â Retour au voyage : Londres dĂ©c ’24 – janv ’25
đ « Robin Hood » (London Palladium Pantomime)

Nous savons tous que la pantomime est une importante forme des arts vivant en Angleterre durant les fĂȘtes, et certainement Ă Londres. Mais le cas du London Palladium est particuliĂšrement intĂ©ressant parce que sa pantomime de NoĂ«l est devenue, depuis son retour en 2016, presque un genre théùtral Ă elle seule. Elle tient autant du panto britannique traditionnel que du music-hall, du grand show de variĂ©tĂ©s et du spectacle Ă effets façon Las Vegas.

PremiĂšre prĂ©cision pour commencer : la pantomime britannique n’a pratiquement rien Ă voir avec le « mime ». C’est un spectacle populaire qui s’inspire gĂ©nĂ©ralement d’un conte ou d’une lĂ©gende trĂšs connue : Cinderella, Aladdin, Peter Pan …
Le rĂ©cit sert de squelette. Autour de lui, on greffe chansons populaires, grands numĂ©ros dansĂ©s, gags d’actualitĂ©, slapstick, participation du public, adresses directes Ă la salle, cĂ©lĂ©britĂ©s et doubles sens destinĂ©s aux adultes. Le public est supposĂ© crier, rĂ©pondre, huer le mĂ©chant et prĂ©venir un personnage de ce qui se passe derriĂšre lui : le fameux « He’s behind you! » / « Oh no, he isn’t! â Oh yes, he is! ».
Traditionnellement, on rencontre aussi le panto dame, personnage fĂ©minin extravagant gĂ©nĂ©ralement interprĂ©tĂ© par un homme, et historiquement le principal boy, jeune hĂ©ros masculin souvent interprĂ©tĂ© par une femme. Ces rĂšgles sont aujourd’hui beaucoup plus souples.
Pourquoi la Panto du Palladium est Ă part?
Le Palladium pratique cela Ă une Ă©chelle Ă©norme. Le théùtre compte 2.286 places, et son histoire est intimement liĂ©e au music-hall et au spectacle de variĂ©tĂ©s : c’est prĂ©cisĂ©ment cette tradition que les pantos actuelles rĂ©activent.
Le premier vĂ©ritable panto du Palladium remonte Ă 1914 avec Dick Whittington and His Cat. Mais la grande Ă©poque est surtout celle de 1948 Ă 1987, lorsque les pantomimes de NoĂ«l y deviennent une institution et attirent des stars comme Julie Andrews, Cliff Richard, Cilla Black, Ronnie Corbett, etc. AprĂšs Babes in the Wood en 1987, la tradition disparaĂźt pendant 29 ans. Elle renaĂźt en dĂ©cembre 2016 avec Cinderella, produite et mise en scĂšne par Michael Harrison, alors pour Qdos Entertainment, aujourd’hui Crossroads Pantomimes.

Et depuis, Harrison a créé une vĂ©ritable troupe informelle du Palladium. Julian Clary, Paul Zerdin et Nigel Havers en sont devenus les piliers. Cette annĂ©e, en 2025, ils fĂȘtent tous les trois leur dixiĂšme saison consĂ©cutive. Ă eux viennent s’ajouter chaque annĂ©e une ou deux grosses vedettes de tĂ©lĂ©vision, de comĂ©die ou de musical.



