Show Boat Dramaturgie
1) La ségrégation raciale aux états-unis
Comme nous l’avons vu, Show Boat () a été une révolution d’abord et avant tout parce qu’elle parlait de la vraie vie, des vrais États-Unis. Très loin des cartes postales. Il était donc question de racisme. Pour mieux comprendre le côté terriblement osé du propos, rappelons que lorsque Show Boat () a été créé, les Noirs ne peuvent s’assoir à côté des Blancs dans un bus. Et cela va encore durer 40 ans!!!
Nous avons donc décidé de retracer ici toute l’horreur et l’hypocrisie de cette partie de l’histoire américaine.
1.A) Avant l’Indépendance
Entre le début du XVIᵉ siècle et la seconde moitié du XIXᵉ siècle, la traite transatlantique entraîne la déportation d’environ quinze millions d’Africains vers les colonies du Nouveau Monde, sur le continent américain. Arrachés à leurs régions d’origine, ces hommes, ces femmes et ces enfants sont transportés de force à travers l’Atlantique dans des conditions extrêmement dures, dans le cadre d’un vaste système commercial reliant l’Europe, l’Afrique et les Amériques.
Au milieu du XVIIIᵉ siècle, la présence africaine est devenue massive dans les colonies britanniques d’Amérique : vers 1750, les Africains et leurs descendants représentent près d’un quart de la population. Cette main-d’œuvre est recherchée pour répondre aux besoins croissants de l’économie coloniale. Les esclaves sont employés principalement dans les plantations de canne à sucre et de tabac, ainsi que dans les cultures de coton qui se développent dans les régions du Sud. Leur travail forcé constitue l’un des piliers de la prospérité économique des colonies.
Réduits au statut de propriété, les esclaves sont privés de droits civiques et juridiques. Ils peuvent être vendus, achetés ou transmis comme n’importe quel autre bien. Les familles sont souvent séparées, les conditions de vie sont particulièrement difficiles et toute tentative de résistance est sévèrement réprimée. Dans le système légal et social de l’époque, cette exploitation est pleinement admise et encadrée par la loi. L’esclavage s’inscrit ainsi dans l’organisation même de la société coloniale, bien avant la naissance des États-Unis, et marque durablement l’histoire du pays ainsi que les relations raciales qui s’y développeront par la suite.
1.B) La Guerre de Sécession (12 avril 1861 – 9 mai 1865)
Ce que nous appelons la Guerre de Sécession et qui est plus communément dénommée en Amérique du Nord par l’expression «Civil War» (guerre civile), a déchiré les États-Unis pendant 4 ans et fait 617.000 morts parmi les combattants, soit bien davantage qu’aucune autre des guerres qui ont impliqué le pays, y compris les deux guerres mondiales.
Elle s’est achevée sur l’abolition de l’esclavage, la consolidation des institutions américaines… et la ruine du Sud.
1.B.1) Une guerre de principes
Les causes profondes du conflit résident dans l’opposition entre le Sud esclavagiste et le Nord industriel du pays.
Le 20 décembre 1860, en réaction à l’élection d’Abraham Lincoln à la présidence des États-Unis, la Caroline du Sud fait sécession. Avec dix autres États esclavagistes du Sud, elle constitue peu après une «Confédération des États d’Amérique» (Confederate States of America), avec pour président Jefferson Davis et pour capitale Richmond (Virginie).
Le 15 avril 1861, après un premier assaut des forces confédérées contre un fort dépendant du gouvernement fédéral, le président Lincoln lance un appel aux armes.
Dès le début, les Confédérés sudistes bénéficient du ralliement d’excellents officiers, issus de l’aristocratie des planteurs. Parmi eux le généralissime Robert Edward Lee. Ces hommes ont le sentiment de défendre leur terre et leur culture et offrent peu de prise aux interférences politiques.
Mais en face, l’Union nordiste dispose d’une confortable supériorit: 22 millions d’habitants contre 9 millions au Sud (dont 3,7 millions d’esclaves noirs), un budget militaire et des effectifs deux fois plus élevés, un équipement industriel et un réseau de transports développés, une marine puissante.
