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🎪 « La Folie sur scène » (Salle Baudouin IV – Braine)

Mon rapport à la famille Pauwels est particulier. C’est le moins que l’on puisse dire. Leur chapiteau est un des endroits du monde où je me sens chez moi. À la maison. J’ai le droit d’entrer dans la roulotte de Marquis. Je fais, quelque part, partie de la famille. Nelly est une des femmes les plus élégantes que je connaisse. La vraie élégance. Celle qui est naturelle. Celle qui n’a pas besoin de se montrer. Celle qui rime avec noblesse d’âme.
Et puis, bien sûr, il y a Sam. Le petit Samuel que j’ai connu quand il avait 14 ans et qu’il jonglait déjà avec un talent fou au centre d’une piste qui n’avait d’yeux que pour ce gamin.
J’ai vécu des choses magnifiques dans ce chapiteau.
D’abord, tout simplement, la découverte du monde du cirque. Pas seulement celui que voit le public lorsqu’il s’assied sous le chapiteau, mais celui qui existe derrière: les heures de travail, les départs, les montages, les démontages, les kilomètres, la fatigue, les accidents, les emmerdes et cette étrange famille qui se reforme chaque soir autour d’une piste.
J’y ai découvert ses exigences et ses valeurs.
Mais j’y ai vécu aussi le mariage de Fred, les répétitions du spectacle de Jack Cooper qui ne naîtra finalement jamais, la mort — ou presque — de Jim… Bref, une quantité de souvenirs qui font qu’un chapiteau peut finir par devenir beaucoup plus qu’un endroit où l’on va voir un spectacle.
Samuel est aujourd’hui un homme.
Nelly est toujours aussi élégante.
Et Marquis est toujours Marquis.
Après leur départ de l’Hippodrome de Boitsfort, les Pauwels ont repris la route. Ils ont sillonné l’Europe, continuant cette drôle de vie où une famille transporte avec elle son métier, sa maison, ses animaux, ses souvenirs et, surtout, son nom.
Avec des hauts et des bas. Les derniers temps ont été durs.
Très durs.
Et donc Sam a dû se résoudre à organiser ces deux spectacles à Braine-le-Comte pour tenter de sauver financièrement l’aventure familiale. Il a appelé la famille. Parce que dans le cirque, quand les choses deviennent difficiles, c’est encore ce mot-là qui revient: la famille.
Et donc Jack est là lui aussi, avec cette idée toute simple et parfaitement déraisonnable: puisque les Pauwels ont besoin d’aide, faisons le plus beau show du monde.


Alors ce soir, finalement, je ne viens pas vraiment voir La Folie sur scène. Je viens retrouver des gens. Je viens retrouver une partie de mon histoire. Et surtout, je viens soutenir les Pauwels.
J’ai acheté mes places. C’est le moins que je pouvais faire. La salle était pleine. Enthousiaste. Et cela comptait probablement beaucoup plus ce soir-là que toutes les critiques de spectacle que je pourrais écrire. Parce qu’à la fin, ce que je retiens surtout, ce sont les yeux de la famille Pauwels.
Ils brillaient.
Plein d’espoir.
Plein de reconnaissance.
Et, pendant quelques heures au moins, on avait envie de croire que tout était à nouveau possible.
Et que vive le cirque…
Nelly, Marquis et Sam.
Je vous aime à jamais.