L’esprit : le conte est presque secondaire
C’est sans doute le point le plus important pour comprendre ces spectacles. Une pantomime « provinciale » peut encore raconter assez fidĂšlement Cinderella ou Jack and the Beanstalk. Au Palladium, le conte sert surtout de prĂ©texte Ă une succession de « turns », au sens du vieux music-hall : « maintenant Julian Clary », « maintenant le ventriloque Paul Zerdin », « maintenant la grande chanteuse », « maintenant le danseur », « maintenant Nigel Havers se fait ridiculiser », etc.
Les critiques le signalent rĂ©guliĂšrement : l’intrigue passe loin derriĂšre les vedettes, les costumes, les chansons et les effets. C’est tout Ă fait cohĂ©rent avec l’histoire du Palladium comme « home of variety ».
Et surtout, l’humour est beaucoup plus adulte que l’image française que l’on pourrait se faire d’un spectacle de NoĂ«l pour enfants. Julian Clary enchaĂźne les sous-entendus sexuels, suffisamment transparents pour faire hurler les adultes de rire mais gĂ©nĂ©ralement assez ambigus pour passer au-dessus de la tĂȘte des plus jeunes. Le Palladium lui-mĂȘme avertit dĂ©sormais que ses pantos comportent des commentaires trĂšs suggestifs et des plaisanteries « coquino-salaces » et ne sont pas spĂ©cifiquement conçues pour les trĂšs jeunes enfants. Alors, moi, je peux y assister parce que dĂ©jĂ en français, une blague sur deux, je ne comprends pas, mais alors dans la langue de Shakespeare.
La série moderne, année par année
La chronologie officielle du Palladium donne ceci depuis la renaissance de 2016:

Cinderella
2016-2017
MaltraitĂ©e par sa belle-mĂšre et ses affreuses demi-sĆurs, Cinderella rĂȘve dâune autre vie. Une marraine magique, un bal et une pantoufle perdue vont lui permettre de rencontrer son Prince Charming.
Quelques figures marquantes: Natasha J Barnes, Paul O’Grady, Amanda Holden, Julian Clary, Paul Zerdin, Nigel Havers, Lee Mead

Dick Whittington
2017-2018
Sans le sou, Dick Whittington part pour Londres avec son chat afin dây chercher fortune. AidĂ© par lâEsprit des Cloches, il devra dĂ©jouer les plans de la redoutable Queen Rat avant que son destin ne le conduise jusquâĂ la mairie de Londres.
Quelques figures marquantes: Elaine Paige, Julian Clary, Charlie Stemp, Paul Zerdin, Nigel Havers, Gary Wilmot, Ashley Banjo & Diversity, Emma Williams

Snow White
2018-2019
Jalouse de la beautĂ© de Snow White, la redoutable Queen Dragonella dĂ©cide de se dĂ©barrasser dâelle. AidĂ©e par les Magnificent Seven et par son Prince, la jeune princesse devra Ă©chapper aux piĂšges de la reine pour que le conte puisse connaĂźtre son traditionnel happy ending.
Quelques figures marquantes: Dawn French, Julian Clary, Paul Zerdin, Nigel Havers, Gary Wilmot, Charlie Stemp, Danielle Hope, Vincent Simone & Flavia Cacace

Goldilocks and the Three Bears
2019-2020
Le cirque de Dame Betty Barnum et de sa fille Goldilocks est menacĂ© de ruine par Baron Von Savage, propriĂ©taire dâun cirque rival. Avec lâaide de leurs amis et de trois ours aussi talentueux quâinattendus, elles vont tenter de sauver leur chapiteau.
Quelques figures marquantes: Paul OâGrady, Julian Clary, Matt Baker, Paul Zerdin, Nigel Havers, Gary Wilmot, Janine Duvitski, Sophie Isaacs

Pantoland at the Palladium
2020-2021
Pas de conte traditionnel cette annĂ©e : conçu en pleine pandĂ©mie, Pantoland est une grande revue de NoĂ«l rĂ©unissant chansons, humour, danse, numĂ©ros de variĂ©tĂ© et clins dâĆil aux pantomimes prĂ©cĂ©dentes du Palladium. CommencĂ©e le 12 dĂ©cembre, la sĂ©rie est interrompue dĂšs le 15 dĂ©cembre par le retour des restrictions sanitaires.
Quelques figures marquantes: Julian Clary, Elaine Paige, Beverley Knight, Paul Zerdin, Nigel Havers, Gary Wilmot, Charlie Stemp, Ashley Banjo & Diversity, Jac Yarrow.