1.B.2) Éphémères succès sudistes
Lors du premier affrontement, à Bull Run, le 21 juillet 1861, les troupes nordistes, fortes de 19.000 hommes, doivent céder le terrain face à 15.000 sudistes, en infériorité numérique. À la tête des troupes sudistes, le généralissime Robert Edward Lee se révèle dès cette date un stratège remarquable.
Il est néanmoins repoussé peu après, à Antietam, dans le Maryland, le 17 septembre 1862, face à des forces deux fois supérieures en nombre (80.000 nordistes contre seulement 40.000 sudistes). En cette année 1862, l’Union nordiste jette toutes ses forces dans la bataille. Pour couvrir les besoins financiers, le Congrès de Washington vote la mise en circulation de billets de banque en remplacement de la monnaie métallique. Ces premiers billets sont surnommés «greenbacks» en raison de leur couleur verte. Le surnom leur est resté. Le 22 septembre 1862, le président Lincoln proclame l’émancipation des esclaves du territoire rebelle, avec effet au 1er janvier suivant.
Le Sud n’en remporte pas moins une ultime victoire à Chancellorsville, entre les deux capitales, où s’affrontent pendant quatre jours, du 1er au 4 mai 1863, l’armée confédérée des généraux Lee et Jackson et l’armée du Potomac du général Joe Hoocker, surnommé «Fighting Joe» (Joe le Batailleur). Dans les rangs nordistes, les désertions se multiplient. Les Noirs, rendus responsables de la guerre, sont même en butte à des accès de haine et victimes de lynchages.
Profitant de son succès, Lee monte jusqu’en Pennsylvanie, semant les destructions sur son passage. L’armée du Potomac, commandée par le général Meade, est sur ses talons. Rien n’est encore joué même si les rapports de force sont très favorables au Nord.
1.B.3) Gettysburg : le tournant de la guerre
Le tournant de la guerre se joue sur le champ de bataille de Gettysburg, du 1er au 3 juillet 1863. L’Union nordiste perd pendant ces trois jours 23.000 hommes (tués, blessés ou capturés), soit un quart des effectifs engagés dans la bataille. Les pertes de la Confédération sudiste s’élèvent de leur côté à 31.000 hommes, soit un tiers de ses effectifs. Quoique indécise, la bataille précipite la retraite du général sudiste Robert Edward Lee.
Peu après, les nordistes commandés par le général Grant s’emparent de la ville de Vicksburg, sur les bords du Mississippi, replaçant le fleuve tout entier sous la souveraineté de Washington. Dans un sursaut, les 19 et 20 septembre 1863, le général confédéré Bragg attire l’armée fédérale dans l’anse de Chickamauga. Mais la résistance du général Thomas évite une déroute à l’armée fédérale.
1.B.4) Vers la victoire de l’Union
Peu à peu, l’équilibre des forces bascule en faveur du Nord. L’Union dispose d’une population plus nombreuse, d’une industrie puissante et de ressources matérielles bien supérieures à celles de la Confédération. Au printemps 1864, le président Abraham Lincoln décide de confier la direction stratégique de l’ensemble des armées fédérales au général Ulysses S. Grant, qu’il élève au rang de lieutenant-général — un grade rarement attribué dans l’histoire militaire américaine. Grant reçoit alors la mission claire de mettre fin à la guerre en exerçant une pression constante sur les forces sudistes.
À la tête de l’armée du Potomac, forte d’environ 120 000 hommes, Grant marche vers la Virginie afin d’affronter l’armée de Virginie du Nord commandée par le général Robert E. Lee, qui dispose d’environ 60 000 soldats. À partir de mai 1864, les deux armées s’affrontent dans une série de batailles particulièrement meurtrières. Cette campagne, connue sous le nom de Wilderness Campaign, se déroule dans des régions boisées et difficiles d’accès où les combats deviennent rapidement chaotiques et d’une violence extrême. Les batailles de la Wilderness, de Spotsylvania ou encore de Cold Harbor provoquent des pertes considérables dans les deux camps sans produire de victoire décisive immédiate. Toutefois, contrairement à ses prédécesseurs, Grant refuse de se retirer après chaque affrontement et poursuit inlassablement sa progression vers le sud, épuisant progressivement les ressources de l’armée confédérée.
