â Retour au voyage : Londres dĂ©c ’24 – janv ’25
đ¶ « Curious Case Of Benjamin Button » (Ambassadors Theatre)

Bon, selon ce qui se dit un peu partout, cela ne devrait pas ĂȘtre nulâŠ

Un petit trailer pour vous mettre en appétit?
Le succĂšs semble en tous cas ĂȘtre au rendez-vous: « House is Full », c’est complet!
J’ai vu un certain nombre de spectacles dans ce petit théùtre, le plus petit du West End (400 places) dont Stomp qui s’y est jouĂ© dix ans. On y Ă©tait super mal installĂ©: aucun ‘legroom’, place pour les jambes. Mais, grĂące au COVID, le théùtre a Ă©tĂ© complĂštement rĂ©amĂ©nagĂ© passant de 444 Ă 400 places, et installant un ascenseur, permettant aux spectateurs d’accĂ©der aux stalls sans devoir monter ou descendre une marche. J’ai adorĂ©.
A l’extĂ©rieur, il y a un nouveau bar. Et oui le théùtre est trop petit! Un bar en plein air… D’oĂč les bonnets!
La salle a aussi Ă©tĂ© rĂ©novĂ©e. Tout semble tout neufâŠ
C’est toujours trĂšs gai de voir le dĂ©cor avant le dĂ©but du spectacle, car cela amĂšne plein de questions du style: « Comment vont-ils faire pourâŠÂ ». Mais ici, vu l’histoire qu’ils vont raconter, les questions sont encore plus vivaces.

The Curious Case of Benjamin Button (L’Ătrange Histoire de Benjamin Button) est Ă l’origine une nouvelle Ă©crite en 1922 par F. Scott Fitzgerald. J’ai bien sĂ»r vu le film, mais ce qui est possible au cinĂ©ma est parfois plus complexe au théùtre. Le livret de Compton est cependant trĂšs diffĂ©rent de celle de Fitzgerald et du scĂ©nario du film de David Fincher de 2008 avec Brad Pitt. Pour commencer, il ne se dĂ©roule pas dans lâAmĂ©rique du XIXĂšme siĂšcle, mais est pratiquement une lettre dâamour Ă la Cornouailles natale de Compton, son histoire sâĂ©tendant sur une grande partie du XXĂšme siĂšcle.
Lâintrigue de Fitzgerald est vaguement suivie, mais fortement « bricolĂ©e » â lâun des changements les plus significatifs est de faire naĂźtre le Benjamin du musical avec un esprit et un vocabulaire dâadulte complets plutĂŽt que de commencer sa vie comme un bĂ©bĂ© dans le corps dâun vieil homme.
Plus prĂ©cisĂ©ment, il a une joie, une romance et un Ă©lan au grand cĆur qui contrastent fortement avec le cynisme de Fitzgerald et la tristesse du film de Fincher. En effet, malgrĂ© des notes tragiques dĂšs le dĂ©part â la mĂšre de Benjamin se suicide trĂšs tĂŽt â le ton est largement fantaisiste et optimiste.
John Dagleish incarne Benjamin Button et il dĂ©livre une performance Ă©mouvante combinant la physique dâun vieil homme avec les expressions dâun enfant abandonnĂ©. On dit Ă Button quâil est un monstre â sa mĂšre lui chante une berceuse sombre et brĂ»lante. Ce rejet crĂ©era en lui une honte tenace, dont il ne se dĂ©barrassera que trĂšs difficilement, longtemps aprĂšs avoir rencontrĂ© Elowen, lâamour de sa vie.

Peu Ă peu, une histoire prend forme, alors que Benjamin commence Ă sâirriter contre son pĂšre qui le garde tout le temps Ă la maison, et commence Ă se faufiler au pub local oĂč il rencontre la barmaid Ă lâesprit libre, Elowen (Clare Foster). Ce spectacle n’est jamais drĂŽle ou comique. Non, il est beaucoup mieux que cela. Il est tendre. On a plein de sourires affectueux. Par exemple, dans le bar, lors de leur premiĂšre rencontre, Eloween lui demande ce qu’il veut boire. Comme un enfant, il rĂ©pond: « Une biĂšre ». Elle lui dit: « Quelle biĂšre? » et lui ne peut rĂ©pondre que : « Une biĂšre ». Il ne sait mĂȘme pas ce que c’est une biĂšre. Alors imaginer qu’il y en a des centaines. Et c’est lĂ qu’on sourit avec tendresse.

