🎭 « Dr. Strangelove » (NoĂ«l Coward Theatre)

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🎭 « Dr. Strangelove » (NoĂ«l Coward Theatre)

Par Ol de Bulles / Lun 6 Jan 25 · ⏰ 19:30

On connait tous ces photos de Dr. Strangelove (Dr. Folamour) de Stanley Kubrick avec le sublime acteur anglais Peter Sellers

Ce film date de 1964. Le monde Ă©tait en pleine guerre froide: deux ans aprĂšs la Crise des Missiles de Cuba; un an aprĂšs l’assassinat de Kennedy; l’annĂ©e mĂȘme oĂč Khrouchtchev est destituĂ© de ses fonctions de leader de l’URSS pour ĂȘtre remplacĂ© par un communiste de la ligne « dure » (Leonid Brejnev). L’avenir du monde est incertain. C’est aussi l’annĂ©e oĂč Stanley Kubrick, le rĂ©alisateur volontiers polĂ©mique des Sentiers de la Gloire, de Spartacus et de Lolita, donne jour Ă  Dr. Strangelove or : How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb, aujourd’hui considĂ©rĂ© Ă  raison comme un chef-d’Ɠuvre reconnu de tous.

AdaptĂ© du roman Red Alert de Peter George (publiĂ© en 1958), au ton trĂšs sĂ©rieux, le film mise Ă  contrario sur l’humour, un humour sous forme de violente satire. Le gĂ©nĂ©rique de dĂ©but, prĂ©sentant les bombardiers sur fond de musique sirupeuse, lĂ©gĂšre, va donner le ton.

Premier Ă©lĂ©ment notable: le casting du film est un sans faute sur toute la ligne. Avec en tĂȘte d’affiche Peter Sellers, dĂ©jĂ  vu prĂ©cĂ©demment chez Kubrick (Lolita), dont seul le nom suffit Ă  imposer la qualitĂ© d’une Ɠuvre. Et le rĂ©alisateur, conscient des qualitĂ©s de l’acteur, exploite pleinement son potentiel en lui offrant plusieurs rĂŽles clefs. PrĂ©vu au dĂ©part pour jouer 4 rĂŽles dans le film, celui de Mandrake, celui du PrĂ©sident Muffley, celui de Folamour et celui du Major Kong, n’en tiendra finalement que 3, ne pouvant assumer celui de Kong pour cause tout d’abord de jambe cassĂ©e avant le tournage de ses scĂšnes.

Et bien dans le spectacle, il en sera de mĂȘme. Le comĂ©dien principal Steve Coogan jouera 4 rĂŽles… Il a donc durant le spectacle, 14 « quick change »:

Mais revenons d’abord sur l’histoire… Il s’agit d’une comĂ©die absurde et sombre qui envisage qu’en pleine guerre froide, le gĂ©nĂ©ral de l’ArmĂ©e de l’air amĂ©ricain Jack D. Ripper, frappĂ© de folie paranoĂŻaque, dĂ©cide, seul et alors qu’aucune menace ne le justifiait, d’envoyer ses quarante-deux bombardiers B-52 munis de bombes atomiques frapper l’URSS.

GĂ©nĂ©ral de l’ArmĂ©e de l’air amĂ©ricain Jack D. Ripper (John Hopkins)

Puis il coupe sa base de l’extĂ©rieur, et le Pentagone n’a aucun moyen de rappeler ces avions. Avec l’aide d’un ex-scientifique nazi excentrique, nommĂ© Dr Folamour (Steve Coogan), le prĂ©sident des États-Unis (Ă©galement Steve Coogan) et un capitaine de l’armĂ©e de l’air britannique (Ă©galement Steve Coogan !) peuvent-ils travailler ensemble pour empĂȘcher une apocalypse ?

PrĂ©sident amĂ©ricain Muffley (Steve Coogan) et l’ambassadeur russe Bakov (Tony Jayawardena)

Dr. Strangelove (Re-Steve Coogan)

Général Jack D. Ripper (John Hopkins) et Capitaine Mandrake (Re-Re-Steve Coogan)

AprĂšs de trĂšs nombreuses pĂ©ripĂ©ties et l’attaque par les AmĂ©ricains de la base de leur gĂ©nĂ©ral Jack D. Ripper, tous les bombardiers pourront ĂȘtes rappelĂ©s, sauf un, commandĂ© par le major T. J. « King » Kong (encore et toujours Steve Coogan).