Pantoland at the Palladium
2021-2022
AprĂšs lâĂ©dition brutalement interrompue de 2020, Pantoland revient dans une version dĂ©veloppĂ©e. Toujours pas de rĂ©cit traditionnel, mais un voyage Ă travers lâunivers de la pantomime sous forme de gigantesque revue mĂȘlant comĂ©die, chansons, danse, magie et numĂ©ros spectaculaires.
Quelques figures marquantes: Donny Osmond, Julian Clary, Paul Zerdin, Nigel Havers, Gary Wilmot, Jac Yarrow, Sophie Isaacs et les Tiller Girls.

Jack and the Beanstalk
2022-2023
Jack vit avec sa mĂšre Dame Trot et leur vache Pat. Lorsquâil Ă©change celle-ci contre quelques haricots magiques, une gigantesque plante surgit et lui ouvre le chemin vers le monde du gĂ©ant Blunderbore, quâil va devoir affronter.
Quelques figures marquantes: Dawn French, Julian Clary, Alexandra Burke, Paul Zerdin, Nigel Havers, Gary Wilmot, Rob Madge, Natalie McQueen, Louis Gaunt.

Peter Pan
2023-2024
Peter Pan entraĂźne Wendy vers Neverland, le pays oĂč les enfants ne grandissent jamais. Mais Captain Hook et ses pirates rĂŽdent : avec Tink et les Lost Boys, Peter devra une nouvelle fois affronter son ennemi jurĂ©. C’est la premiĂšre pantomime que j’ai vue au Palladium.
Quelques figures marquantes: Jennifer Saunders, Julian Clary, Paul Zerdin, Nigel Havers, Gary Wilmot, Rob Madge, Louis Gaunt, Frances Mayli McCann.

Robin Hood
2024-2025
Dans la forĂȘt de Sherwood, Robin Hood et ses Merry Men sâopposent au redoutable Sheriff of Nottingham et viennent en aide aux opprimĂ©s. Entre deux exploits, Robin tente Ă©galement de conquĂ©rir le cĆur de Maid Marion. La version qui nous occuppe.
Quelques figures marquantes: Julian Clary, Jane McDonald, Marisha Wallace, Charlie Stemp, Paul Zerdin, Nigel Havers, Rob Madge, Tosh Wanogho-Maud
L’Ă©dition 2024
J’ai trouvĂ© que l’Ă©dition 2024 – Robin Hood – poussait presque jusquâau bout ce que la pantomime du Palladium est devenue: le conte nâest plus vraiment le spectacle; il est le prĂ©texte Ă une gigantesque revue de NoĂ«l.
Sur le papier, on reconnaĂźt Ă©videmment Robin Hood : Robin et ses Merry Men vivent dans la forĂȘt de Sherwood, le Sheriff of Nottingham est le mĂ©chant, Maid Marion doit ĂȘtre sauvĂ©e et King Richard finit par remettre les choses en ordre. Mais le scĂ©nario est extraordinairement mince. Une compĂ©tition de tir Ă lâarc, lâenlĂšvement de Marion et un mariage fournissent Ă peu prĂšs lâossature narrative. London Theatre va jusquâĂ Ă©crire quâil nây avait « virtually no plot to speak of ». Câest trĂšs rĂ©vĂ©lateur: si quelquâun Ă©tait venu pour dĂ©couvrir la lĂ©gende de Robin des Bois, il aurait probablement appris davantage en lisant le programme pendant lâentracte.
La premiÚre particularité est que Julian Clary occupe cette fois le rÎle-titre. Depuis 2016, il était devenu la véritable star des pantos du Palladium tout en interprétant des personnages secondaires extravagants. Ici, le systÚme cesse en quelque sorte de faire semblant : Robin Hood devient Julian Clary.

