🏛️ Expo « Basquiat – Boom for real » (Barbican)

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🏛️ Expo « Basquiat – Boom for real » (Barbican)

Par Ol de Bulles / Ven 19 Jan 18 · ⏰ 10:30

Le vendredi c’est le jour du poisson. Mais pire… C’est le seul jour de la semaine où il n’y a pas de vraie matinée dans les théâtres londoniens. Alors que faire? Et bien pourquoi pas une petite expo au Barbican? Le Barbican est déjà un voyage à lui tout seul. J’adore ce lieu créé à la fin des années ’70 situé au sein de ce magnifique piétonnier bien conçu – que les responsables bruxellois prennent un ticket d’Eurostar. Et en plus le Barbican est la mixité érigée en système: bibliothèque, 5 cinémas, 3 salles de spectacles, …

Cette expo permet de découvrir comment ce tout jeune artiste, Jean-Michel Basquiat, né à Brooklyn en 1960, d’un père haïtien et d’une mère d’origine portoricaine. Il a éclos dans le New-York de la fin des années ’70, une ville alors au bord de la faillite financière, où la criminalité a doublé en dix ans et le nombre de viols a triplé.

Downtown (la scène artistique et underground du sud de Manhattan) est un chaos de rues mal entretenues, de boîtes underground, d’écrivains déjantés et de poseurs chics, un monde de funk et de punk music, habité par Grace Jones, Sid Vicious, Lou Reed, Klaus Nomi ou Andy Warhol.

C’est le vivier d’où a émergé Jean-Michel Basquiat, après avoir quitté le domicile familial en 1977, à l’âge de 17 ans. Lui et son ami Al Diaz et commencent par tagguer les murs, portes et ascenseurs avec la première marque de fabrique de Basquiat : SAMO©, contraction de Same Old Shit. Mais le réduire au «graffeur devenu peintre» serait justement l’un des clichés que l’exposition cherchait à combattre.

Etape 2, avec Jennifer Stein, il assemble, à partir de coupures de journaux ou de publicité, mégots de cigarettes et autres matériaux, des collages en format carte postale, qu’il vend $1 aux visiteurs qui font la queue devant le MoMA.

On suit la vie de ce jeune artiste, étape par étape, presque mois après mois. Moi, qui ne le connaissais pas, au fur et à mesure que j’avance de salle en salle, et il y en a une dizaine en tout, je m’interroge sur son trajet.

Très étonnement, comme à chaque changement de salle on n’avance que d’une année, on ressent vite qu’en salle 10 on ne sera pas en 2018 et que s’il n’y a pas de salle 11, c’est que… Je découvre plus un homme qu’une œuvre. Une étoile filante.

Etonnant sa rencontre avec Andy Warhol qui lui achète une carte postale à 1$ avant de flasher sur lui et de le prendre sous son aile. Je m’arrête pendant dix minutes face à une télé et écoute au casque une discussion entre Basquiat et Warhol. Magique discussion entre un vrai adolescent dont on commence à reconnaître les talents et le monstre sacré. Très étonnement, toute l’interview se fait face caméra avec Warhol qui a son bras protecteur sur l’épaule de Basquiat. Qui a lu Freud?

Et il n’y a pas de salle 11 parce que, très affecté par la mort d’Andy Warhol le 22 février 1987, Basquiat s’enferme dans une vie recluse et produit peu. En 1988, après une année et demie d’absence, il expose à nouveau. Malgré le succès de son exposition, il se rend à nouveau à Hawaï au mois de juillet, afin de se défaire de sa toxicomanie. Il rentre à New York le 2 août et déclare être guéri de son addiction. Dix jours plus tard, Jean-Michel Basquiat est retrouvé mort dans son appartement de Great Jones Street d’une overdose d’héroïne et de cocaïne.

Pourquoi l’expo est-elle baptisée «Boom for Real»? C’était une expression que Basquiat utilisait lorsqu’une chose l’enthousiasmait: en gros quelque chose comme «là, ça explose pour de vrai!». On retrouve d’ailleurs les mots Boom for Real dans certaines de ses œuvres. La commissaire Eleanor Nairne explique que ce choix permet, pour une fois, de donner à une exposition Basquiat un titre provenant de son propre vocabulaire plutôt que de la légende construite autour de lui.

L’exposition est devenue l’exposition la plus visitée de toute l’histoire de la Barbican Art Gallery à aujourd’hui. Le Barbican a également constaté une arrivée particulièrement importante d’un public jeune. Et il y a une jolie anecdote londonienne: juste avant l’ouverture, Banksy est venu clandestinement peindre deux œuvres dans le tunnel de Beech Street, sur les murs extérieurs du Barbican, en hommage à Basquiat. L’une reprend notamment le célèbre motif de la couronne de Basquiat confronté à des policiers effectuant une fouille. Le Barbican a finalement… protégé les graffitis. Une institution protégeant un Banksy créé en hommage à un ancien graffeur: la boucle est assez savoureuse.

Très belle découverte…

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