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🎭 « The Toxic Avenger » (Arts Theatre)

Il y a des spectacles que l’on va voir parce que c’est dimanche après-midi et qu’il n’y a rien d’autre à voir. On se rassure en se disant que c’est dans un théâtre où on a vu (2 fois) American Idiot, que c’est un petit théâtre plein de créativité, que sur la façade on affiche en grand des ***** élogieux, …
Mais…
Mais c’est du second degré et j’ai un problème personnel avec le second degré. J’ai souri deux fois à Book of Mormon, et j’ai détesté Aladdin il y a deux jours. Et pourtant c’est suite à la rencontre avec la Cie Jean Bertoche (Pierre Pigeolet, Marie Hélène Remacle, Rési, Michel Hinderyckx, Monia Douieb, …) que j’ai fondé une boîte de prod et suis rentré au Théâtre Le Public. Ils étaient les rois absolus du second degré.
C’est dire avec quel empressement je me suis assis au second rang un dimanche à 15h pour voir un musical qui se déroule dans des égouts. En plus, ma voisine canadienne me fait la conversation, en anglais. Pourquoi n’est-elle pas québécoise?

Et bien, une fois les lumières de la salle éteintes, il aura fallu moins de une minute pour avoir mon premier éclat de rire. Qu’est ce que c’est bon de rire quand on ne s’y attend pas. Et moi et la canadienne et les 170 autres spectateurs de cette petite salle on n’a plus arrêté d’hurler de rire.
L’action se déroule à Tromaville, dans le New Jersey, une ville devenue une véritable décharge de déchets toxiques. Melvin Ferd the Third, jeune scientifique aussi idéaliste que maladroit, décide de lutter contre cette pollution et découvre que la maire corrompue de la ville est directement impliquée dans le scandale.
La maire décide donc de se débarrasser de lui. Ses hommes de main agressent Melvin et le précipitent dans une cuve de déchets toxiques. Mais au lieu de mourir, il en ressort métamorphosé: immense, vert, atrocement défiguré et doté d’une force surhumaine. Melvin devient Toxie, le Toxic Avenger, premier super-héros du New Jersey.

Toxie entreprend alors de nettoyer Tromaville — au sens propre comme au figuré — et de combattre la maire et ses sbires. Mais il poursuit parallèlement un objectif beaucoup plus romantique: conquérir Sarah, une jolie bibliothécaire aveugle dont Melvin était déjà amoureux avant sa transformation. Et le fait que Sarah ne puisse pas voir son apparence monstrueuse devient évidemment la source d’une bonne partie des gags, parfois franchement peu politiquement corrects.


Sous l’énorme farce se cache donc une sorte de La Belle et la Bête écologique: Sarah tombe amoureuse de Toxie sans connaître sa véritable identité, tandis que celui-ci doit accepter ce qu’il est devenu. Le tout se termine dans une confrontation avec la maire, avec quantité de violence de cartoon, de membres arrachés, de déchets radioactifs et de mauvais goût revendiqué. Le spectacle conserve néanmoins deux petits thèmes assez sérieux derrière la parodie: l’écologie et l’acceptation de la différence.

Pendant deux heures, du vrai second degré. Déjanté. Pas fabriqué dans une usine à clichés. Le second degré ne fonctionne que s’il surprend, si on ne l’attend pas. La musique est très rock, ce que j’adore. Les 5 artistes du cast sont époustouflants tant par leur jeu que par leur danse que par leur chant. Et même s’ils sont anglo-saxons, le talent cela reste impressionnant.
Voilà typiquement le genre de spectacle qui pourrait fonctionner en Belgique, en laissant le bouche-à-oreille s’installer, auprès d’un public jeune (trentaine). Mais avons-nous de quoi faire ce cast? En Flandres sans doute (Jolijn Antonissen en aveugle serait géniale) mais en francophonie?
Bon, la journée du théâtre drôle n’est pas finie… En route vers The Comedy About A Bank Robbery.