Et pas question Ă©videmment de collants verts et dâune petite plume dans le chapeau. Hugh Durrant lui confectionne une nouvelle sĂ©rie de costumes absolument dĂ©lirants : il apparaĂźt notamment transformĂ© en hibou gigantesque, chĂąteau avec tourelles, champignons gĂ©ants et avis de recherche. La photo ci-dessous en est une preuve immĂ©diate et tangible!
Son Robin est ouvertement camp – trĂšs théùtral, flamboyant, volontairement excessif, sophistiquĂ© et ironique, mais pas simplement « homosexuel » – trĂšs Ă©loignĂ© de lâarcher viril traditionnel, et sa relation amoureuse avec Maid Marion est elle-mĂȘme une Ă©norme plaisanterie. Jane McDonald, qui faisait ses dĂ©buts dans la panto du Palladium, joue Marion en diva sentimentale rĂ©clamant Ă Robin davantage d’attentions conjugales⊠tandis que celui-ci manifeste un enthousiasme assez modĂ©rĂ© pour l’idĂ©e. Leur opposition est devenue l’un des moteurs comiques du spectacle.

Une distribution assez exceptionnelle
Autour de Julian Clary et Jane McDonald, on retrouve plusieurs habitués : Paul Zerdin (Will Scarlet), Nigel Havers (Friar Tuck), Charlie Stemp (Alan-a-Dale), Rob Madge (Spirit of Sherwood) et deux nouveaux venus particuliÚrement intéressants pour ceux qui suivent le monde du musical:
- Tosh Wanogho-Maud (Little John) : Young Simba dans The Lion King, puis a jouĂ© notamment dans The Book of Mormon et Show Boat. Il a surtout tenu plusieurs rĂŽles particuliĂšrement vocaux : Jimmy âThunderâ Early dans Dreamgirls et Ben E. King / Rudy Lewis dans The Drifters Girl.
- Marisha Wallace (Sheriff of Nottingham) : elle a notamment jouĂ© Effie White dans Dreamgirls au Savoy Theatre, Becky dans Waitress (rĂŽle quâelle a créé dans la production originale du West End), Motormouth Maybelle dans Hairspray, Ado Annie dans Oklahoma! au Young Vic, mais surtout Miss Adelaide dans Guys and Dolls au Bridge Theatre, qui lui a valu des nominations aux Olivier Awards et aux WhatsOnStage Awards. Donc, lorsquâelle arrive dans Robin Hood comme Sheriff of Nottingham, le choix est assez savoureux: on confie le grand mĂ©chant traditionnellement masculin Ă une chanteuse connue pour ses beltings extrĂȘmement puissants et son tempĂ©rament de diva de musical. Et le spectacle exploite clairement cela. Les critiques relĂšvent ses «powerhouse vocals» ; elle va mĂȘme jusquâĂ glisser le fameux riff final de Defying Gravity de Wicked dans lâun de ses numĂ©ros.
Marisha Wallace est donc la mĂ©chante de l’histoire et disposait Ă©videmment de plusieurs occasions d’utiliser sa formidable voix. Charlie Stemp apporte quant Ă lui ce qui est devenu l’une de ses fonctions au Palladium : le grand numĂ©ro de chant et de danse Ă l’ancienne.
Rob Madge a une fonction dramaturgique assez amusante : son Spirit of Sherwood sert de narrateur et permet surtout de raccorder les diffĂ©rents morceaux du spectacle. C’Ă©tait assez nĂ©cessaire puisque Robin Hood ressemble davantage Ă une succession de numĂ©ros qu’Ă une histoire continue.
Et surtout⊠pas de Dame
VoilĂ une vraie curiositĂ©. Il nây avait pas de panto Dame traditionnelle dans cettĂ©e Ă©dition 2024. Gary Wilmot, qui avait rempli cette fonction dans plusieurs Ă©ditions prĂ©cĂ©dentes, n’Ă©tait pas disponible. WhatsOnStage relĂšve explicitement cette absence comme l’une des singularitĂ©s de l’Ă©dition 2024. Mais, dans un certain sens, Julian Clary remplit lui-mĂȘme une partie de cette fonction : costumes extravagants, rapports directs avec le public, sous-entendus sexuels, rupture du quatriĂšme mur⊠Il est Robin Hood dans le scĂ©nario mais, dans la mĂ©canique de la pantomime, il est pratiquement la Dame.
