🎶 « High School Musical » (Troubadour Wembley Park Theatre)

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🎶 « High School Musical » (Troubadour Wembley Park Theatre)

Mon avis : 6/10

Par Ol de Bulles / Mar 13 Oct 26 · ⏰ 19:30

Bon, vous connaissez mon appréhension pour les musicals Disney. En fait, en gros, j’adore (Aida, Frozen, Newsies, Tarzan) ou pas du tout (The Lion King, Beauty and the Beast, Aladdin). Alors que dire de mon état quand je me rends au Troubadour Wembley Park Theatre, à Wembley pour voir High School Musical. C’est déjà le troisième spectacle de mon voyage londonien, et j’assiste à la deuxième preview de cette nouvelle production à Londres, avant la première du 20 octobre.

Il y a quelque chose d’assez amusant dans l’histoire de High School Musical: et de la place que ce musical a pris aux États-Unis. Il raconte les difficultés rencontrées par des adolescents pour monter un musical dans leur lycée et, après le triomphe du téléfilm de Disney Channel en 2006, il est devenu l’un des musicals les plus populaires auprès des établissements scolaires américains. Alors, quoi que j’en pense artistiquement, je suis très content de le voir. Surtout dans ce lieu un peu improbable qu’est le nouveau Troubadour Wembley Park Theatre où j’ai vu Newsies et Starlight Express. C’est assurément l’un des théâtres les plus atypiques de Londres. Situé au nord-ouest de la capitale, non loin du célèbre stade de Wembley, il n’a ni le charme victorien des salles du West End, ni leur longue tradition théâtrale. Et pour cause: avant de devenir un théâtre en 2019, ce bâtiment a surtout été très longtemps des studios de cinéma avant de devenir un haut lieu de la télévision britannique. Mais intéressons-nous au musical.

Mon avis sur le spectacle ➡

de quoi parle High School Musical?

Deux adolescents que tout devrait séparer

Tout commence le soir du Nouvel An, dans une station de sports d’hiver. Lors d’une soirée, deux adolescents qui ne se connaissent absolument pas sont désignés pour chanter ensemble un duo au karaoké. Troy Bolton, plutôt sportif, et Gabriella Montez, jeune fille réservée et passionnée de sciences, interprètent Start of Something New. À leur grande surprise, ils découvrent qu’ils aiment chanter et, surtout, qu’ils prennent un plaisir inattendu à le faire ensemble.

Quelques jours plus tard, le hasard les réunit à nouveau. Gabriella vient d’emménager à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, et fait sa rentrée au lycée East High, précisément celui que fréquente Troy.

Mais dans cet établissement, chacun semble avoir une place bien définie. Troy est le capitaine des Wildcats, la prestigieuse équipe de basket du lycée. Son père en est également l’entraîneur et compte sur lui pour remporter le prochain championnat. Gabriella, de son côté, est immédiatement repérée pour ses talents scientifiques et invitée à rejoindre l’équipe qui prépare le décathlon académique. Tout semble donc tracé: Troy doit être un champion de basket, Gabriella une brillante scientifique. Et personne ne paraît particulièrement disposé à les imaginer ailleurs.

Un casting qui bouleverse les habitudes

C’est alors que Mme Darbus, la très théâtrale professeure d’art dramatique, organise les auditions du prochain musical du lycée, Juliet and Romeo. Deux élèves considèrent déjà que les rôles principaux leur appartiennent: Sharpay Evans et son frère jumeau Ryan. Sharpay est une adolescente ambitieuse, autoritaire, parfaitement convaincue de son talent et habituée à être au centre de toutes les attentions. Ryan, qui partage sa passion pour le spectacle, la suit dans ses projets, même s’il possède une personnalité moins dominatrice.

