â Retour Ă la saison : Saison 2017-2018
đ « A Christmas Carol » (Old Vic)

Il s’agit ici d’une nouvelle adaptation du cĂ©lĂšbre Scrooge, personnage de Dickens. L’adaptation est signĂ©e de Jack Thorne – l’adaptateur de Harry Potter and the Cursed Child – et mis en scĂšne par le directeur du lieu, Matthew Warchus. Prometteur donc. MĂȘme si les contes de NoĂ«l pour enfants, c’est pas trop mon truc. Je me rend compte en Ă©crivant qu’en fait j’ai plein d’Ă priori avant d’entrer dans les salles!


« Dare always dare » … Belle devise Ă l’entrĂ©e des stalls de l’Old Vic qui fĂȘte cette annĂ©e ses 200 ans.
A l’Old Vic, comme les trois derniĂšres fois oĂč je m’y suis rendu, la salle est totalement modifiĂ©e. On est dans un dispositif un peu type Ă©lisabĂ©thain, mais prolongĂ© jusqu’Ă l’arriĂšre des stalls par un long praticable. une partie du public est situĂ© Ă l’arriĂšre du plateau.



En fait, Warchus et Thorne ne se contentent pas de mettre joliment Dickens en scĂšne. Ils ont construit une sorte de cĂ©rĂ©monie théùtrale collective de NoĂ«l. Le dispositif du scĂ©nographe Rob Howell fait entrer la scĂšne profondĂ©ment dans la salle; le public se retrouve presque enveloppĂ© par le spectacle. Des dizaines de lanternes remplacent le lustre de l’Old Vic, les comĂ©diens et musiciens jouent les carols en direct, notamment avec des clochettes, et l’accueil du public lui-mĂȘme fait partie de l’expĂ©rience. L’Old Vic distribue mince pies (toutes petites tartelettes anglaises typiques de NoĂ«l) et mandarines avant le spectacle â quelque 40.000 mince pies par saison.
L’histoire est bien sĂ»r celle de Dickens: dans le Londres brumeux de la veille de NoĂ«l, Ebenezer Scrooge traverse les fĂȘtes avec la mĂȘme froideur quâil rĂ©serve au reste du monde. Avare, solitaire et indiffĂ©rent au malheur des autres, il a depuis longtemps tournĂ© le dos Ă toute forme de tendresse. Mais, au cours dâune nuit extraordinaire, trois esprits viennent lâentraĂźner dans un voyage Ă travers son passĂ©, son prĂ©sent et son avenir. Peu Ă peu, derriĂšre les rues illuminĂ©es, les chants de NoĂ«l et la chaleur des foyers, Scrooge redĂ©couvre tout ce quâil a laissĂ© sâĂ©chapper. Et comprend quâil nâest peut-ĂȘtre pas trop tard pour changer.
Le spectacle est trĂšs intelligent et trĂšs beau. En fait ce n’est pas un spectacle pour enfants, Ă la Matilda. C’est plus un spectacle pour que les adultes retrouvent l’enfant qu’ils ont Ă©tĂ©. Je comprends maintenant que l’on le dĂ©conseille pour les enfants de moins de 11 ans: « Le spectacle contient des aspects surnaturels pouvant ĂȘtre effrayants. Il contient aussi des moments d’Ă©motion de maturitĂ© que le jeune public peut trouver bouleversant« . Pas mal, non?
Et bien c’est tout Ă fait cela. Et le grand succĂšs de ce spectacle, c’est qu’il va chercher l’enfant qui est (ou a Ă©tĂ© en nous). Qu’on le veuille ou non. Par la forme d’abord. Tout est fait pour nous emmener dans un monde de rĂȘve (ou de cauchemar): la musique et les chants. Tout commence avec un chant de NoĂ«l oĂč l’instrumentation est intĂ©gralement faite de clochettes jouĂ©es par la vingtaine de comĂ©diens. Mais aussi, les costumes, la proximitĂ© des artistes qui distribuent Ă manger dans la salle, … Et puis ce moment oĂč il neige dans toute la salle est purement magique.
C’est rare que je prenne une photo pendant un spectacle mais cela me permettra de me souvenir de mon Ă©motion du moment.
L’histoire est trĂšs belle: « Un soir de rĂ©veillon de NoĂ«l, un avare invĂ©tĂ©rĂ© est visitĂ© par quatre fantĂŽmes qui l’emmĂšnent dans son passĂ©. Il se rend compte de son Ă©goĂŻsme et de la vie solitaire qui en a dĂ©coulé ».

