â Retour au voyage : Londres dĂ©c ’24 – janv ’25
đȘ « Come Alive! » (Empress Museum)

Come Alive! n’est pas une adaptation scĂ©nique de The Greatest Showman, mais une rĂ©invention de son univers sous la forme d’un grand spectacle de cirque musical, construit autour des chansons du film, dans un lieu conçu pour que lâexpĂ©rience commence bien avant que lâon sâasseye.
DâoĂč vient Come Alive! ?
Tout part Ă©videmment du film The Greatest Showman de Michael Gracey, sorti en 2017, et surtout de lâextraordinaire succĂšs de la partition de Benj Pasek et Justin Paul. Le film avait trĂšs vite suscitĂ© lâidĂ©e dâune exploitation scĂ©nique.
Chip Seelig, qui avait participĂ© Ă la production du film, a rĂ©flĂ©chi dĂšs 2017 Ă une forme immersive inspirĂ©e de cet univers. Le projet prend ensuite sa forme actuelle avec Simon Hammerstein, qui avait notamment créé Queen of the Night, cofondĂ© le club/cabaret The Box (un night-club/cabaret trĂšs haut de gamme et volontairement provocateur, dont la premiĂšre version est créée Ă New York par Hammerstein en 2007; la dĂ©clinaison londonienne ouvre Ă Soho en 2011, dans l’ancien Raymond Revuebar, haut lieu historique du strip-tease londonien) et travaillĂ© sur la rĂ©sidence My Way dâUsher Ă Las Vegas (oĂč environ 150 spectateurs Ă©taient conduits au contact de performers qui leur faisaient traverser diffĂ©rentes scĂšnes Ă©voquant la carriĂšre d’Usher, avant d’ĂȘtre amenĂ©s dans la salle pour le concert proprement dit). Hammerstein dĂ©veloppe donc depuis prĂšs de vingt ans une mĂȘme idĂ©e: faire commencer le spectacle avant mĂȘme que le spectateur ne soit assis. Une conception que Come Alive! pousse particuliĂšrement loin. Petit dĂ©tail gĂ©nĂ©alogique assez savoureux: Simon Hammerstein est le petit-fils dâOscar Hammerstein II.
Come Alive! a commencĂ© ses reprĂ©sentations Ă Londres i y a quelques mois en septembre 2024, dans un lieu spĂ©cialement transformĂ© Ă Earlâs Court, lâEmpress Museum. La conception et la mise en scĂšne du spectacle sont de Simon Hammerstein, avec notamment Ruby Law aux dĂ©cors, Susan Kulkarni aux costumes, Jerry Reeve et Lukas McFarlane aux chorĂ©graphies et Matthew Brind Ă la production musicale.

Il est important de distinguer ce spectacle du vĂ©ritable musical scĂ©nique The Greatest Showman en dĂ©veloppement chez Disney Theatrical prĂ©vu pour 2026. Come Alive! est donc une Ćuvre distincte, avec une nouvelle histoire et sans P. T. Barnum comme personnage central.
Lâhistoire
Quand on voit le spectacle, câest paradoxalement la partie la moins importante⊠et celle que presque toute la presse considĂšre comme la faiblesse du spectacle. En fait, moi je m’en fous. Le cĂŽtĂ© circacien me suffit. Il nây a ici ni P. T. Barnum, ni Charity Barnum, ni Jenny Lind, etc.
LâhĂ©roĂŻne est Max, une jeune femme fascinĂ©e par le monde du cirque. Elle est progressivement poussĂ©e par The Showman Ă quitter lâombre, prendre des risques et devenir elle-mĂȘme une meneuse de spectacle. Son compagnon Cory voit beaucoup moins favorablement cette transformation. Une rivalitĂ© entre diffĂ©rents groupes de circassiens vient Ă©galement fournir quelques pĂ©ripĂ©ties.
Mais le livret est essentiellement une structure permettant de passer d’une chanson et d’un numĂ©ro Ă l’autre. Et c’est probablement une erreur d’aller voir Come Alive! en se demandant: «Quelle belle histoire va-t-on me raconter?» La bonne question serait plutĂŽt: «Qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir faire pendant Rewrite the Stars?» LĂ , le spectacle devient nettement plus convaincant.
Les grandes particularités du spectacle
La proximité
J’ai un rapport au Cirque assez particulier pour avoir frĂ©quentĂ© de l’intĂ©rieur pendant de nombreuses annĂ©es du Cirque Pauwels. Je l’ai vĂ©cu comme un lieu trĂšs humain, trĂšs vrai, oĂč la proximitĂ© est essentielle. C’est ce qui m’a beaucoup manquĂ© dans les spectacles du Cirque du Soleil que j’ai toujours trouvĂ© gigantesques et froids. Comme le montre trĂšs bien la photo ci-dessous, Ă Come Alive!, personne n’est loin des artistes.