Au centre le major T. J. « King » Kong (encore et toujours Steve Coogan)

Parce que son Ă©quipement radio a Ă©tĂ© endommagĂ© par un SAM soviĂ©tique, il est incapable de recevoir ou d’envoyer des communications. Pour Ă©conomiser du carburant, Kong vole sous les radars et change de cible, empĂȘchant ainsi les radars aĂ©riens soviĂ©tiques de dĂ©tecter et d’intercepter leur avion. Parce que le missile soviĂ©tique a Ă©galement endommagĂ© les portes de la soute Ă  bombes, Kong entre dans la soute et rĂ©pare le cĂąblage Ă©lectrique. Lorsqu’il rĂ©ussit, la bombe tombe avec lui Ă  califourchon. Kong hulule joyeusement et agite son chapeau de cow-boy alors qu’il chevauche la bombe qui tombe vers sa mort.

Major T. J. « King » Kong (encore et toujours Steve Coogan).

La conception de la production de ce spectacle est incroyablement professionnelle. Les changements entre les différents (et nombreux) décors (conçus par Hildegard Bechtler) sont excessivement fluides, souvent accompagnés de mini intermÚdes musicaux de quelques secondes.

Une des grandes forces de cette version scĂ©nique de Dr. Strangelove est que les Ă©lĂ©ments sombres et comiques sont rĂ©partis sur l’ensemble de la distribution: de la flatterie du prĂ©sident par Faceman (jouĂ© par Mark Hadfield) et la folie croissante du gĂ©nĂ©ral Ripper (jouĂ© par John Hopkins), Ă  la logique erronĂ©e du gĂ©nĂ©ral Turgidson (jouĂ© par Giles Terera). Tout le monde est capable de transmettre de maniĂšre convaincante un peu de folie en propageant de la peur et du suspense. L’ensemble du casting est superbe. Mais une note particuliĂšre doit, bien entendu, ĂȘtre faite Ă  la performance de Steve Coogan dans les rĂŽles du capitaine Mandrake, du prĂ©sident Muffley, du major TJ Kong et du titulaire Dr Strangelove. La caractĂ©risation prĂ©cise de chacun de ces 4 personnages a rendu chacune de ces figures incroyablement distinctes et TOUTES ses apparitions tout au long de la piĂšce vraiment captivantes. Il Ă©tait Ă©galement capable de tirer chaque once de comĂ©die de chaque rĂ©plique humoristique, apportant de la lĂ©gĂšretĂ© mĂȘme lorsque le sujet Ă©tait le plus sombre. En plus, il est quasiment en scĂšne tout le temps, dans un personnage ou un autre.

Rarement la perspective de la fin du monde n’a Ă©tĂ© aussi drĂŽle. L’anxiĂ©tĂ© collective, l’orgueil et l’idiotie de l’ensemble sont une joie Ă  voir. Le monde militarisĂ© satirisĂ© dans la piĂšce est masculin: la distribution principale est presque entiĂšrement masculine – Ă  l’exception d’une femme qui apparaĂźt Ă  la fin, lorsque le mal est fait.

Ce n’est pas une comĂ©die musicale, mais le spectacle commence et se termine par un chƓur de militaires dansant sur des chansons populaires. Le numĂ©ro d’ouverture est une version de Try A Little Tenderness.

Ouverture: « Try A Little Tenderness

Et le spectacle se termine avec Vera Lynn (Penny Ashmore) chantant avec une terrible ironie la chanson sentimentale de la Seconde Guerre mondiale We’ll Meet Again.

Fin: « We’ll Meet Again »
Si on veut commenter pour commenter, on peut se demander si la production n’allait pas ĂȘtre handicapĂ©e par deux choses: l’hĂ©ritage du film de Kubrick et la cĂ©lĂ©britĂ© de Steve Coogan. InĂ©vitablement, l’ombre du film plane sur la piĂšce. C’est une Ă©vidence absolue. De nombreux choix crĂ©atifs sont guidĂ©s directement du film de Kubrick. La bande sonore de la piĂšce est un Ă©cho du film avec, comme nous l’avons signalĂ©, une interprĂ©tation d’ouverture de Try a Little Tenderness et un final sur We’ll Meet Again de Vera Lynn. Un des dĂ©cors dans la version scĂ©nique reproduit fidĂšlement la salle de guerre du film, avec son imposant anneau de lumiĂšre et les « grands Ă©crans » qui figurent en bonne place dans l’histoire.

Versions cinématographiques et scéniques
Beaucoup des meilleures rĂ©pliques de la piĂšce, sans surprise, proviennent du film, et le public les Ă©coutait clairement. Il y a eu une salve d’applaudissements aprĂšs « Gentlemen, you can’t fight in here, this is the war room! »

La vraie question est que, comme il s’agit d’adapter une Ɠuvre d’art parfaite Ă  un autre support: est-il prĂ©fĂ©rable d’innover ou d’imiter? L’option d’imitation m’a totalement convenu. Comme la scĂšne oĂč il est assis sur la bombe, pourquoi faire autre choisit?

Allez, quelques photos pour le souvenir…

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photos
Et, en guise de conclusion, une super vidéo de WhatsOnStage avec des interviews le soir de la PremiÚre.

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