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🎶 « Guys & Dolls » (Bridge Theatre) CLOSING

Bon, après le carnage de cette après-midi au Drury Lane, je prends beaucoup moins de risques avec cette toute dernière représentation de Guys & Dolls au Bridge Theatre. Le spectacle avait ouvert le 3 mars 2023 et aura donc tenu l’affiche près de 2 ans, devenant le record de durée de ce nouveau théâtre (ouvert en 2017).
Ce sera donc ma deuxième et dernière vision du spectacle. Et la première fois où je le verrai en entier. En effet, l’an passé: « Lors d’une des dernières chansons du spectacle, Sit down, you’re rockin’ the boat, lors de la troisième reprise de cette chanson qui triomphe, un des comédiens est lourdement tombé d’un des plateaux surélevés. Show stop. Éclairage salle. Médecin. On fait qu’il ne bouge pas. Lourd silence. Annonce d’évacuation du pit. Applaudissements pour le blessé. Et réponse du blessé de sa voix puissante: « Thanks Folk. I’m still alive ». Re-applaudissement. Puis demande d’évacuation de toute la salle en prévoyant une annonce ultérieure dans le foyer. Annonce dans le foyer: fin du show annulé et mail envoyé dans les prochains jours pour remboursement. Applaudissements. » Voilà pourquoi je reviens: pour voir la fin!

Bien sûr, se carapater du Drury Lane au Bridge Theatre, cela tient de Koh-Lanta pour un adolescent en béquille. Mais j’adore ce quartier totalement rénové. Et puis, pendant tout le trajet vers The Bridge Theatre depuis la station de métro London Bridge, on voit au loin Tower Bridge. Je suis évidemment deux heures trop tôt. Buvons un cappuccino et tentons d’oublier The Tempest.


Le beau foyer et dans la liste du soir, que le main cast pour cette dernière…
Guys & Dolls est un musical de 1950 – créé à Broadway où il se joua à la création 1.200 fois – avec une musique et des paroles de Frank Loesser qui est aussi l’auteur de The Most Happy Fella (1956) et How to Succeed in Business Without Really Trying (1961). Mais Guys & Dolls est son triomphe.
Et Guys & Dolls n’est pas le musical le plus « intelligent » de l’époque. Règnent en maîtres absolus de cette époque, Rodgers et Hammerstein à qui l’on doit: Oklahoma! (1943 – le premier musical de tous les temps), Carousel (1945), State Fair (1945), Allegro (1947), South Pacific (1949), The King and I (1951), Me and Juliet (1953), Pipe Dream (1955), Cinderella (1957), Flower Drum Song (1958) et The Sound of Music (1959). La plupart de ces musicals abordent des thèmes profonds ou des problématiques de l’époque. Comme My Fair Lady (1956 – Frederick Loewe) ou Gypsy (1959 – Jule Styne).
Guys & Dolls, c’est donc juste un musical pour rire… Il a donc été créé à Broadway en 1950 (1.200 représ.) puis à Londres en 1953 au London Coliseum (aujourd’hui, l’un des deux opéras de Londres) où il s’est joué 555 soirs.
À Londres, ce musical a une très bonne réputation, ne fut-ce que parce qu’en 1982, lorsque Richard Eyre, le directeur d’un National Theatre alors au bord de la faillite, l’a programmé, ce fut un triomphe immédiat, repris de nombreuses fois: 289 représentations à l’Olivier Theatre du National Theatre en deux ans. Le record de cette salle. Et le National fut financièrement sauvé. Le spectacle contenait des stars comme Julia McKenzie (Miss Adelaïde), Bob Hoskins (Nathan Detroit) ou Julie Covington (Sarah Brown). Et Imelda Staunton – je suis fan absolu – dans un petit rôle. Juste pour se rendre compte du contraste en 40 ans…

Olivier Theatre – 1982

Les choses ont bien changé, même depuis le revival que j’avais vu au Phoenix Theatre en 2015 et que j’avais trouvé « chouette » sans comprendre l’engouement pour cette œuvre vieillotte. La version du Bridge Theatre est tout le contraire.
Le synopsis est simple: tout commence par un pari. Nathan Detroit parie que Sky Masterson ne peut pas persuader Sarah Brown, missionnaire de l’Armée du Salut, de l’accompagner lors d’un voyage à Cuba. Pendant que le mondain Sky exerce ses charmes sur une Sarah méfiante, Nathan fait de son mieux pour rester en dehors des griffes de sa fiancée, Miss Adélaïde, qui lui demande de se marier avec lui depuis … 14 ans. Elle a menti à sa mère, disant qu’elle était mariée et avait 5 enfants. Guys and Dolls est une fable sur ce qui arrive aux hommes qui sont dévorés par la passion du jeu et aux femmes qui se risquent à essayer de les apprivoiser. Se déroulant dans le monde bigarré du New York du milieu du XXème siècle, Guys And Dolls est un musical romantique et drôle, peuplé de gangsters et de joueurs, de jeunes femmes missionnaires (Armée du Salut) et de show girls légèrement vêtues. Et il est vrai que c’est l’une des grandes partitions musicales de l’histoire du théâtre américain, signée Frank Loesser.
Mais cela ne suffit pas à décrire le spectacle. Au Bridge Theatre, il n’y a pas que l’œuvre qui participe au triomphe. L’astucieux directeur du théâtre et metteur en scène, Nicholas Hytner, signe ici ce qui est son plus grand succès depuis qu’il a quitté le National Theatre. Il a choisi d’exploiter toute l’étendue de l’auditorium modulable du Bridge Theatre en supprimant les stalls (équivalent à « parterre » dans nos salles) et en permettant à 380 spectateurs debout de se promener et de s’immerger dans l’action. Avant le spectacle, les spectateurs debout se mêlent dans les rues animées de Broadway, qui sont remplies de vendeurs de hot-dogs et d’enseignes lumineuses clignotantes.

Soudain, des blocs de plate-forme surélevée se soulèvent du sol et l’agitation de l’histoire proprement dite commence, avec des techniciens habillés en officiers de la police de New York sur place pour guider le public alors que les blocs et les scènes se déplacent sinueusement. Ils sont 37 régisseurs-plateau. Il n’y a donc pas une scène avec des gens debout autour (et des gens assis à l’arrière conservé des stalls et aux deux balcons). Non. Au début on a un grand espace vide accessible et puis, au fur et à mesure du spectacle, il y a 16 grandes zones qui peuvent s’élever à plus d’1m et constituer des plateaux de tailles variables.



Ce n’est plus le même cast que l’an dernier, mais les acteurs sont toujours aussi épatants…





A l’image de la photo ci-dessous, on ressort de ce spectacle avec des étoiles plein les yeux. Mais aussi plein les oreilles. Et le cœur.

Parce que c’est parfait artistiquement. Mais aussi parce que le public y trouve vraiment sa place, y est intégré.
Après des décennies à traiter les grandes comédies musicales du XXème siècle comme des pièces de musée, il est de plus en plus reconnu dans le théâtre occidental – moins chez les asiatiques – que ces classiques seront oubliés s’ils ne font pas l’objet d’une réinvention. En général, cela signifie des versions plus sombres: en témoignent les productions actuelles du West End de Cabaret (Playhouse), d’Oklahoma! (Young Vic après Broadway) et de Sunset Boulevard (Savoy). Pendant plus de deux heures et demie, la version de Hytner du classique de 1950 de Frank Loesser n’a pas subi cet assombrissement, ce durcissement tragique. Non la scénographie avec les plates-formes montantes et descendantes incroyablement chorégraphiées est incroyablement amusante et dynamisante.
Les costumes et les robes de l’entre-deux-guerres sont magnifiques. Et on pourrait dire de même des lumières … Et puis il faut tirer un coup de chapeau spécial aux techniciens plateaux qui sont déguisés en policiers. En plus d’emmener les accessoires plus ou moins importants (tables, chaises, barrières, poteaux lumineux ….), comme des policiers faisant la circulation, ils font se déplacer les spectateurs debout dans le pit quand une plateforme va monter. Ils sont fermes et directs, mais toujours avec avec une précision bon enfant: s’ils étaient moins bien entraînés et trop tolérants à la lenteur des spectateurs, cela ne fonctionnerait tout simplement pas.
Quelques petites vidéos de ma soirée….
Installation durant l’entracte
Animation musicale durant l’entracte
Il n’y a pas souvent de chansons bissées dans les spectacles actuels (et heureusement, car, dans la plupart des spectacles, cela ferait sortir de l’intrigue) mais dans cette version de Guys & Dolls, il y en a une – Sit down, you’re rockin’ the boat – qui est souvent bissée ou trissée… Voici les 21 secondes que j’ai pu capter du « tris » avant qu’un policier – régisseur-plateau – me dise d’arrêter de filmer.
Et une grande partie des applaudissements de cette closing night. En bas de l’écran, on voit les régisseurs-plateau (policiers) qui font une haie d’honneur aux artistes allant saluer.
Et la fête continue….
Merci…

Et bienvenue à Richard II dans trois semaines! Vive la diversité.





