Le Big Top compte environ 700 places et les gradins entourent la piste. Time Out souligne justement quâon observe les acrobates de beaucoup plus prĂšs quâau Royal Albert Hall. Et c’est vrai qu’on perçoit rĂ©ellement lâeffort physique, ce qui rend les numĂ©ros parfois assez impressionnants. Le placement est en pente et en rond. Les premiers rangs permettent Ă©videmment dâĂȘtre pratiquement dans lâaction; paradoxalement, les rangs plus hauts donnent parfois une meilleure lecture des numĂ©ros aĂ©riens. Et c’est lĂ que j’Ă©tais…
L’intĂ©gration cirque/chanson et bien au-delĂ
Une des choses que j’ai vraiment aimĂ©es dans ce show, c’est la volontĂ© de ne pas seulement faire un numĂ©ro pendant qu’une chanson passe. Non, le but a toujours Ă©tĂ© de faire correspondre le sens ou l’imaginaire de la chanson au numĂ©ro de cirque prĂ©sentĂ©. Et quand cela fonctionne, cela fonctionne vraiment trĂšs trĂšs bien.
En me renseignant sur le spectacle, j’ai appris Ă quel point cette volontĂ© immersive va plus loin que celle d’un numĂ©ro de cirque au sein d’une chanson. J’en ai dĂ©jĂ parlĂ© au dĂ©but de ce post, mais Simon Hammerstein explique que le spectacle ne fonctionnerait pas dans un théùtre conventionnel. D’oĂč l’Empress Museum.
Et cet « Empress Museum », justement ?
Tout d’abord, le nom peut induire en erreur. Ce n’est pas un musĂ©e londonien historique. Le bĂątiment est une grande structure dĂ©montable et spĂ©cialement conçue pour les expĂ©riences immersives, installĂ©e sur l’ancien site de l’Earl’s Court Exhibition Centre. Il avait ouvert en 2023 sous le nom de Daikin Centre pour accueillir la BBC Earth Experience, gigantesque installation audiovisuelle utilisant les images de la BBC et la voix de David Attenborough. Celle-ci a fermĂ© en fĂ©vrier 2024.
Le lieu a ensuite Ă©tĂ© entiĂšrement reconverti pour Come Alive! et rebaptisĂ© Empress Museum. Le mot « Museum » fait donc partie de la dramaturgie du spectacle. Ruby Law, la scĂ©nographe, explique qu’il fallait donner une identitĂ© au bĂątiment et que l’idĂ©e du musĂ©e s’est imposĂ©e progressivement et a imaginĂ© tout un avant-spectacle immersif. On entre dans un univers. Un peu comme on peut l’avoir dans la version actuelle de Cabaret au Playhouse Theatre dans le West End oĂč plutĂŽt qu’utiliser l’entrĂ©e habituelle du théùtre on rentre par l’entrĂ©e des artiste et descend au -2, immĂ©diatement plongĂ©s dans les annĂ©es folles.
Ici, Ă l’Empress Museum, on traverse d’abord une sorte de musĂ©e du cirque imaginaire: anciens posters d’acrobates et de phĂ©nomĂšnes de foire, cannes, hauts-de-forme, costumes, photographies, loges d’artistesâŠ

Puis l’espace s’ouvre. On dĂ©couvre : des roulottes de cirque; des loges et ateliers de costumes; des baraques de diseuse de bonne aventure; de petits espaces de performance; des artistes qui circulent parmi le public; magie rapprochĂ©e, jonglage, acrobaties et petits numĂ©ros; plusieurs bars; le Empress Diner.
Autrement dit : l’entracte entre « la rue » et « le spectacle » a disparu. Le spectacle commence dĂšs qu’on entre. Et lĂ je trouve le concept franchement rĂ©ussi car avant-spectacle on a vraiment dans l’Empress Museum une heure de dĂ©ambulation, petits numĂ©ros, boisson, nourriture, photos, rencontres avec les personnages. C’est donc spresque trois heures d’expĂ©rience plutĂŽt que 1h40 de spectacle. Et contrairement au West End traditionnel oĂč tu dois gĂ©nĂ©ralement organiser sĂ©parĂ©ment restaurant + théùtre, ici on peut pratiquement faire toute sa soirĂ©e dans le mĂȘme lieu.
Il faut nĂ©anmoins prĂ©ciser ce que signifie « manger ». Le Empress Diner n’est pas un restaurant gastronomique: burgers, hot-dogs, chicken tenders cajun, frites, wraps vĂ©gĂ©tariens, grain bowls, popcorn, barbe Ă papa, etc. Il y a deux bars avec cocktails, mocktails, champagne, vin, biĂšre⊠Mais moi, cela me convient totalement.
Et le spectacle tient totalement la route…