Troy et Gabriella assistent presque par hasard aux auditions. Ils y découvrent Kelsi Nielsen, une jeune compositrice timide qui a écrit les chansons du spectacle. Lorsque celle-ci leur fait entendre une version plus douce de l’un de ses morceaux, ils se mettent spontanément à chanter ensemble. Mme Darbus les surprend et leur propose de participer aux auditions finales, les callbacks, pour les rôles principaux.

Pour Sharpay, c’est une déclaration de guerre. Elle ne supporte pas l’idée que deux débutants puissent lui voler la vedette. Mais la nouvelle fait également l’effet d’une bombe parmi les autres élèves: le capitaine des basketteurs et la championne de sciences veulent faire du théâtre !

Chacun à sa place!

Ce qui aurait pu rester une simple rivalité artistique devient une petite crise collective. Les amis de Troy craignent que sa nouvelle passion ne le détourne du championnat. Chad Danforth, son meilleur ami, considère qu’un véritable basketteur n’a rien à faire sur une scène de théâtre. De son côté, Taylor McKessie, responsable de l’équipe scientifique, redoute que Gabriella ne compromette les chances de son groupe en consacrant trop de temps aux répétitions.

La situation révèle surtout à quel point les élèves d’East High sont enfermés dans des cases. Un basketteur ne devrait pas aimer cuisiner, une excellente élève ne devrait pas être passionnée de hip-hop et un sportif ne devrait certainement pas chanter des chansons d’amour. La chanson collective Stick to the Status Quo exprime cette panique avec humour: dès qu’un élève ose révéler une passion inattendue, tout le monde lui demande de rentrer dans le rang.

Chad et Taylor décident alors de s’allier pour remettre de l’ordre dans leurs petits univers. Ils organisent une manipulation destinée à séparer Troy et Gabriella. Troy, croyant s’adresser uniquement à ses coéquipiers, est poussé à déclarer que le basket est sa seule priorité et que Gabriella ne compte pas vraiment. Les propos sont enregistrés et montrés à Gabriella, qui se sent trahie. Blessée, elle décide de renoncer aux auditions et prend ses distances avec Troy.

Un dernier piège pour écarter Troy et Gabriella des auditions finales (les « callbacks »)

Mais les deux responsables de la manipulation finissent par prendre conscience des dégâts qu’ils ont causés. Chad et Taylor reconnaissent leur erreur et cherchent à réparer leur faute. Troy parvient à se réconcilier avec Gabriella, et tous deux décident de poursuivre leur rêve. Sharpay, cependant, n’a pas dit son dernier mot. Pour empêcher ses rivaux de se présenter aux auditions finales, elle convainc Mme Darbus d’en modifier l’horaire. Les auditions auront donc lieu exactement au même moment que le match décisif des Wildcats et que la compétition scientifique de Gabriella.

Troy et Gabriella devront choisir entre leurs engagements respectifs et leur envie de monter sur scène. Cette fois, leurs amis décident de les soutenir. Basketteurs et scientifiques mettent au point un plan commun pour interrompre temporairement les deux compétitions: un dysfonctionnement électrique dans le gymnase et un incident chimique pendant le décathlon permettent aux deux adolescents de quitter leurs équipes.

Le triomphe de Troy et Gabriella

Troy et Gabriella arrivent finalement à l’auditorium alors que Sharpay et Ryan viennent de terminer leur numéro, Bop to the Top, persuadés d’avoir éliminé toute concurrence. Devant leurs camarades, Troy et Gabriella interprètent Breaking Free, une chanson dont le titre résume parfaitement leur parcours: se libérer des attentes des autres pour devenir soi-même.

Ils décrochent les rôles principaux du musical, tandis que Sharpay et Ryan doivent accepter d’être leurs doublures.

Et puisque nous sommes chez Disney, tout finit merveilleusement bien: les Wildcats remportent leur match, l’équipe scientifique gagne son décathlon, les rivalités s’apaisent et les élèves se retrouvent pour chanter et danser ensemble sur We’re All in This Together. On est très loin de Rent ou de American Idiot 🤣.

