont près de vingt et cela s’entend. Chez Levay, cette ampleur orchestrale compte énormément: sa partition mélange pop, rock, grandes envolées symphoniques et quelques clins d’œil au véritable Mozart sans jamais chercher à pasticher sa musique.

L’orchestre est à la hauteur. Et le cast aussi.

Avec surtout un magnifique Ruben Van Keer dans le rôle-titre. La comparaison avec Oedo Kuipers pouvait être cruelle; elle ne l’est absolument pas. Ruben possède le rôle, vocalement mais aussi dans cette fragilité de Wolfgang, perpétuellement partagé entre l’arrogance de celui qui sait ce qu’il vaut et le désarroi de celui qui ne sait pas très bien comment vivre avec ce don.

À ses côtés, Piek van der Kaaden est une très belle Constanze, et quel plaisir de retrouver la sublime Ana Milva Gomes dans le rôle de la Baronne von Waldstätten.

Et là, petit luxe supplémentaire: elle connaît particulièrement bien le rôle puisqu’elle l’a déjà interprété à Vienne. La voir dans cette production belge crée donc un lien très concret avec la tradition viennoise de l’œuvre.

En fait, l’ensemble de la distribution est impressionnante: Paul Vaes incarne Leopold Mozart, Lillian Maandag Nannerl, Tim Saey l’archevêque Colloredo et Ilse La Monaca Cäcilia Weber. Le petit Amadé est interprété en alternance par trois jeunes artistes: Dries Van Cauwenbergh, Linde Degeest et Anneleen Lambrecht.

Et cela fait surtout plaisir de voir monter en Belgique une production de cette ampleur d’un musical de Kunze & Levay. Elisabeth et Mozart! appartiennent à cette autre grande tradition du musical européen, née à Vienne, qui n’essaie absolument pas d’imiter Broadway ou le West End et qui possède son propre langage: grandes partitions populaires, sujets historiques, dimension sombre et personnages aux prises avec quelque chose qui les dépasse.

Avec Elisabeth, c’était la Mort.

Avec Mozart!, c’est peut-être pire encore: son propre génie.

Assurément à voir… et revoir !

Et, qui sait, peut-être un jour à Bruxellons! ?

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