Sur scĂšne, il y a aussi un enfant, de quatre ans grand maximum, qui est souvent prĂ©sent, et qui dit de longs textes. Que dis-je qui joue de longs textes, magnifiquement. Je n’ai jamais vu cela. Jamais. Plus qu’impressionnant et cela participe grandement Ă la magie du spectacle. Quand cet enfant meurt de fin, c’est insupportable.
Et Ă la fin, quand revient le concert de clochette, pour boucler la boucle, c’est ce jeune gamin qui fait la derniĂšre note, avant le numĂ©ro final. Ca aussi, je ne l’oublierai pas.
Belle rĂ©ussite. Intelligente et Ă©mouvante… Que demander de plus?
Petit commentaire, Ă la relecture, 10 ans plus tard
Le A Christmas Carol dont j’ai vu la 6Ăšme preview Ă lâOld Vic en 2017 Ă©tait bien une crĂ©ation mondiale d’une nouvelle adaptation (par Jack Thorne) du chef d’Ćuvre de Dickens. Et ce qui devait ĂȘtre au dĂ©part simplement une nouvelle production est devenu⊠un monument annuel de lâOld Vic.
La production a commencĂ© ses reprĂ©sentations le 20 novembre 2017 et sâest jouĂ©e jusquâau 20 janvier 2018, avec Rhys Ifans en Ebenezer Scrooge. LâOld Vic la prĂ©sentait alors comme une « new adaptation » de Dickens; les sources ultĂ©rieures du théùtre et de la presse la dĂ©signent explicitement comme la world premiere de la version Thorne/Warchus.
Elle arrivait d’ailleurs Ă un moment particulier: lâOld Vic allait cĂ©lĂ©brer ses 200 ans en mai 2018, et cette saison avait Ă©tĂ© conçue par Matthew Warchus autour de plusieurs crĂ©ations.
L’Ă©quipe artistique de l’Ă©poque est, pour l’essentiel, celle qui dĂ©finit encore le spectacle aujourd’hui :
â¶ adaptation: Jack Thorne, l’auteur de Harry Potter and the Cursed Child;
â¶ mise en scĂšne: Matthew Warchus, directeur artistique de l’Old Vic et metteur en scĂšne de Matilda et Groundhog Day;
ⶠdécors et costumes: Rob Howell;
â¶ musique et arrangements: Christopher Nightingale;
â¶ lumiĂšre: Hugh Vanstone;
â¶ mouvement: Lizzi Gee.
Et la distribution 2017 était assez étonnante rétrospectivement: Rhys Ifans en Scrooge, Erin Doherty en Belle, Golda Rosheuvel en Ghost of Christmas Present/Mrs Fezziwig, John Dagleish en Bob Cratchit, et le futur acteur de Am I Being Unreasonable? Lenny Rush parmi les quatre Tiny Tims.
Pourquoi cette version semblait-elle vraiment « nouvelle » ?
Parce que, comme je le disais Ă l’Ă©poque, Warchus et Thorne ne se contentaient pas de mettre joliment Dickens en scĂšne. Ils ont construit une sorte de cĂ©rĂ©monie théùtrale collective de NoĂ«l. Michael Billington relevait dĂ©jĂ en 2017 que les portes surgissaient du sol pour laisser apparaĂźtre Marley et les esprits et que la musique de Christopher Nightingale constituait une composante essentielle de la narration. Il soulignait aussi quelque chose d’important dans l’adaptation de Thorne: Scrooge est davantage psychologisĂ© que chez Dickens, notamment Ă travers la relation avec son pĂšre violent et ruinĂ©. C’est donc bien une piĂšce, pas un musical, mais la musique y est tellement organique que la frontiĂšre peut parfois sembler assez mince.
Et aprĂšs 2017 ? Eh bien⊠ils ne se sont pratiquement plus arrĂȘtĂ©s !
Le succĂšs fut tel que l’Old Vic l’a repris chaque NoĂ«l, en changeant principalement l’interprĂšte de Scrooge :
â¶ 2017â18 Rhys Ifans
â¶ 2018â19 Stephen Tompkinson
â¶ 2019â20 Paterson Joseph
ⶠ2020 Andrew Lincoln, version jouée en direct devant une salle vide et diffusée en streaming pendant le Covid
â¶ 2021â22 Stephen Mangan
â¶ 2022â23 Owen Teale
â¶ 2023â24 Christopher Eccleston
â¶ 2024â25 John Simm
â¶ 2025â26 Paul Hilton
â¶ 2026â27 Giles Terera (Hamilton)
Et lĂ , le chiffre est assez joli : la saison 2026â27 constituera la dixiĂšme annĂ©e consĂ©cutive du spectacle Ă l’Old Vic. Autrement dit, j’ai vu Ă la naissance de ce qui est devenu une tradition. Et j’y retourne pour la saison 2026-27.
Elle ne s’est pas limitĂ©e Ă l’Old Vic: la production est partie Ă l’Ă©tranger.
En 2019, elle est passée à Broadway, au Lyceum Theatre, avec Campbell Scott en Scrooge, Andrea Martin en Ghost of Christmas Past et LaChanze en Ghost of Christmas Present.
Et lĂ , joli couronnement: cette production a remportĂ© cinq Tony Awards â les cinq catĂ©gories dans lesquelles elle Ă©tait nommĂ©e: musique originale, dĂ©cors, costumes, lumiĂšres et son.
C’est assez inhabituel pour une piĂšce: le Tony de la Best Original Score dĂ©cernĂ© Ă Christopher Nightingale confirme justement Ă quel point la musique est constitutive du spectacle.
Une tournĂ©e amĂ©ricaine a ensuite eu lieu en 2021, avec notamment Bradley Whitford en Scrooge. Puis la production a gagnĂ© l’Australie: elle a notamment Ă©tĂ© créée Ă Melbourne en 2022 avec David Wenham.
Et il y a mĂȘme une nouveautĂ© en cette annĂ©e 2026: parallĂšlement Ă la dixiĂšme saison londonienne, une seconde production sera jouĂ©e au Lowry de Salford du 11 dĂ©cembre 2026 au 10 janvier 2027. Ce sera la premiĂšre fois depuis la crĂ©ation de 2017 que la production sera prĂ©sentĂ©e dans une autre ville britannique. Les producteurs annoncent qu’elle a dĂ©sormais Ă©tĂ© vue par prĂšs d’un million de spectateurs Ă Londres, aux Ătats-Unis et en Australie, sans compter le streaming mondial de 2020.
Septembre 2026
