← Retour à la saison : Saison 2017-2018
🎪 « Winterrevue – The Sound of Movies » ( Theater Elckerlyc – Anvers)

Aller voir une revue, a priori, ce n’est pas la chose qui m’excite le plus au monde. Le mot lui-même évoque un genre un peu poussiéreux: des plumes, des paillettes, quelques chansons, des sketches et des vedettes qui viennent faire leur numéro. Un divertissement d’un autre temps.
C’est pourtant précisément le pari que Dirk Van Vooren et Nico Warrinnier, avec leur société Theatertainment, ont tenté depuis 2015 au Theater Elckerlyc: ressusciter la grande revue de fin d’année à Anvers, mais en essayant d’en faire un spectacle d’aujourd’hui. Cette Winterrevue – The Sound of Movies en est déjà la troisième édition.
Et bien, je sais depuis ce soir que je vais attendre avec impatience la future Winterrevue 2018…
Les 3h30 que j’ai passées au Theater Elckerlyc d’Anvers sont simplement un festival de talent pur. Ça danse, ça chante, ça joue, ça improvise.
Et tout est parfait.
Tout est investi. Tout est cohérent. Sans se prendre au sérieux. Avec une autodérision absolue.
Jouissif.
Cette troisième édition est imaginée et mise en scène par Stany Crets, qui a eu cette année l’idée de donner pour la première fois un véritable thème à la Winterrevue : The Sound of Movies.
Le cinéma sert donc de fil rouge à toute la soirée. On passe des grands films musicaux et de leur glamour hollywoodien à des références beaucoup plus contemporaines, en mélangeant constamment chansons, sketches, danse et parodie.
Et surtout, contrairement à ce que le mot «revue» pourrait laisser craindre, tout cela est joué en direct, avec un véritable orchestre placé sous la direction d’Eric Melaerts. Les chorégraphies sont de Laurent Flament et les costumes de Griet Van Landeghem. Les plumes sont donc bien là — Stany Crets les avait même promises ! — mais sans le moindre complexe et surtout sans cette odeur de naphtaline que je redoutais un peu.
La figure centrale est l’acteur Herbert Flack, une immense vedette des planches et des écrans néerlandophones. Et sa présence est d’autant plus amusante qu’il n’est justement pas, au départ, un homme de revue. Il se lance pourtant dans tout: il joue, il chante, il danse, il parodie et surtout il accepte joyeusement de se ridiculiser. Talent pur et autodérision. Tout ce que j’aime.
À ses côtés, on retrouve l’humoriste Dirk Van Vooren. Ici aussi, on reste bouche bée. Il est plus que drôle: il occupe le plateau et tient une salle entière. Le numéro à trois en fin de spectacle où ils élisent «l’homme le plus con de l’année» est inoubliable. On hurle de rire pendant un quart d’heure.
Et c’est là sans doute que je découvre ce que peut être une bonne revue: les numéros peuvent se succéder sans nécessairement raconter une histoire, mais ils doivent être portés par des artistes capables de tout faire et, surtout, de créer cette complicité immédiate avec le public.
J’ai aussi découvert le comédien — et magnifique chanteur — Patrick Onzia. Sans oublier Ann Van den Broeck, qui chante et joue toujours aussi bien. Il ne faut pas oublier Shana Pieters, qu’on a eu le plaisir de voir éclore ces dernières années au Conservatoire Royal de Bruxelles, section néerlandophone. Ou encore Oonagh Jacobs, qui sera dans notre Sunset Boulevard au Festival Bruxellons! et qui danse comme une déesse.
Tout est investi jusqu’à la dernière phalange à tout moment.
En fait, en Flandre, ils ont la modestie d’appeler cela tout simplement «être professionnels».
Et au-delà des moments de grand humour — quelle qualité d’écriture, à côté de l’interprétation parfaite ! — il y a aussi de vrais moments musicaux.
Citons celui où Patrick Onzia entonne Bohemian Rhapsody de Queen. Ce qui constitue déjà un défi en soi. Et là, plus de parodie ou de second degré: le numéro fonctionne musicalement, vocalement et théâtralement. C’est prodigieux.
Je venais donc voir une «revue» sans grand enthousiasme et je découvre finalement ce soir quelque chose qui me paraît assez proche de ce que j’aime dans le musical: des artistes complets, un orchestre live, des chorégraphies exigeantes, une vraie direction artistique, une troupe qui ne ménage jamais son énergie et, surtout, cette impression merveilleuse que les gens sur scène prennent autant de plaisir que ceux qui les regardent.
Voilà donc comment, en 3h30, on peut me faire complètement changer d’avis sur un genre.
Les tickets pour 2018 sont en vente quand ?