L’enjeu véritable de l’histoire n’est donc pas simplement de savoir qui obtiendra les premiers rôles d’un spectacle scolaire. C’est de comprendre pourquoi il faudrait choisir entre être sportif, scientifique ou artiste, comme si ces identités étaient incompatibles. Le musical défend l’idée que chacun doit pouvoir développer plusieurs facettes de sa personnalité, indépendamment du regard des autres. Nous y reviendrons plus tard dans notre ressenti sur le spectacle. Mais pour vraiment comprendre High School Musical, il faut s’intéresser à la genèse de l’œuvre.

High School Musical — De Disney Channel aux scènes de théâtre

2006 — Un téléfilm Disney qui devient un phénomène mondial

High School Musical est diffusé pour la première fois sur Disney Channel aux États-Unis le 20 janvier 2006. Le projet était né d’une idée du producteur Bill Borden: raconter la vie d’adolescents contemporains en renouant avec la tradition des musicals consacrés à la jeunesse, comme Grease, Fame ou West Side Story. Le film est tourné en seulement 28 jours. À la différence de nombreux musicals de Broadway adaptés ensuite au cinéma, High School Musical suit donc la trajectoire inverse: il est d’abord conçu pour la télévision, et ce n’est qu’ensuite qu’il devient un spectacle de théâtre.

Le succès dépasse largement les prévisions. La première diffusion réunit environ 7,7 millions de téléspectateurs américains. La bande originale atteint la première place du classement Billboard 200, performance exceptionnelle pour un téléfilm. Disney tient rapidement une véritable franchise, avec deux suites: High School Musical 2, diffusé en 2007 sur Disney Channel, puis High School Musical 3: Senior Year, qui sort cette fois directement au cinéma en 2008 et rapporte plus de 250 millions de dollars dans le monde.

Un aspect musical mérite d’être souligné. Il n’existe pas un compositeur unique de High School Musical: les chansons ont été confiées à plusieurs équipes d’auteurs-compositeurs. Les styles musicaux permettent d’ailleurs de caractériser les personnages. Troy et Gabriella évoluent plutôt dans un univers pop contemporain, tandis que Sharpay et Ryan chantent des numéros beaucoup plus proches du musical traditionnel.

Corbin Bleu, Ashley Tisdale, Vanessa Hudgens, et Zac Efron dans High School Musical (2006)
2006-2007 — Disney adapte immédiatement le film à la scène

Il ne faut attendre que quelques mois pour que Disney décide de transformer son succès télévisuel en véritable musical de scène. L’adaptation est confiée à David Simpatico, chargé de rédiger le livret, tandis que Bryan Louiselle adapte et arrange les chansons du téléfilm pour la scène.

Mais attention, ils font un choix peu habituel et la démarche suivie est totalement originale: plutôt que de rechercher immédiatement un théâtre de Broadway, Disney s’intéresse au formidable potentiel du spectacle auprès des jeunes interprètes et des établissements scolaires. Dès août 2006, des licences de représentation sont accordées à plusieurs écoles et structures de formation. La première réalisation scénique est présentée au Stagedoor Manor, un célèbre camp de formation théâtrale situé à Loch Sheldrake, dans l’État de New York.

La première production professionnelle documentée ouvre ensuite le 5 janvier 2007, au Children’s Theatre Company de Minneapolis, dans une mise en scène de Peter Rothstein. Une autre production professionnelle, mise en scène par Jeff Calhoun, débute le 12 janvier à Atlanta, au Fox Theatre, sous l’égide du Theater of the Stars.

En 2007, Disney Theatrical Productions lance également une importante tournée nord-américaine, qui se poursuivra jusqu’en août 2008. Ce parcours est intéressant: High School Musical devient un succès théâtral sans passer par la consécration traditionnelle d’une création à Broadway. Sa popularité se construit grâce aux tournées, aux théâtres régionaux et, surtout, à d’innombrables productions scolaires et amateurs.

