🎭 « Homo Alone » (The Other Palace Studio)

← Retour au voyage : Londres déc ’24 – janv ’25

🎭 « Homo Alone » (The Other Palace Studio)

Par Ol de Bulles / Ven 3 Jan 25 · ⏰ 17:00

En route pour assister à deux spectacles d’affilée au The Other Palace, ce théâtre qui a ouvert en 2012 avec ses deux salles: la grande salle (312 places) et le studio (120 places). Il a ouvert sous le nom de St James Theatre mais a été rebaptisé par Andrew Lloyd Webber, The Other Palace, quand ce dernier a voulu en faire un lieu vitrine pour les nouveaux musicals. Ce lieu présente depuis lors soit de nouveaux musicals, soit des musicals interprétés par de jeunes artistes, leur permettant d’être vus dans des conditions techniques optimales. C’est très différent de nombreux théâtres qui ont cette vocation dans l’Off-West End.

J’ai vu dans ce théâtre de très nombreux spectacles, dont Rent (2016), Big Fish (2017), Amélie (2019), Heathers (2021, 2022) mais jamais rien dans le petit studio…

C’est plus petit que la petite salle du TLP…

Est-ce que la photo de gauche ci-dessous vous dit quelque chose? Et oui, le film Home Alone, ou, chez nous, Maman, j’ai raté l’avion… En dehors de la messe de minuit et de mon voyage annuel à Londres, y a-t-il quelque chose qui soit plus typique de Noël que de regarder une rediffusion de Maman, j’ai raté l’avion à la TV? Et bien, cette année, The Other Palace tente de surpasser ce légendaire classique des années ’90 en nous apportant Homo Alone, une parodie au 74ème degré, avec les codes de la panto (pour adultes), qui vous laissera à coup sûr dans les éclats de rire.

Le visuel du film (gauche) explique le visuel du musical (droite) …

Allez, commençons par l’histoire en 60 secondes…

L’histoire du film est donc bien celle du jeune Kevin McCallister (8 ans) qui se retrouve seul chez lui, alors que toute sa famille est partie en vacances à Paris en l’oubliant par mégarde, et que des voleurs tentent de cambrioler la maison. L’histoire de Homo Alone est identique, ou presque… Mais ici, Kevin en a tellement marre de ses parents et de sa sœur qu’il voit avec bonheur sa famille disparaître à Paris en l’oubliant à la maison. Mais ici, le père de Kevin, Peter, est un homosexuel « refoulé »: il regarde du porno gay hardcore au sous-sol en cachette et chante Céline Dion. Mais ici, la famille est totalement campagnarde. Et enfin – même si on est en décrochage total – ici, le jeune Kevin de 8 ans découvre sa sexualité qui l’attire plutôt vers les hommes. Il fera son « coming out » à sa mère de retour de Paris – qui sera bien entendu ravie, permettant au père d’exprimer lui-même sa propre sexualité.

La famille (de g. à dr.): Peter (le père), puis la mère (Kate), le fils de 8 ans (Kevin) et la fille (Buzz)

Ils jouent en plus tous plusieurs personnages. Ici, par exemple, les parents jouent les deux cambrioleurs, qui rentrent dans la maison de Kevin laissé seul…

Tout est drôle. Sur les deux heures de spectacles (+ entracte de 20 min) il n’y a pas une seule minute où on n’a pas un éclat de rire. Voici par exemple la réaction du père (homo refoulé) quand sa femme veut lui faire un bisou… On peut dire qu’il l’évite!

Tous les comédiens sont exceptionnels. La scène doit faire 3m sur 4m, sans aucun dégagement. On les voit se faufiler derrière le décor pour apparaître à une fenêtre, mais on s’en fout. Cela fait partie du 74ème degré moyen. Ils passent plein de fois par la salle, se changent 250 fois en deux heures. En plus, on est vraiment dans un style « pantomime », c’est-à-dire que le quatrième mur est brisé: il y a des adresses directes au public.