LâElowen de Clare Foster est impertinente, sĂ»re d’elle et a une voix stupĂ©fiante.
Au fil des annĂ©es, les deux sont attirĂ©es lâun par lâautre â elle a un faible pour les hommes plus ĂągĂ©s â mais des rebondissements les sĂ©parent pendant des annĂ©es, jusquâĂ ce quâils se croisent par hasard pendant la Seconde Guerre mondiale, alors quâils ont presque le mĂȘme Ăąge. Nous sommes la veille du dĂ©barquement en Normandie auquel il va participer.
Suite Ă cette nuit d’amour, ils auront un fils, qu’il dĂ©couvrira de nombreuses annĂ©es plus tard. Ă cette Ă©poque, Benjamin aura l’Ăąge physique de son fils. Magnifique confrontation, arbitrĂ©e par Elowen devenue « vieille ».
Ce musical ose, et assume, la poĂ©sie. Benjamin est trĂšs concret, trĂšs terre-Ă -terre. Elowen beaucoup moins. Elle aimerait qu’il apprenne Ă rĂȘver. Et son rĂȘve va concerner ⊠la lune. Dans les annĂ©es ’30, son sens du concret lui permet de rĂȘver qu’un jour un homme marchera sur la Lune. C’est Ă©videmment ce qui va se passer en 1969. Ă ce moment, sa femme sera en train de mourir et cela nous donne une des plus poignantes scĂšnes du musical.
La musique est prodigieuse. JouĂ©e en live par tous les comĂ©diens. Cela n’est pas du tout dĂ©rangeant, car on est de toute façon dans une histoire fantastique, dans une féérie. On n’imagine pas Norma Desmond jouer du violon tout en chantant dans Sunset. Voici quelque extraits pour en profiter, mĂȘme s’il ne sont pas filmĂ©s pendant le spectacleâŠ
Ce musical, en fait, est l’histoire de quelqu’un qui dĂ©couvre ce que veut dire l’expression « à la maison ». Naissant Ă la fin de sa vie plutĂŽt qu’au dĂ©but, Benjamin Button cherche sa place dans ce monde, cherche un endroit oĂč il puisse se trouver « à la maison ». Ce ne fut pas le cas avec ces parents qui l’ont cachĂ© Ă sa naissance. Cette recherche d’un « à la maison » est rendue complexe de par ses diffĂ©rences. Benjamin Button est lui-mĂȘme persuadĂ© la majoritĂ© de sa vie que ces diffĂ©rences l’empĂȘcheront de rĂ©aliser quoi que ce soit, de construire quoi que ce soit. La vie de Benjamin Button est unique, mais sa recherche d’appartenance est universelle. Ce que ce musical nous rappelle, c’est Ă©videmment que ce « à la maison » n’est pas incarnĂ© par un lieu, mais plutĂŽt par les gens qui nous entourent et qui donne vie Ă notre « à la maison ».
Ce musical est magnifique⊠Ce qui est gĂ©nial c’est qu’il vient du Off-Westend (Southwark Playhouse). Il s’agit donc ici d’un ‘West End Transfer’, dans un petit théùtre, il est vrai, mais quand mĂȘme. Cela semble aussi ĂȘtre une nouvelle tendance, dont le plus bel exemple est Six, qui a Ă©tĂ© transfĂ©rĂ© du Arts Theatre dans le West End et puis Ă Broadway. EspĂ©rons qu’il en sera de mĂȘme avec ce The Curious Case Of Benjamin Button.
Et pour vous montrer que ce spectacle attire les stars, regardez un peu qui Ă©tait lĂ âŠ

Steven Colombeen et son mari. La famille Bruxellons! connait les endroits oĂč il faut se trouver…
Et quelques photos pour mes souvenirs quand je relirai cela depuis le home…

DerniÚre petite remarque. Ce musical me fait profondément penser à Come from Away par son humanité, mais aussi par sa musique qui est proche de la musique irlandaise de Come from Away.






