Qu’est-ce qui change lors du passage du film à la scène?

Trois adaptations sont particulièrement intéressantes.

  1. Des chansons supplémentaires
    Deux nouveaux numéros sont composés pour la scène: Cellular Fusion, qui accompagne la propagation des rumeurs autour des auditions, et Counting on You, dans lequel les camarades de Troy et Gabriella leur rappellent leurs obligations envers leurs équipes. Le spectacle intègre également I Can’t Take My Eyes Off of You, présent sur la bande originale du film mais absente du montage du téléfilm.
  2. Un nouveau personnage: Jack Scott
    Cet élève, chargé des annonces et commentaires au lycée, contribue à relier les scènes et à faciliter les transitions.
  3. Une Mme Darbus plus développée
    David Simpatico a souhaité la rendre plus humaine et moins caricaturale. Le personnage s’inspire notamment de sa propre professeure de théâtre. Ce changement influe sur le dénouement: dans la version scénique, Sharpay fait croire à Mme Darbus que Troy cherche à saboter les auditions. La professeure déplace alors leur horaire, avant de comprendre sa méprise. C’est une nuance très importante par rapport au récit du film présenté dont j’ai parlé plus haut.
2008 — High School Musical arrive à Londres

Le succès américain franchit rapidement l’Atlantique. Une tournée britannique produite par Stage Entertainment et Disney Theatrical ouvre en janvier 2008, au Churchill Theatre de Bromley. L’accueil est enthousiaste et le musical va se jouer à l’été 2008 à Londres, au gigantesque Hammersmith Apollo (3.500 places… ce n’est pas Forest National mais quand-même). En première lecture, bizarre choix. Le producteur que je suis se demande pourquoi pas le West End?

Et bien, après le Churchill Theatre en janvier 2008, High School Musical commence une grande tournée britannique qui doit parcourir une trentaine de salles. Or, avant même le démarrage de cette tournée, les producteurs annoncent avoir déjà vendu pour 9 millions de £ de billets! Ils espèrent attirer quelque 600.000 spectateurs. Ce sont des chiffres exceptionnels pour une tournée théâtrale. Le succès est tel que Disney et Stage Entertainment décident de monter une deuxième production, avec une distribution distincte, spécialement destinée à Londres, alors que la première continue sa tournée.

Dans ce contexte, choisir une salle de 3.500 places avait un sens économique évident: permettre à beaucoup plus de familles de voir le spectacle pendant une période relativement courte: les premières représentations commencent le 28 juin 2008 et la première officielle a lieu le 5 juillet. La série se poursuit jusqu’au 31 août 2008. Cela semble démontrer également que le public cible est clairement le public-jeune ou un public scolaire.

Jeff Calhoun assure la mise en scène et Lisa Stevens la chorégraphie. La distribution réunit notamment Mark Evans (Troy), Claire-Marie Hall (Gabriella), Rebecca Faulkenberry (Sharpay) et Letitia Dean (Mme Darbus).

La version scénique connaît également une diffusion internationale et se décline en plusieurs formats destinés aux théâtres et aux établissements scolaires, dont une version courte et une version Junior. Le deuxième film connaîtra lui aussi une adaptation distincte, High School Musical 2: On Stage!. Un autre prolongement apparaît en 2019 avec la série Disney+ High School Musical: The Musical: The Series, dont le principe joue précisément sur le rapport entre le film original, son univers scolaire et sa représentation théâtrale.

Et donc, à l’occasion du vingtième anniversaire de la naissance du téléfilm, High School Musical revient au Royaume-Uni dans une nouvelle production qui ne se contente pas de reproduire la précédente. Et j’y serai pour la 2ème preview…

La version de 2026 au Troubadour Wembley Park Theatre

Il s’agit de la première production anglaise qualifiée de non-replica, autrement dit construite autour d’une conception scénique originale, plutôt que de reproduire la mise en scène et la scénographie d’une production antérieure.

Cette nouvelle version a été créée au Lowry, à Salford, le 22 août 2026, avant de s’installer au Troubadour Wembley Park Theatre de Londres à partir d’hier, le 12 octobre 2026, pour une série prévue jusqu’au 3 janvier 2027. Etonnant cette courte durée car les deux spectacles précédents que j’ai vus ont tenu beaucoup plus longtemps: Newsies (29 novembre 2022 au 30 juillet 2023) et Starlight Express (8 juin 2024 au 3 mai 2026).

Cette nouvelle version conserve le livret de David Simpatico et les arrangements de Bryan Louiselle. Elle est mise en scène conjointement par Joseph Houston et William Whelton, les fondateurs du Hope Mill Theatre, avec des chorégraphies d’Aaron Renfree.

L’une des principales nouveautés se situe dans l’organisation de l’espace scénique. Le scénographe Andrew Exeter a choisi de transformer le plateau en terrain de basket, en intégrant écrans géants, projections et gradins où peuvent s’installer certains spectateurs. Le gymnase devient ainsi l’espace central du spectacle, capable de se transformer pour accueillir les scènes de classe, les auditions et les numéros musicaux.

Dans un entretien accordé à WhatsonStage, Andrew Exeter explique de manière très précise comment il a imaginé un décor capable de transformer le gymnase d’un lycée américain en un véritable espace théâtral.

Il a choisi de construire son univers autour de deux éléments essentiels de l’histoire: le basket et le théâtre. Le terrain de basket constitue le cœur du dispositif scénique, mais il ne s’agit pas de reproduire fidèlement un gymnase. Exeter l’envisage plutôt comme un élément de décor installé dans le théâtre du lycée East High, capable de se métamorphoser au fil des scènes grâce aux projections vidéo et aux éclairages. Une sorte de théâtre dans le théâtre?

La scénographie fait également une large place à l’immersion. Certains spectateurs sont installés directement sur scène, au plus près des interprètes, afin de renforcer leur proximité avec les personnages et leurs émotions. Moi évidemment, je n’ai pas réservé mes places dans cet espace… Ce dispositif doit contribuer à transmettre le message central de High School Musical: accepter les différences et oser s’affranchir des conventions sociales.

Exeter souligne également les particularités des deux lieux destinés à accueillir à ce stade cette production: l’atmosphère chaleureuse de l’auditorium du Lowry, à Salford, où il a été créé et le passé de studio de télévision du Troubadour Wembley Park Theatre, à Londres, où je vois enfin ce spectacle. La scénographie a été pensée pour s’adapter à ces deux espaces très différents.

Il est d’ailleurs assez frappant de constater qu’une fois encore, High School Musical ne s’installe pas dans un théâtre du West End traditionnel. En 2008, c’était le gigantesque Hammersmith Apollo, davantage habituée aux concerts qu’aux musicals, pour comme nous l’avons dit profiter de l’extraordinaire popularité du film pour attirer un maximum de familles pendant les vacances d’été. En 2026, direction Wembley Park, dans une salle nettement moins grande, mais qui présente une autre particularité: elle peut être profondément transformée en fonction des besoins de chaque spectacle.

Installé dans les anciens Fountain Studios, le Troubadour Wembley Park Theatre offre en effet une liberté d’aménagement assez rare. Je l’avais déjà constaté avec Newsies, dont la mise en scène immersive utilisait les allées et les gradins, et surtout avec Starlight Express, pour lequel le théâtre avait été entièrement métamorphosé en une immense piste de patinage à roulettes, traversant et encerclant les différentes zones réservées aux spectateurs.