Kevin (Elliot Evans)

Le comédien qui joue Kevin, Elliot Evans – que j’ai vu jouer Marty McFly dans Back to the Future à l’Adelphi Theatre l’an dernier – est tout simplement magistral. Ce n’est pas une mince affaire pour un acteur adulte d’incarner de manière convaincante un enfant de huit ans. Sa voix impressionnante lors des chansons agrémente d’ailleurs fortement la soirée. Lors de la partie du spectacle où il découvre sa sexualité, il réalise, pour s’amuser, un strip-tease… Bon, bien sûr, un enfant de 8 ans ne fait pas de strip-tease, mais la rupture du 4ème mur lié au style pantomimique place la scène ailleurs, c’est-à-dire où le comédien joue et allume le public.

C’est à ce moment qu’il découvre les vidéos cachées de son père. Il ne porte qu’un essuie autour de la taille et est assis sur l’appui de fenêtre. Tout à coup, une érection puissante surgit. Je vous rassure, c’est un autre comédien (celui qui joue le père) qui derrière la fenêtre, simule cette érection avec son bras. Après une simulation de masturbation, l’entièreté du public est quand même aspergé … d’eau.

En fait, on dit souvent qu’à notre époque, on ne peut plus rire de rien. C’est vrai. Mais ici, tout ce dont on ne peut pas rire, ils en rient. Et nous entrainement dans ces rires. Ils rient ouvertement des homosexuels, des femmes, des pauvres, des fonctionnaires, des policiers, de la prétention des riches … Et ils n’y vont jamais avec le dos de la cuillère.

Qui a écrit ce musical?

Jodie Prenger et Bobby Delaney.

Jodie Pringer pour les connaisseurs du West End est loin d’être une inconnue. Elle avait gagné en 2008 le télécrochet de la BBC I’d Do Anything ayant pour but d’attribuer le rôle de Nancy dans le revival à l’époque de Oliver! au Theatre Royal Drury Lane. Avant de jouer le rôle de Nancy, Jodie a fait partie de l’ensemble de Les Misérables au Queen’s Theatre en 2008, afin d’acquérir une certaine expérience de la scène dans le West End. Elle a ensuite joué dans de gros succès, comme Spamalot (la Dame du Lac), One Man Two Guvnors, Shirley Valentine,…

Elle a aussi mené un brillant combat pour qu’on la laisse vivre – et travailler – avec les kilos qu’elle voulait.

La voici présenter avec ironie Homo Alone

On retrouve plein de gags du film, comme la poignée de porte surchauffée.

Mais l’énorme point fort de la production – et cela n’est possible qu’avec 4 artistes-plateau bourrés de talent – est l’écriture pantomimique qui permet, entre autres, l’improvisation.

Et dans cet exercice, Jack North (le père et beaucoup d’autres rôles – photo ci-contre) est un maître.

Il est capable de laisser ses collègues en carafe (enfin, ils sont morts de rire avec le public) pendant près de 5 minutes parce qu’il part dans une impro. Par exemple, il parle pendant 3 minute du jeune steward de l’avion qui l’a emmené à Paris. Ca n’est pas dans le texte, mais il s’en fout, car cela fait rire tout le monde. Et comme c’est fait avec un immense talent, c’est tout simplement jouissif.

Le public intervient bien sûr à de nombreux moments, comme quand Kevin Kevin tend un sac de plumes à quelques spectateurs au premier rang, demandant de le jeter au visage du cambrioleur s’il apparait.

Et puis, il ne faut pas oublier de parler de musique (préenregistrée mais on est dans une salle de seulement près de 100 places, ce qui à Londres est minuscule), les chansons sont fantastiques. Les tubes de Noël classiques réinventés avec des paroles parodiques tiennent tout le public en haleine. Ajoutez à cela une chorégraphie intelligente et des voix puissantes de l’ensemble de la distribution, et on obtient un vrai petit bijou auquel je ne m’attendais pas.

Le The Other Palace en programmant ce genre de spectacle joue vraiment son rôle de mise en lumière de jeunes talents. Bravo à vous 4… Merci !

Encore une dernière petite remarque, le matin même, j’ai reçu un mail me rappelant que ce spectacle utilisait un humour ironique où les artistes se moquaient de certaines catégories de la population. Ils rappelaient aussi que le spectacle était interdit au moins de 16 ans!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut