đŸŽ¶ « Oliver! » (Gielgud Theatre)

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đŸŽ¶ « Oliver! » (Gielgud Theatre)

Par Ol de Bulles / Mar 31 DĂ©c 24 · ⏰ 13:00

Bon, aprĂšs les deux chefs-d’Ɠuvre de la veille (Benjamin Button et Oedipus), il va falloir assumer, Oliver!.

Ce musical de 1960 est signĂ© Lionel Bart. Cet auteur-compositeur est assurĂ©ment le pĂšre du musical anglais moderne, Andrew Lloyd Webber l’affirme en permanence. Lors de la crĂ©ation, le spectacle s’est jouĂ© 2.618 reprĂ©sentations, devenant le ‘longest musical’ Ă  l’Ă©poque. Et il a Ă©tĂ© transfĂ©rĂ© Ă  Broadway, ce qui Ă  l’Ă©poque Ă©tait trĂšs rare, mais allait s’accĂ©lĂ©rer entre autres, grĂące Ă  Andrew Lloyd Webber et Tim Rice.

Le musical sera repris Ă  Londres en 1967 pour 331 reprĂ©sentations par le tout jeune producteur Cameron Mackintosh (il a 30 ans), qui le recréé en 1977 au Piccadilly Theatre oĂč il tient l’affiche prĂšs de trois ans. Il est totalement fou amoureux du musical de Bart et de l’Ɠuvre originale, Oliver Twist de Dickens. Il reprendra le spectacle en 1983 Ă  l’Aldwych Theatre, avant un transfert Ă  Broadway qui sera un terrible flop avec Patti Luppone (17 reprĂ©sentations). Il recrĂ©era le spectacle en 1994, proposant une nouvelle mise en scĂšne et surtout des chorĂ©graphies signĂ©es de rien de moins que Matthew Bourne, dans le gigantesque Palladium oĂč il reste Ă  l’affiche 4 ans. Et enfin, en 2008, il reprend cette version au tout aussi gigantesque Theatre Royal Drury Lane oĂč il tient l’affiche 2 ans. Version que j’ai vue avec Alain Ă  l’Ă©poque. Magnifique spectacle. Rien que l’ouverture oĂč les enfants (ils Ă©taient plus de 40 Ă  l’Ă©poque) rĂ©clament de la nourriture avec la chanson Food, Glorious Food.

« Oliver! » en 2008 au Theatre Royal Drury Lane

Plus de quinze ans plus tard, Mackintosh qui a maintenant 78 ans et n’a plus rien Ă  prouver tant son trajet de producteur est impressionnant (Les MisĂ©rables, The Phantom of the Opera, Cats, Miss Saigon, Mary Poppins, Hamilton, 
) reviendra encore une fois sur cette Ɠuvre fĂ©tiche.

Pourquoi cette introduction? Pour ne pas oublier que je vais voir une Ɠuvre fondatrice du théùtre musical anglais, mais aussi une nouvelle petite version voulue par Mackintosch
 Qui continue Ă  se faire plaisir et Ă  faire plaisir aux autres puisqu’il a proposĂ© au chorĂ©graphe Marthew Bourne de s’occuper aussi de la mise en scĂšne. Ce sera sa premiĂšre.

On passe en plus de la scĂšne de 30m de large et de 25m de profondeur du Drury Lane Ă  celle du Gielgud Theatre qui ne fait que 10m sur 9m. On n’est pas trĂšs loin de la scĂšne du Public. Mais on me dirait qu’on monte Oliver! sur la scĂšne du Public, j’aurais hurlĂ© de rire. Bon, au Gielgud, il y a des cintres, mais cette histoire se passe dans tant de lieux diffĂ©rents
 Cela Ă©veille au moins ma curiositĂ©.

J’ai trouvĂ© quelques photos du montage:

On dirait que le volume a été occupé à 100%. Allez, le trailer


L’histoire commence dans une sinistre salle d’un hospice pour enfant pauvres et orphelins avec des tables vides
, mais oĂč « God is Love » (« Dieu est Amour »). La porte s’ouvre et des garçons, un bol vide Ă  la main, approchent de la table en chantant Food, Glorious Food (« Nourriture, nourriture glorieuse »). Ils ne sont nourris que de bouillie, mais trouvent un peu de rĂ©confort en imaginant un menu plus riche, plus glorieux.

La veuve Corney, qui dirige l’hospice, et M. Bumble, le bedeau de la paroisse, entrent pour servir la bouillie aux enfants. Seul l’une d’eux, Oliver, apporte le bol Ă  Bumble et demande: « I want some more! » (« J’en veux encore »).

Bumble est indigné. Il est immédiatement appréhendé et Oliver doit partir. Bumble le fait passer dans les rues de Londres chantant « Boy For Sale » (« Garçon à vendre »).