Mon moment favori: le gag gĂ©nial de King Richard… J’adore !!!!
Ă la fin du spectacle apparaĂźt King Richard. Mais le rĂŽle a Ă©tĂ© confiĂ© chaque soir Ă une cĂ©lĂ©britĂ© diffĂ©rente, dont l’identitĂ© n’est pas annoncĂ©e au public Ă l’avance. C’est donc devenu un petit Ă©vĂ©nement quotidien : qui sera King Richard ce soir ? Dans la sĂ©rie, il y a eu notamment Ian McKellen, Dawn French, Jennifer Saunders, James Corden, David Mitchell, Lee Mack, Amanda Holden, Beverley Knight, Jason Donovan, David Walliams, Jimmy Carr, Christopher Biggins, Alexandra Burke, Mark Gatiss, Lee Mead, Gary Wilmot et beaucoup d’autres. Lors de la PremiĂšre, c’est Gary Wilmot qui a endossĂ© le rĂŽle, ce qui constitue un joli clin d’Ćil puisque son absence du casting principal Ă©tait trĂšs visible.
Pour ma reprĂ©sentation, le rĂŽle a Ă©tĂ© jouĂ© par quelqu’un que je ne connaissais pas … mais qui est trĂšs cĂ©lĂšbre: Christopher Biggins. C’est un acteur et animateur de tĂ©lĂ©vision britannique, nĂ© en 1948, mais c’est surtout une vĂ©ritable lĂ©gende de la pantomime britannique. Il est tellement associĂ© au genre que le Panto Archive lâa fait entrer dans son Hall of Fame en le prĂ©sentant comme « The Grand Dame of all Dames ». Lorsqu’il est apparu dans le petit rĂŽle final de King Richard, Ă la diffĂ©rence de moi, le public britannique ne voit pas simplement « un acteur cĂ©lĂšbre qui fait un cameo ». Il reconnaĂźt immĂ©diatement l’une des figures historiques de la pantomime britannique. Enorme ovation…
Ouvertement, le spectacle : « toujours plus »
TrÚs clairement, cÎté production, Michael Harrison adopte littéralement la politique du « pourquoi faire petit quand on possÚde le Palladium ? » On trouve dans cette version notamment:
- un dragon géant crachant du feu
- un camion de pompiers volant
- des créatures ou fantÎmes passant au-dessus du public grùce à des drones
- une longue séquence en film 3D dans Sherwood Forest (on reçoit des lunettes 3D)
- et mĂȘme un T-Rex, dont le lien avec la lĂ©gende mĂ©diĂ©vale de Robin Hood reste, reconnaissons-le, historiquement difficile Ă Ă©tablir.
Les dĂ©cors de Mark Walters reprĂ©sentaient une Sherwood volontairement fĂ©erique, presque comme les pages d’un livre illustrĂ©, avec vĂ©gĂ©tation gigantesque, arcs et flĂšches dĂ©mesurĂ©s et chĂąteau de conte de fĂ©es. Les effets Ă©taient signĂ©s The Twins FX, les projections par Duncan McLean, et la chorĂ©graphie par Karen Bruce.
Il y avait Ă©galement une amusante rĂ©fĂ©rence au spectacle qui avait occupĂ© le Palladium durant l’Ă©tĂ© 2024 : Rob Madge exĂ©cutait un numĂ©ro dĂ©tournant « Hello, Dolly! », en hommage Ă la production avec Imelda Staunton.
Et l’humour ? Car sans humour, pas de pantomime…
Câest probablement l’une des Ă©ditions oĂč les critiques ont le plus dĂ©battu du degrĂ© d’obscĂ©nitĂ© de Julian Clary.
Le principe de ses « doubles sens » reste celui dont nous parlions : un enfant peut parfois n’entendre qu’une phrase bizarre tandis que l’adulte comprend parfaitement ce qui vient d’ĂȘtre suggĂ©rĂ©. Mais certaines critiques estimaient que Robin Hood allait franchement plus loin.
Il y avait aussi beaucoup de plaisanteries d’actualitĂ© : Keir Starmer, Gregg Wallace, l’assisted dying bill alors dĂ©battu au Royaume-Uni⊠Nigel Havers, ĂągĂ© de 73 ans, devenait naturellement la victime privilĂ©giĂ©e de Clary. Et un dispositif de « audience cam » permettait mĂȘme Ă Clary de faire filmer des spectateurs pour les commenter en direct. LĂ encore, on est beaucoup plus proche du variety et du stand-up que du rĂ©cit dramatique.

