🎭 « A Christmas Carol » (Old Vic)

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🎭 « A Christmas Carol » (Old Vic)

Par Ol de Bulles / Sam 25 Nov 17 · ⏰ 19:30

Il s’agit ici d’une nouvelle adaptation du célèbre Scrooge, personnage de Dickens. L’adaptation est signée de Jack Thorne – l’adaptateur de Harry Potter and the Cursed Child – et mis en scène par le directeur du lieu, Matthew Warchus. Prometteur donc. Même si les contes de Noël pour enfants, c’est pas trop mon truc. Je me rend compte en écrivant qu’en fait j’ai plein d’à priori avant d’entrer dans les salles!

« Dare always dare » … Belle devise à l’entrée des stalls de l’Old Vic qui fête cette année ses 200 ans.

A l’Old Vic, comme les trois dernières fois où je m’y suis rendu, la salle est totalement modifiée. On est dans un dispositif un peu type élisabéthain, mais prolongé jusqu’à l’arrière des stalls par un long praticable. une partie du public est situé à l’arrière du plateau.

En fait, Warchus et Thorne ne se contentent pas de mettre joliment Dickens en scène. Ils ont construit une sorte de cérémonie théâtrale collective de Noël. Le dispositif du scénographe Rob Howell fait entrer la scène profondément dans la salle; le public se retrouve presque enveloppé par le spectacle. Des dizaines de lanternes remplacent le lustre de l’Old Vic, les comédiens et musiciens jouent les carols en direct, notamment avec des clochettes, et l’accueil du public lui-même fait partie de l’expérience. L’Old Vic distribue mince pies (toutes petites tartelettes anglaises typiques de Noël) et mandarines avant le spectacle — quelque 40.000 mince pies par saison.

L’histoire est bien sûr celle de Dickens: dans le Londres brumeux de la veille de Noël, Ebenezer Scrooge traverse les fêtes avec la même froideur qu’il réserve au reste du monde. Avare, solitaire et indifférent au malheur des autres, il a depuis longtemps tourné le dos à toute forme de tendresse. Mais, au cours d’une nuit extraordinaire, trois esprits viennent l’entraîner dans un voyage à travers son passé, son présent et son avenir. Peu à peu, derrière les rues illuminées, les chants de Noël et la chaleur des foyers, Scrooge redécouvre tout ce qu’il a laissé s’échapper. Et comprend qu’il n’est peut-être pas trop tard pour changer.

Le spectacle est très intelligent et très beau. En fait ce n’est pas un spectacle pour enfants, à la Matilda. C’est plus un spectacle pour que les adultes retrouvent l’enfant qu’ils ont été. Je comprends maintenant que l’on le déconseille pour les enfants de moins de 11 ans: « Le spectacle contient des aspects surnaturels pouvant être effrayants. Il contient aussi des moments d’émotion de maturité que le jeune public peut trouver bouleversant« . Pas mal, non?

Et bien c’est tout à fait cela. Et le grand succès de ce spectacle, c’est qu’il va chercher l’enfant qui est (ou a été en nous). Qu’on le veuille ou non. Par la forme d’abord. Tout est fait pour nous emmener dans un monde de rêve (ou de cauchemar): la musique et les chants. Tout commence avec un chant de Noël où l’instrumentation est intégralement faite de clochettes jouées par la vingtaine de comédiens. Mais aussi, les costumes, la proximité des artistes qui distribuent à manger dans la salle, … Et puis ce moment où il neige dans toute la salle est purement magique.

C’est rare que je prenne une photo pendant un spectacle mais cela me permettra de me souvenir de mon émotion du moment.
L’histoire est très belle: « Un soir de réveillon de Noël, un avare invétéré est visité par quatre fantômes qui l’emmènent dans son passé. Il se rend compte de son égoïsme et de la vie solitaire qui en a découlé ».

Sur scène, il y a aussi un enfant, de quatre ans grand maximum, qui est souvent présent, et qui dit de longs textes. Que dis-je qui joue de longs textes, magnifiquement. Je n’ai jamais vu cela. Jamais. Plus qu’impressionnant et cela participe grandement à la magie du spectacle. Quand cet enfant meurt de fin, c’est insupportable.

Et à la fin, quand revient le concert de clochette, pour boucler la boucle, c’est ce jeune gamin qui fait la dernière note, avant le numéro final. Ca aussi, je ne l’oublierai pas.

Belle réussite. Intelligente et émouvante… Que demander de plus?

Petit commentaire, à la relecture, 10 ans plus tard

Le A Christmas Carol dont j’ai vu la 6ème preview à l’Old Vic en 2017 était bien une création mondiale d’une nouvelle adaptation (par Jack Thorne) du chef d’œuvre de Dickens. Et ce qui devait être au départ simplement une nouvelle production est devenu… un monument annuel de l’Old Vic.