Il le vend comme apprenti à un entrepreneur de pompes funÚbres, M. Sowerberry. Oliver est envoyé dormir dans le sous-sol avec les cercueils (« Where Is Love? »).

Oliver s’enfuit et, aprĂšs une semaine de cavale, il se retrouve dans la ville de Londres oĂč il rencontre Artful Dodger, un garçon d’environ 16 ans. Dodger semble ĂȘtre un garçon gentil et accueille Oliver pour le rejoindre ainsi que ses amis (Consider Yourself). Dodger est, Ă  l’insu d’Oliver, un pickpocket, et invite Oliver Ă  venir vivre dans le repaire de Fagin. Fagin est un criminel vĂ©tĂ©ran qui envoie de jeunes garçons comme pickpockets.

Oliver n’est pas du tout au courant de la criminalitĂ© et croit que les garçons fabriquent des mouchoirs plutĂŽt que de les voler. Oliver est prĂ©sentĂ© Ă  Fagin et Ă  ses garçons et il lui enseigne ses mĂ©thodes (You’ve Got to Pick a Pocket or Two).

Le lendemain, Oliver rencontre Nancy, une membre plus ĂągĂ©e du gang de Fagin. Elle est aussi la petite amie du terrifiant associĂ© de Fagin, Bill Sikes, un cambrioleur brutal dont elle subit les abus parce qu’elle l’aime. Nancy, avec Bet, et les garçons affirment en chanson qu’ils aiment leur style de vie non conventionnel mais dangereux (« It’s a Fine Life »).

Oliver s’incline profondĂ©ment devant Nancy et Bet, essayant d’ĂȘtre poli. Tous les garçons rient et imitent Oliver. Nancy choisit Dodger pour dĂ©montrer la façon dont les riches se traitent les uns les autres (I’d Do Anything). Nancy et Bet partent, et Oliver est envoyĂ© avec les autres garçons pour son premier travail de vol Ă  la tire (Be Back Soon). Fagin dit Ă  Oliver de former Ă©quipe avec Dodger et un autre garçon nommĂ© Charley Bates, mais lorsque Dodger et Charley volent un mouchoir Ă  M. Brownlow, un vieil homme riche, ils s’enfuient, laissant Oliver seul, ne comprenant pas ce qui se passe. HorrifiĂ©, il est arrĂȘtĂ© par la police, non pas pour des vols Ă  la tire, mais tout simplement pour d’avoir l’air coupable. ENTRACTE. Waooow.

C’est fou d’avoir un spectacle qui repose Ă  ce point sur des enfants, comme l’Oliver ci-dessous qui est celui que j’ai vu: Jack Phillpott. C’est fou d’avoir dess enfants de 9 ans qui ont trente and de cariĂšre. Qui savent chanter ET jouer ET danser.

AprÚs une glace au caramel salé, on est reparti.

L’acte II commence dans le pub Three Cripples, oĂč, Nancy, Ă  la demande de clients turbulents, entame une vieille chanson de taverne avec les voyous de bas Ă©tage, (Oom-pah-pah).

Bill Sikes fait sa premiĂšre apparition et disperse la foule. Dodger arrive et informe Fagin de l’arrestation d’Oliver et que, comme il a Ă©tĂ© reconnu innocent par Mr Brownlow Ă  qui le gang a volĂ© un mouchoir, il est maintenant en sĂ©curitĂ© chez ce gentil et riche gentilhomme. Inquiets qu’Oliver ne les trahisse, Fagin et Bill dĂ©cident d’enlever Oliver et de le ramener Ă  la taniĂšre, avec l’aide de Nancy.

Nancy, refuse d’abord d’aider car elle trouve cela positif qu’Oliver s’en sorte, mais Bill la maltraite physiquement et la force Ă  l’obĂ©issance.

Le lendemain matin, dans la maison de M. Brownlow Ă  Bloomsbury, Mme Bedwin, la gouvernante, chante Ă  Oliver (Where is love? [Reprise]), et Oliver se rĂ©veille alors que les vendeurs de rue commencent leur journĂ©e de travail Ă  l’extĂ©rieur. M. Brownlow et le Dr Grimwig dĂ©cident qu’Oliver est assez bien pour sortir, alors Brownlow envoie Oliver rendre des livres au libraire.

Oliver voit un groupe de vendeurs de rue et les rejoint en chanson (Who Will Buy? [Reprise]). Alors que les vendeurs partent, Nancy et Bill apparaissent et attrapent Oliver. Ils le ramĂšnent dans la taniĂšre de Fagin, oĂč Nancy sauve Oliver d’une raclĂ©e de Sikes aprĂšs que le garçon ait tentĂ© de s’enfuir.

