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🎭 « Glengarry Glen Ross » (Playhouse Theatre)

C’est toujours très agréable d’aller au Playhouse Theatre, ce petit théâtre (enfin 786 places tout de même) avec cette magnifique architecture de théâtre français. J’y ai de magnifiques souvenirs comme La Cage aux Folles ou Femmes au bord de la crise de nerf, pour n’en citer que deux.
Glengarry Glen Ross est écrite par David Mamet – à qui l’on doit entre autres les superbes A Life in the Theatre (Une vie de théâtre) et Oleanna – et créée, assez curieusement pour une pièce aussi américaine, au National Theatre de Londres en 1983, dans sa plus petite des 3 salles, le Cottesloe Theatre (l’actuel Dorfman Theatre), dans une mise en scène de Bill Bryden. La pièce va recevoir l’Olivier Award du meilleur nouveau spectacle dramatique, puis le Pulitzer Prize for Drama en 1984.
Mamet connaissait le milieu: avant de vivre de son écriture, il avait lui-même travaillé brièvement dans une agence immobilière à Chicago. La pièce s’inspire donc de ce monde de vendeurs lancés dans une compétition permanente pour obtenir les meilleurs prospects — les “leads” — et conclure des ventes coûte que coûte.
Le titre lui-même est volontairement bizarre: Glengarry Highlands et Glen Ross Farms sont deux lotissements que les vendeurs cherchent ou ont cherché à écouler. Ce sont des noms qui évoquent vaguement des paradis verdoyants… alors que ce qu’ils vendent est beaucoup moins séduisant.
L’histoire
Nous sommes dans une agence immobilière de Chicago. Un cadre supérieur vient annoncer aux vendeurs une importante restructuration d’effectifs. Quatre vendeurs sont mis sous une pression énorme par leur direction: seuls les meilleurs auront accès aux bons prospects. Les autres doivent se débrouiller avec les contacts invendables. Un concours est organisé: le premier gagne une Cadillac; les moins performants risquent tout simplement d’être licenciés.


Au centre, il y a Shelly Levene, ancien grand vendeur qui n’arrive plus à conclure une affaire. Il est désespéré et supplie le directeur du bureau, John Williamson, de lui donner de meilleurs leads.
À l’opposé, Ricky Roma est la star de l’agence: jeune, sûr de lui, incroyablement habile. Il vend moins des terrains qu’un rêve de réussite personnelle. On le voit ainsi séduire progressivement James Lingk, un client potentiel, sans quasiment lui parler immobilier au départ. Dave Moss, lui, est furieux contre le système. Moss propose d’abord à Aaronow de cambrioler l’agence, de voler les meilleurs prospects et de les revendre à un concurrent. Aaronow refuse. On découvrira plus tard que Moss a finalement monté le coup avec Levene, qui a lui-même commis le cambriolage.
Puis, au début du deuxième acte, on découvre justement que l’agence a été cambriolée.
À partir de là, toutes les intrigues du premier acte viennent se fracasser les unes contre les autres: la police enquête, les vendeurs s’accusent, Roma tente désespérément de sauver sa vente avec Lingk, et peu à peu on découvre qui a réellement organisé — et commis — le cambriolage.
Peu à peu, Williamson comprend que Levene sait des choses qu’il ne pourrait connaître que s’il avait été présent lors du cambriolage. Coincé, le vieux vendeur finit par avouer: c’est lui qui a volé les précieux fichiers de prospects, à l’instigation de Moss, pour les revendre à un concurrent. Levene tente alors désespérément d’acheter le silence de Williamson en lui promettant une partie de ses commissions. Mais celui-ci lui révèle que la grande vente dont il se croyait si fier ne rapportera rien: les clients sont insolvables. Tout s’effondre. Et lorsque Roma semble, un instant, lui proposer généreusement de devenir son associé, on découvre qu’il entend surtout récupérer la moitié de ses futures commissions. Dans cet univers, même la solidarité finit par devenir une transaction.
La pièce est âpre. Quand la lumière finale s’éteint, pas un souffle. Mais pas un applaudissement non plus. C’est un peu comme si l’on attendait une morale, une explication. Et bien, non, c’est du théâtre américain. Presque du reportage. On nous montre, et on nous dit: « Maintenant que tu sais, démerdes-toi.«
Alors bien sûr, quand la lumière revient et que les comédiens sont main dans la main les applaudissements éclatent. Spectacle très fort, dont on se souviendras du texte, bien sûr mais aussi de l’interprétation magistrale. De Christian Slater (Roma), tout d’abord. Mais aussi de Robert Glenister (Moss), une vraie découverte.