Newsies au Troubadour Wembley Park Theatre
Starlight Express au Troubadour Wembley Park Theatre

Avec High School Musical, c’est maintenant un terrain de basket qui envahit l’espace, avec une partie du public installée directement sur scène. Il existe donc une différence assez intéressante entre les deux productions londoniennes. En 2008, on choisissait avant tout une très grande salle pour accueillir un public déjà conquis par le film. En 2026, on privilégie un lieu capable de se transformer pour offrir à ce même public une véritable expérience théâtrale. C’est en tout cas l’ambition affichée par l’équipe créative.

Mon Vécu de ce High School Musical…

Bon, il faut déjà y arriver au … Wembley Theatre! C’est toute une trotte. On finit quand même en zone 4.

Bon je me rends à la station de métro Temple en bord de Tamise – la moins fréquentée du centre de Londres. Le réchauffement climatique bat son plein: il fait 21°C (Nele aurait quand même froid).

Et puis en route pour 55 minutes de métro avec un changement à Westminster où il y a des ascenseurs pour les vieux comme moi. La sortie du métro parmi les plus impressionnantes de Londres à la Wembley Park Station… sauf que l’ascenseur est en panne. Il faut donc descendre d’où l’on voit les gens plus bas. Alors il y a bien sûr il y a une volée d’une centaine de marches d’un escalier de 50m de large (prévu pour accueillir la sortie du stade les soirs de match pour la rentrée de la foule en métro). Mais heureusement il y a une serpentine.

Et puis, il se fait faim depuis le petit déjeuner à l’hôtel. Je prends mon courage à 74 mains et je rentre au Boxpark Wembley. Et je commande à manger. Et je mange. Waow, moi qui suis toujours un peu apeuré – traduisez terrorisé – d’entrer dans ce genre de lieu à Londres vu le niveau de mon anglais, je passe un agréable moment. Bon, bien sûr c’est un peu comme à Tour et Taxi à Bruxelles, mais en moins chic … en plus moderne. Et en plus anglais. En fait ça n’a rien à voir qu’un lointain concept.

Et puis, il est là:

Avec son foyer extérieur ouvert, tellement il fait doux, et son foyer intérieur tout en discrétion:

Et puis la salle…

Alors bien sûr l’agencement de la salle est beaucoup plus classique que dans le précédent spectacle que j’y ai vu, Starlight Express, où il y avait des pistes de patinage qui passaient au milieu des gens.

Alors bien sûr, il y a des gens sur scène, il est clair que des acteurs vont passer par les escaliers, mais je ne vois rien qu’une « immersion du public » des plus classiques.

Ah oui, j’ai oublié de vous dire quelque chose. Il y a des tas de gens avec des costumes extravagants ou en tenue de basketteurs. Pas des enfants comme à Frozen. Non des adolescents ET des adultes. Manifestement, je vais assister à quelque chose de culte!

L’arrière de la salle, depuis mon siège

Alors qu’il reste encore 15 minutes avant le début du show, une animation commence sur scène. On se croirait dans les files chez Disney. Ah oui, c’est juste, on est dans un spectacle Disney.

Je crois que le spectacle commence, mais on nous apprend d’abord une chorégraphie. Assise. En fait, ils le font par bloc: un premier des blocs sur scène, puis l’autre côté et enfin nous. « Enfin » est peut-être un peu exagéré dans mon cas. Et bien sûr tout le monde hurle pour appartenir au bloc le plus IN. Je commence à craindre le pire.

Et puis le spectacle commence. Tout de suite avec une énorme énergie. une formidable énergie. Pour garder les connotations Disney, on est dans un petit train d’une montagne russe et on est parti à pleine vitesse. Ce n’est pas du tout désagréable. A part moi, tout le monde connait l’histoire par cœur. Et quand Sharpay et son frère jumeau Ryan, entrent en scène, c’est le délire, un peu comme si ces personnages sortaient de l’écran pour la première fois en vrai. Même Céline Dion n’est pas accueillie comme ça…

Sharpay et Ryan dans le film
Sharpay et Ryan dans le musical à Wembley

L’histoire se raconte. Ça joue, ça danse, ça joue, ça danse, … . Tout est parfait. Le public hurle sa joie. Chante avec, poliment, sans troubler le spectacle. Mais on voit bouger les lèvres de tant de gens. C’est vraiment et sincèrement touchant. Je ne suis pas ironique. L’histoire est simple mais pas idiote. Morale bien sûr, on est chez Disney.