Nancy passe en revue avec remords leur vie Ă©pouvantable, mais Bill maintient que toute vie vaut mieux que rien, tandis que Fagin essaie d’apaiser les choses (It’s A Fine Life [Reprise]). LaissĂ© seul, Fagin rĂ©flĂ©chit Ă  son existence actuelle et aux possibles changements de vie (Reviewing the Situation). Cependant, aprĂšs avoir rĂ©flĂ©chi Ă  diverses excuses, il choisit de rester tel qu’il est.

De retour Ă  l’hospice, M. Bumble et la veuve Corney, sont informĂ©s par la pauvre vieille Sally mourante qu’Oliver est l’hĂ©ritier d’une famille riche. La mĂšre d’Oliver, Agnes, avait laissĂ© Ă  Sally un mĂ©daillon en or lorsqu’elle est morte en couches. Ils rendent visite Ă  M. Brownlow, qui a fait de la publicitĂ© pour aviir des nouvelles suite Ă  la disparition d’Oliver. ils ont l’espoir de profiter de toute rĂ©compense donnĂ©e pour des informations. M. Brownlow se rend compte qu’ils ne sont pas intĂ©ressĂ©s par le bien-ĂȘtre d’Oliver mais seulement par l’argent et les jette dehors. Il garde le mĂ©daillon. Reconnaissant l’image Ă  l’intĂ©rieur du mĂ©daillon comme une photo de sa fille, il se rend compte qu’Oliver est en fait son petit-fils.

Nancy rend visite Ă  M. Brownlow pour lui expliquer qu’elle et Bill ont enlevĂ© Oliver, et elle promet avec remords de lui livrer Oliver sain et sauf cette nuit-lĂ  sur le pont de Londres, mais refuse de quitter les autres membres du gang. Soupçonnant Nancy, Bill la suit alors qu’elle fait sortir Oliver de la taniĂšre de Fagin. Au London Bridge, il les affronte et frappe Nancy Ă  mort.

Suite Ă  la mort de Nancy, tout le gang se retourne contre lui et une course-poursuite s’organise qui se termine sur les quais de la Tamise. Bill apparaĂźt en haut du pont, retenant Oliver en otage et menaçant de le tuer. Deux policiers se faufilent et l’un d’eux tire sur Bill tandis que l’autre rattrape Oliver. AprĂšs qu’Oliver ait retrouvĂ© M. Brownlow, la foule se disperse. Fagin apparaĂźt et dĂ©cide que le moment n’a jamais Ă©tĂ© aussi propice pour remettre de l’ordre dans sa vie (Reviewing the Situation [Reprise]).

Fagin, joué par le magnifique Simon Lipkin

AprĂšs avoir longtemps doutĂ© – avant spectacle – qu’il Ă©tait possible de donner vie Ă  une « grande version » de Oliver! sur une si petite scĂšne, il n’a fallu que 10 minutes de spectacles pour ĂȘtre certain du contraire: cela le renforce. On a en permanence l’impression d’ĂȘtre dans une fourmiliĂšre, et ce, que l’on soit dans les souterrains, les rues ou l’hospice. Les passages d’une zone Ă  une autre sont trĂšs fluides, via des escaliers, un plateau tournant utilisĂ© entre autres pour retourner des dĂ©cors, des ponts qui montent et descendent. Les photos de montage du dĂ©but de cette chronique le montrent, mais aussi la photo prise Ă  mon arrivĂ©e avant le spectacle:

Une scĂšne peut par exemple se dĂ©rouler dans l’escalier Ă  jardin alors que le plateau tournant installe le dĂ©cor suivant. Il n’y a pas le moindre temps mort. Cette version est aussi beaucoup plus noire que celles que j’ai vues au Drury Lane en 2008 ou Ă  Anvers. On est vraiment plongĂ© dans le sombre Londres de Dickens. Le personnage de Bill Sikes, qui tue Nancy et enlĂšve Oliver n’est pas un mĂ©chant, mais un salaud. C’est trĂšs trĂšs diffĂ©rent. Rien que cette cicatrice sur son crĂąne nous met en alerte et est synonyme de danger.

Les chorĂ©graphies de Bourne, rĂ©alisĂ©e dans cette fourmiliĂšre, sont au niveau du ressenti trĂšs diffĂ©rentes de ce que j’ai jamais vu. Les danseurs sont comme sur des ressorts, donnant des coups de pied hauts et faisant voler les jupons, ils remplissent chaque centimĂštre carrĂ© de la scĂšne. Mais ce qui m’a le plus impressionnĂ© c’est la diversitĂ© des chorĂ©graphies de Bourne: magnifiquement exubĂ©rantes pour l’adolescent Artful Dodger, agrĂ©mentĂ©es de mouvements sournois pour Fagin et, bien sĂ»r, des mouvements d’ensemble bruyants pour le chƓur des garçons de l’hospice ou de la bande de Fagin. Tous les enfants jouent de maniĂšre impeccable et avec une prĂ©cision extrĂȘme.