Un bon exemple, trĂšs typique de Julian Clary, repose justement sur le fait que le texte peut passer presque innocemment auprĂšs des enfants. Dans Robin Hood, Little John est jouĂ© par Tosh Wanogho-Maud, grand, trĂšs musclĂ©, et la production exploite Ă©videmment son physique. Au cours du traditionnel numĂ©ro If I Were Not Upon the Stage, Little John manipule une grosse matraque / club. Plusieurs critiques ont relevĂ© que Clary et la mise en scĂšne transformaient immĂ©diatement lâaccessoire en allusion phallique trĂšs appuyĂ©e : gestes, regards et commentaires font comprendre aux adultes que la « taille de la matraque » ne concerne plus vraiment une arme mĂ©diĂ©vale.
C’est exactement le mĂ©canisme de l’humour du Palladium : on ne dit gĂ©nĂ©ralement pas quelque chose de frontalement obscĂšne. On parle par exemple de « large weapon », « enormous staff », « handling it », etc., et tout repose sur le double sens et le jeu de Clary.
Il y avait aussi beaucoup de plaisanteries autour de Robin et Maid Marion : Jane McDonald rĂ©clame davantage d’ardeur Ă son fiancĂ© tandis que le Robin de Clary manifeste une attraction nettement plus Ă©vidente pour certains hommes de Sherwood. LĂ encore, les blagues jouent continuellement sur « wood », qui signifie bien sĂ»r « bois » â indispensable dans Sherwood Forest â mais possĂšde aussi en argot anglais une connotation sexuelle assez transparente. C’est pratiquement un cadeau pour un auteur de panto. đ
L’accueil de la presse
Il a Ă©tĂ© globalement bon, mais trĂšs partagĂ©, avec une moyenne d’environ 3,5/5. Ce qui est intĂ©ressant est que pratiquement tout le monde s’accordait sur deux constats : c’Ă©tait extraordinairement spectaculaire et Julian Clary maĂźtrisait parfaitement le public. La divergence concernait la question : est-ce encore vĂ©ritablement une pantomime, et y a-t-il trop de vulgaritĂ© ?
Presse Note Avis
The Stage â
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TrÚs enthousiaste : un spectacle « gloriously over the top ». Admiration particuliÚre pour la virtuosité technique, la 3D et les effets spéciaux. Pour Paul Vale, le Palladium malmÚne les rÚgles traditionnelles de la panto, mais personne ne sait les briser avec autant de talent.
WhatsOnStage â
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Parle d’un nouveau « bullseye », un nouveau coup dans le mille. TrĂšs positif sur Clary, McDonald, la distribution et surtout le sentiment de fĂȘte collective.
London Theatre â
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ConsidĂšre quasiment la panto du Palladium comme un genre théùtral en soi : double sens, extravagance et dĂ©bauche de spectacle. Mais souligne que l’histoire de Robin Hood est pratiquement inexistante.
Evening Standard â
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Nick Curtis admire Clary et l’extravagance mais aurait souhaitĂ© moins de vidĂ©o et un minimum de cohĂ©rence narrative. Il note que personne ne semble beaucoup se soucier du scĂ©nario.
The Times â
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Trouve le spectacle somptueux et souvent trĂšs drĂŽle, particuliĂšrement lorsque Clary est en pleine forme, mais juge l’ensemble trop chaotique et trop grivois, avec une accumulation qui finit par crĂ©er de l’encombrement plutĂŽt que de l’abondance.