Et quelle réussite scénique! Le terrain de basket est omniprésent. Il constitue le décor central du spectacle, mais c’est justement là que l’intelligence de la scénographie apparaît. On passe d’un lieu à l’autre avec une fluidité absolument remarquable. Le terrain ne disparaît jamais vraiment, et pourtant, à certains moments, on oublie totalement qu’on s’y trouve. En quelques instants, sans avoir besoin de tout transformer, nous voilà ailleurs. Et ça fonctionne merveilleusement bien.

Mais ce qui m’a peut-être le plus impressionné, ce sont les chorégraphies d’Aaron Renfree. Elles sont tout simplement topissimes! D’abord parce qu’il s’agit très souvent de chorégraphies d’ensemble, avec une troupe qui bouge comme un seul homme. Tout le monde est ensemble, vraiment ensemble, avec une précision et une énergie incroyables. Ce n’est pas simplement une addition de danseurs talentueux: c’est un véritable collectif. Et cela se sent à chaque instant.

Et puis, ces chorégraphies ne se ressemblent pas! Les numéros des basketteurs, avec leur dimension sportive, leur puissance et leur dynamique de groupe, sont très différents des séquences liées au théâtre et au musical que préparent les élèves. Chaque univers possède son propre langage chorégraphique. C’est intelligent, varié et surtout terriblement efficace.

Quant à la musique, elle est franchement très chouette. Racoleuse? Oh que oui! On sent bien que les chansons ont été conçues pour séduire immédiatement, avec des mélodies qui accrochent, des rythmes entraînants et des refrains qu’on retient sans même l’avoir décidé. Mais pourquoi bouder son plaisir? C’est de la pop assumée, et elle remplit parfaitement son rôle.

Tout cela avance, fonce, rebondit sans arrêt. La mise en scène ne laisse jamais retomber l’énergie. Pas un temps mort, pas une seconde d’ennui. C’est une formidable machine théâtrale, parfaitement huilée, mais qui ne donne jamais l’impression d’être mécanique tant les artistes y mettent de vie.

Et c’est peut-être ce qui rend mon sentiment final si particulier: je peux admirer sans réserve la manière dont ce spectacle est réalisé, tout en restant plus réservé sur l’émotion qu’il provoque chez moi.

Et puis, il y a la colonne vertébrale du show, la magnifique KayCee Stroh qui joue Ms Darbus la professeure de théâtre complètement déjantée:

La sublime KayCee Stroh – Le genre d’actrice qui capte en 5 seconde l’attention des 1.500 spectateurs.

Voici une autre image du film de 2006. Vous reconnaissez la jeune filles assise, avec un livre dans les mains?

Et oui, c’est KayCee Stroh dans le film, il y a 20 ans… Elle jouait là le rôle de Martha Cox, l’excentrique présidente du club de cuisine. Dans son rôle de prof enthousiaste, elle est tout bonnement prodigieuse. Drôle comme rarement… car naturellement drôle. Un peu à la Marie-Hélène Remacle ou Laure Godisiabois. Mais elle chante, et surtout bouge comme une déesse. Rien que pour elle, la soirée vaut la peine.

Mais ils sont tous très très bien:

Leonor Correia (Gabriella) et Tobias Turley (Troy Bolton)
Harry Judd (Coach Bolton)

Harry Judd est lui aussi une vraie star que je ne connais évidemment pas mais le public hurle à chacune de ses entrées et grâce au programme je sais maintenant qu’il est le batteur du groupe pop-rock britannique McFly, l’un des groupes anglais les plus populaires des années 2000. Ils ont notamment eu plusieurs numéros 1 au Royaume-Uni avec des titres comme 5 Colours in Her Hair et All About You. En dehors de la musique, il a remporté l’émission Strictly Come Dancing (l’équivalent britannique de Danse avec les stars) en 2011, ce qui l’a rendu encore plus populaire auprès du grand public.

