🎭 « Oslo » (Harold Pinter Theatre)

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🎭 « Oslo » (Harold Pinter Theatre)

Par Ol de Bulles / Sam 25 Nov 17 · ⏰ 14:30

Waow! C’est rare de se prendre une pièce comme cela dans la gueule. Rien de choquant. Rien de révolutionnaire. Non. Rien que l’histoire vraie de ce couple de norvégiens dont la volonté et l’obstination est à la base des accords de Paix d’Oslo en 1993 entre Palestiniens et Israéliens, entre Arafat et Rabin. Il y a 25 ans déjà.

Oslo est une pièce de l’Américain J. T. Rogers, inspirée des négociations secrètes qui conduisirent aux accords d’Oslo de 1993 entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Ce n’est pas du théâtre documentaire au sens strict: Rogers parle d’une reconstitution dramatisée d’événements réels, avec des dialogues et certaines situations reconstruits pour la scène.

De quoi parle Oslo ?

Au début des années 1990, les négociations officielles entre Israéliens et Palestiniens sont dans l’impasse. Deux Norvégiens vont alors tenter une méthode radicalement différente: Terje Rød-Larsen, sociologue et directeur de l’institut FAFO, et son épouse Mona Juul, diplomate au ministère norvégien des Affaires étrangères.

Leur idée est de créer un canal de négociation totalement secret, loin des conférences officielles et des caméras. Des représentants palestiniens et israéliens sont discrètement réunis en Norvège. Au départ, les participants ne sont même pas tous habilités à négocier officiellement: chacun doit pouvoir nier l’existence des rencontres si elles échouent.

Et c’est là que Rogers trouve son théâtre. Plutôt que de raconter la géopolitique de l’extérieur, il montre des hommes qui se rencontrent, s’affrontent, plaisantent, mangent ensemble et apprennent progressivement à se connaître. Les discussions politiques extrêmement tendues alternent ainsi avec des moments presque domestiques — notamment les fameux waffles norvégiens qui reviennent régulièrement dans la pièce.

Peu à peu, les interlocuteurs changent de niveau. Du côté palestinien, Ahmed Qurie devient une figure centrale; du côté israélien arrive notamment Uri Savir, haut responsable du ministère des Affaires étrangères. Derrière leurs affrontements idéologiques, une relation personnelle finit par se créer. La pièce montre ainsi comment ce qui commence comme une initiative presque improvisée devient progressivement une véritable négociation diplomatique.

Le processus aboutit finalement à la Déclaration de principes de 1993, suivie de la célèbre poignée de main entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat à la Maison-Blanche, sous le regard de Bill Clinton. Mais Rogers ne présente pas cela comme un « happy end ». La pièce, écrite avec le recul de plus de vingt ans, rappelle aussi la fragilité de ce qui vient d’être obtenu et laisse ouverte la question de ce que ces accords ont réellement permis.

Un bijou théâtral même si c’est une vraie claque

La mise en scène est signée Bartlett Sher, qui avait déjà créé la pièce au Lincoln Center à New York. La distribution à l’Harold Pinter comprend notamment Toby Stephens en Terje Rød-Larsen, Lydia Leonard en Mona Juul, Peter Polycarpou en Ahmed Qurie et Philip Arditti en Uri Savir. Le spectacle a été présenté au Lyttelton Theatre du National Theatre en septembre 2017, avant ce transfert dans le West End à l’Harold Pinter Theatre où je l’ai vu.

Ce qui est assez remarquable c’est que trois heures de négociations diplomatiques deviennent un véritable thriller théâtral. Le suspense ne consiste évidemment pas à savoir si les accords seront signés: on connaît l’Histoire. Il consiste à découvrir comment des gens qui, au départ, refusent presque de se parler parviennent à s’asseoir autour de la même table. C’est ce mélange de grande Histoire, de rapports humains et d’humour qui constitue vraiment le moteur d’Oslo.

Mais trois heures aussi où l’on se prend une claque politique. On voit le courage de ces gens qui osent faire un premier pas vers l’autre. Cet autre qui n’a de différent de soi-même que les à priori qu’on en a, ou le poids d’une longue histoire. Un moment il faut casser la ligne tracée. Oser se reposer les questions existentielles. Oser faire un reset sur ses certitudes.

Dur aussi car on sait que les accords d’Oslo, même si ils ont apporté d’immanquables améliorations, n’ont pas apporté la paix.Mais ce que j’aime avant tout dans cette pièce, c’est que l’on ressent l’humanité de tous. Et que les choses redeviennent possibles quand un humain parle à un humain. Et pas un état à un état. Un religieux à … J’aime à cette naïveté salvatrice de croire en la grandeur du dialogue entre humains.

Cette pièce du National Theatre mérite bien son Tony Award de Best Play 2017.

La vue de ma place

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