Pour en revenir encore Ă  la scĂ©nographie de Lez Brotherston, il a eu cette trĂšs bonne idĂ©e d’Ă©voquer Londres avec des toiles de fond (vidĂ©o?) avec de jolis arriĂšre-plans sombres de la Tamise et de Saint-Paul Ă  l’horizon. C’est vraiment l’arriĂšre-arriĂšre-plan, mais c’est une petite touche en plus.

L’un des aspects les plus merveilleux de cette production est l’énorme travail de lumiĂšre de Paule Constable et Ben Jacobs; constamment atmosphĂ©rique, aidant toujours l’histoire, mĂ©langeant l’obscuritĂ© menaçante avec une beautĂ© illuminĂ©e lĂ  oĂč vous ne vous attendriez pas Ă  la trouver. La longue marche de Fagin et Dodger Ă  la fin du spectacle, par exemple, dans les lumiĂšres de Londres qui se rĂ©vĂšlent lentement, offre une superbe scĂšne finale. Et comme il est intelligent et crĂ©atif de reprĂ©senter le chien simplement par une ombre inquiĂ©tante suivant un mur Ă  la voix de son maĂźtre !

La Nancy de cette version est aussi trĂšs diffĂ©rente de ces versions romantiques que j’ai toujours vues, oĂč on nous prĂ©sente une femme joyeuse qui finit par mourir. Ici, Shanay Holmes est bouleversante dans le rĂŽle de Nancy. Notre cƓur et notre Ăąme sont emportĂ©s dans ce spectacle par son interprĂ©tation de Nancy. Elle est une femme dĂ©gradĂ©e, vulnĂ©rable, affectueuse, provocante, brisĂ©e. Nous n’avons aucun doute sur le fait qu’une vie Ă  vendre son corps a eu un coĂ»t Ă©motionnel Ă©pouvantable. Son interprĂ©tation de As Long As He Needs Me prend dĂšs lors une dimension tout autre: on entend rarement d’une maniĂšre aussi limpide son conflit interne Ă  propos de son amour pour un voyou violent qui n’hĂ©site pas Ă  la battre.

Et d’ailleurs, Aaron Sidwell est superbe dans le rĂŽle de Bill; nerveux, enflammĂ©, irrationnellement explosif et terriblement imprĂ©visible. C’est rare de voir des combats scĂ©niques totalement convaincants, et ici, ils sont parfaits. Rien que la gifle diabolique qu’il donne Ă  Nancy est hallucinante. Et quand il frappe Fagin sur la tĂȘte, nous le ressentons tous.

Il faut un Fagin d’une qualitĂ© rare pour qu’on finisse par avoir pitiĂ© de lui. C’est le cas avec Simon Lipkin. Sa prestation est si exceptionnelle qu’on a vraiment l’impression qu’à la fin du spectacle et qu’il s’est rendu compte que la rĂ©alitĂ© de sa vie passĂ©e n’avait pas d’avenir. D’habitude, ces paroles finales sont au « second degré », des bonnes rĂ©solutions d’ivrogne. Ici, non. Il a vraiment Ă©tĂ© Ă©branlĂ© par le meurtre de Nancy et par le fait qu’Oliver s’en sorte. D’ailleurs, pendant tout le spectacle, Fagin est cynique, mais soucieux et bienveillant de « son personnel ». C’est une fois encore trĂšs diffĂ©rent des versions prĂ©cĂ©dentes oĂč les Fagin avaient la main lourde. Enfin, mĂȘme si cela pourrait paraĂźtre totalement anecdotique (ça ne l’est vraiment pas et figure d’ailleurs dans la bande-annonce), pendant la poursuite finale, Fagin perdant pied sur le pont qui renverse son coffre au trĂ©sor de sorte que ses prĂ©cieux bibelots scintillent pour ĂȘtre engloutis par la riviĂšre. Et mĂȘme si on sait que chacun de ces bijoux avait Ă©tĂ© volĂ©, on a pitiĂ© de lui. Un travail incroyable.

L’ensemble du spectacle nous renverse. Il n’y a reien a changer, pas le moindre cheveu Ă  dĂ©placer tout au long de la reprĂ©sentation.

Chapeau bas!

Quelques curtains calls


Et puis deux extraits, mais filmĂ©s pour The Royal Variety Performance (donc pas au Gielgud Theatre) avec le jeune Oliver que j’ai vu (exceptionnel)? La deuxiĂšme, la plus longue, donne une vraie image du spectacle.

Et puis, juste en guise de souvenir, le trailer de la megaproduction au Drury Lane d’il y a quinze ans:

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