Mais, à côté de cela, Leonor Correia qui a le rôle principal de Gabriella fait ses débuts sur scène. On n’a donc pas un cast de stars. On a un cast où chacun a sa place. Il n’y en a qu’un qui ne m’a pas fait sourire une fois, c’est Curtis Patrick dans ce nouveau rôle créé ici pour la scène de Jack Scott, l’animateur de la radio de l’école qui commente les événements, relaie les rumeurs et sert de lien entre les différents groupes d’élèves. Observateur amusé, il est censé apporter une touche d’humour tout en faisant avancer l’intrigue. Il ne fait à mes yeux ni l’un ni l’autre. Mais si le public, comme moi, on reste très froid à ses interventions, c’est aussi peut-être parce que c’est un personnage rajouté et que la plupart des fans du film ne savent pas ce gars fait là dans cette histoire qu’ils connaissent par cœur.

Curtis Patrick dans ce nouveau rôle créé ici pour la scène de Jack Scott

Je suis sorti de High School Musical avec un sentiment assez paradoxal. Comment ne pas reconnaître les immenses qualités de cette production? Les artistes débordent de talent et d’énergie, les voix sont magnifiques, les chorégraphies impressionnantes, les costumes superbes, les décors particulièrement inventifs… Bref, tous les ingrédients d’une grande réussite sont réunis. Et pourtant, je dois bien reconnaître que je n’ai pas véritablement accroché.

Je crois qu’une partie de l’explication se trouve dans la salle elle-même. J’étais entouré d’un public absolument surexcité, venu retrouver sur scène des personnages qu’il connaissait par cœur, des chansons qui avaient accompagné son adolescence, tout un univers auquel il était manifestement très attaché. Pour beaucoup, ce n’était pas simplement assister à un musical: c’était retrouver une partie de leur jeunesse. Les réactions étaient immédiates, enthousiastes, parfois même avant que les numéros aient véritablement commencé. Et cette ferveur était finalement assez réjouissante à observer.

Mais je n’avais pas le même rapport affectif à l’œuvre. Je découvrais un spectacle là où beaucoup retrouvaient de vieux amis. Et, curieusement, plus la salle manifestait son bonheur, plus je prenais conscience de la distance qui me séparait de ce qui se passait sur scène. Non pas que cet enthousiasme m’agaçait, bien au contraire. Mais il me rappelait en permanence que nous n’étions peut-être pas tout à fait venus voir la même chose.

C’est pourquoi je tiens à être très clair: mon manque d’enthousiasme n’est absolument pas un jugement de valeur sur cette production, et encore moins sur les spectateurs qui l’ont accueillie avec tant de bonheur. Je peux parfaitement comprendre leur plaisir, saluer sans réserve le formidable travail accompli sur scène et reconnaître que le spectacle atteint manifestement son objectif, sans pour autant avoir été personnellement emporté.

Après tout, c’est aussi cela, le théâtre : une rencontre entre une œuvre et un spectateur. Certaines rencontres sont des coups de foudre, d’autres nous laissent plus réservés, même lorsque toutes les qualités sont là.

Et puis, il faut bien l’admettre: la madeleine de Proust était manifestement servie à toute la salle. Simplement, ce n’était pas la mienne. J’ai passé une très agréable soirée. Et c’est déjà pas mal, non?

Je partage avec vous les applaudissements… et les rappels dansés et chantés qui s’ensuivent.

Et pour terminer, quelqu’un a capté lors de la première preview (la veille de ma vision donc) ce qui m’a le plus fasciné

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