The Telegraph â
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Claire Allfree est franchement hostile : selon elle, la recette se rĂ©pĂšte chaque annĂ©e â dĂ©cors ruineux, costumes Ă©normes, Nigel Havers servant de souffre-douleur et flot continu de plaisanteries sexuelles de Clary.
| Presse | Note | Avis |
|---|---|---|
| The Stage | â â â â â | TrĂšs enthousiaste : un spectacle « gloriously over the top ». Admiration particuliĂšre pour la virtuositĂ© technique, la 3D et les effets spĂ©ciaux. Pour Paul Vale, le Palladium malmĂšne les rĂšgles traditionnelles de la panto, mais personne ne sait les briser avec autant de talent. |
| WhatsOnStage | â â â â | Parle d'un nouveau « bullseye », un nouveau coup dans le mille. TrĂšs positif sur Clary, McDonald, la distribution et surtout le sentiment de fĂȘte collective. |
| London Theatre | â â â â | ConsidĂšre quasiment la panto du Palladium comme un genre théùtral en soi : double sens, extravagance et dĂ©bauche de spectacle. Mais souligne que l'histoire de Robin Hood est pratiquement inexistante. |
| Evening Standard | â â â | Nick Curtis admire Clary et l'extravagance mais aurait souhaitĂ© moins de vidĂ©o et un minimum de cohĂ©rence narrative. Il note que personne ne semble beaucoup se soucier du scĂ©nario. |
| The Times | â â â | Trouve le spectacle somptueux et souvent trĂšs drĂŽle, particuliĂšrement lorsque Clary est en pleine forme, mais juge l'ensemble trop chaotique et trop grivois, avec une accumulation qui finit par crĂ©er de l'encombrement plutĂŽt que de l'abondance. |
| The Telegraph | â â | Claire Allfree est franchement hostile : selon elle, la recette se rĂ©pĂšte chaque annĂ©e â dĂ©cors ruineux, costumes Ă©normes, Nigel Havers servant de souffre-douleur et flot continu de plaisanteries sexuelles de Clary. |
Ce qui est amusant, c’est que les critiques positives et nĂ©gatives dĂ©crivent presque exactement le mĂȘme spectacle. Pour les premiĂšres, c’est une extraordinaire machine de divertissement qui rĂ©invente les rĂšgles de la panto. Pour les secondes, c’est une Ă©norme revue vulgaire qui a pratiquement abandonnĂ© ces mĂȘmes rĂšgles.
Et le public, lui, a tranchĂ©. Commercialement, c’est un triomphe considĂ©rable. Au moment oĂč j’Ă©cris ce post – on est aprĂšs la fermeture du 12 janvier 2025 – Robin Hood Ă©tait devenue la pantomime du Palladium la plus couronnĂ©e de succĂšs depuis la renaissance de 2016 : plus de 132.000 spectateurs en cinq semaines, records de recettes pour une journĂ©e, une semaine et une saison, avec mĂȘme toutes les places debout occupĂ©es depuis l’ouverture officielle. La production permit Ă©galement au Palladium de franchir le cap du millioniĂšme spectateur de panto depuis 2016.
En ce qui me concerne, si je rĂ©flĂ©chis vraiement, ce type de spectacle, c’est tout ce que je dĂ©teste. Mais en fait j’adore y assister. Je m’amuse. J’adore cet Ă©norme show parfaitement montĂ©. Ultra-professionnel. Et surtout j’adore de voir tout ces gens dans la salle passer un vrai bon moment avec des jeunes et des vieux, une vraie diversitĂ© Ă tous niveau. Sans que pour autant le spectacle ne soit Ă©dulcorĂ© ou bien pensant.