La production a commencé ses représentations le 20 novembre 2017 et s’est jouée jusqu’au 20 janvier 2018, avec Rhys Ifans en Ebenezer Scrooge. L’Old Vic la présentait alors comme une « new adaptation » de Dickens; les sources ultérieures du théâtre et de la presse la désignent explicitement comme la world premiere de la version Thorne/Warchus.

Elle arrivait d’ailleurs à un moment particulier: l’Old Vic allait célébrer ses 200 ans en mai 2018, et cette saison avait été conçue par Matthew Warchus autour de plusieurs créations.

L’équipe artistique de l’époque est, pour l’essentiel, celle qui définit encore le spectacle aujourd’hui :

▶ adaptation: Jack Thorne, l’auteur de Harry Potter and the Cursed Child;
▶ mise en scène: Matthew Warchus, directeur artistique de l’Old Vic et metteur en scène de Matilda et Groundhog Day;
▶ décors et costumes: Rob Howell;
▶ musique et arrangements: Christopher Nightingale;
▶ lumière: Hugh Vanstone;
▶ mouvement: Lizzi Gee.

Et la distribution 2017 était assez étonnante rétrospectivement: Rhys Ifans en Scrooge, Erin Doherty en Belle, Golda Rosheuvel en Ghost of Christmas Present/Mrs Fezziwig, John Dagleish en Bob Cratchit, et le futur acteur de Am I Being Unreasonable? Lenny Rush parmi les quatre Tiny Tims.

Pourquoi cette version semblait-elle vraiment « nouvelle » ?

Parce que, comme je le disais à l’époque, Warchus et Thorne ne se contentaient pas de mettre joliment Dickens en scène. Ils ont construit une sorte de cérémonie théâtrale collective de Noël. Michael Billington relevait déjà en 2017 que les portes surgissaient du sol pour laisser apparaître Marley et les esprits et que la musique de Christopher Nightingale constituait une composante essentielle de la narration. Il soulignait aussi quelque chose d’important dans l’adaptation de Thorne: Scrooge est davantage psychologisé que chez Dickens, notamment à travers la relation avec son père violent et ruiné. C’est donc bien une pièce, pas un musical, mais la musique y est tellement organique que la frontière peut parfois sembler assez mince.

Et après 2017 ? Eh bien… ils ne se sont pratiquement plus arrêtés !

Le succès fut tel que l’Old Vic l’a repris chaque Noël, en changeant principalement l’interprète de Scrooge :

▶ 2017–18 Rhys Ifans
▶ 2018–19 Stephen Tompkinson
▶ 2019–20 Paterson Joseph
▶ 2020 Andrew Lincoln, version jouée en direct devant une salle vide et diffusée en streaming pendant le Covid
▶ 2021–22 Stephen Mangan
▶ 2022–23 Owen Teale
▶ 2023–24 Christopher Eccleston
▶ 2024–25 John Simm
▶ 2025–26 Paul Hilton
▶ 2026–27 Giles Terera (Hamilton)

Et là, le chiffre est assez joli : la saison 2026–27 constituera la dixième année consécutive du spectacle à l’Old Vic. Autrement dit, j’ai vu à la naissance de ce qui est devenu une tradition. Et j’y retourne pour la saison 2026-27.

Elle ne s’est pas limitée à l’Old Vic: la production est partie à l’étranger.

En 2019, elle est passée à Broadway, au Lyceum Theatre, avec Campbell Scott en Scrooge, Andrea Martin en Ghost of Christmas Past et LaChanze en Ghost of Christmas Present.

Et là, joli couronnement: cette production a remporté cinq Tony Awards — les cinq catégories dans lesquelles elle était nommée: musique originale, décors, costumes, lumières et son.

C’est assez inhabituel pour une pièce: le Tony de la Best Original Score décerné à Christopher Nightingale confirme justement à quel point la musique est constitutive du spectacle.

Une tournée américaine a ensuite eu lieu en 2021, avec notamment Bradley Whitford en Scrooge. Puis la production a gagné l’Australie: elle a notamment été créée à Melbourne en 2022 avec David Wenham.

Et il y a même une nouveauté en cette année 2026: parallèlement à la dixième saison londonienne, une seconde production sera jouée au Lowry de Salford du 11 décembre 2026 au 10 janvier 2027. Ce sera la première fois depuis la création de 2017 que la production sera présentée dans une autre ville britannique. Les producteurs annoncent qu’elle a désormais été vue par près d’un million de spectateurs à Londres, aux États-Unis et en Australie, sans compter le streaming mondial de 2020.

Septembre 2026

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