Pendant ce temps, sur un autre front, le général William Tecumseh Sherman mène une opération spectaculaire destinée à briser la capacité économique et morale du Sud. À la tête d’environ 65 000 hommes, il entreprend en novembre 1864 une marche audacieuse à travers l’État de Géorgie, connue sous le nom de « Marche vers la mer ».
En vingt-quatre jours, son armée parcourt près de 500 kilomètres en pratiquant une stratégie de terre brûlée : voies ferrées détruites, dépôts incendiés, infrastructures agricoles ravagées. L’objectif est de priver la Confédération de ses ressources tout en sapant le moral de la population. Le 10 décembre 1864, Sherman atteint la côte atlantique et s’empare de la ville de Savannah, qu’il offre symboliquement à Lincoln comme « cadeau de Noël ». Cette campagne spectaculaire marque un tournant décisif et annonce l’effondrement progressif de la Confédération.
1.B.5) Fin de drame
En guise de bouquet final, le général Ulysses Simpson Grant s’empare, le 3 avril 1865, de Richmond, la capitale des Confédérédu Sud.
Tandis que le président confédéré Jefferson Davis s’enfuit piteusement, le président Lincoln y fait une entrée triomphale, acclamé par les esclaves noirs… et quelques pauvres blancs.
Lee n’a plus avec lui que 26.000 hommes affamés et dépenaillés. Acculé à proximité de Richmond par les forces des généraux Grant et Sheridan, il tente une ultime sortie près du village d’Appomatox Court House. Battu, il se rend à Grant, avec de généreuses conditions pour ses hommes, autorisés à démobiliser avec chevaux et mules.
1.B.6) Un bilan très lourd
Le bilan de la guerre de Sécession s’avère très lourd. Les combats ont au total mobilisé quatre millions de combattants. Ils ont fait 359.000 morts chez les vainqueurs nordistes et 258.000 «seulement» chez les Sudistes.
Les généraux nordistes, forts d’une écrasante supériorité numérique, n’ont pas eu de grands scrupules à lancer de sanglantes offensives (comme, plus tard, les généraux de la Première Guerre mondiale). À l’opposé, le commandement sudiste, excellemment formé et conscient de son infériorité numérique, a davantage ménagé le sang de ses hommes.
Aux pertes militaires s’ajoutent quelques centaines de milliers de victimes civiles. Ainsi, la guerre la plus dure qu’aient jamais livrée les États-Unis aura été une guerre civile. Elle aura fait plus de victimes américaines que toutes les guerres du XXe siècle, y compris les deux guerres mondiales !…
Le 9 avril 1865, le président Abraham Lincoln reçoit la capitulation de l’ennemi quelques jours après avoir été réinstallé à la Maison Blanche pour un deuxième mandat (4 mars 1865). Il se prépare à réconcilier le Sud et le Nord avec charité et sans esprit de vengeance mais la mort va l’en empêcher… Abraham Lincoln sera assassiné le 15 avril 1865, 6 jours après la capitulation!
1.C) Le 1er janvier 1863: proclamation d’émancipation de Lincoln
Pendant la guerre de Sécession, l’esclavage était toujours légal dans certains états nordistes mais esclavagistes (Delaware, Kentucky, Missouri, Maryland, Virginie-Occidentale) mais restés fidèles dans l’Union après le départ des États confédérés sudistes, cause de la guerre de Sécession. Partout ailleurs aux États-Unis, les esclaves furent affranchis soit par des normes adoptées antérieurement et individuellement par les États, soit, à défaut, par la proclamation d’émancipation d’Abraham Lincoln, proclamation qui s’appliquait depuis le 1er janvier 1863.
Cette proclamation d’émancipation d’Abraham Lincoln, est à juste titre célèbre, mais pourtant il ne s’agit pas d’une mesure d’abolition générale, mais d’une mesure de guerre par laquelle le président menaçait les propriétaires des États sécessionnistes sudistes, s’ils ne mettaient pas fin à la sécession dans les cent jours, d’affranchir leurs esclaves.
La mesure ne concerne donc que les esclaves des États sécessionnistes, soit, il est vrai, près de 80 % d’entre eux, mais qui échappent en fait à l’autorité du Gouvernement fédéral, alors que les esclaves soumis réellement à son autorité ne sont pas émancipés. C’est pourquoi elle fut à l’époque vivement critiquée par les partisans de l’abolition, notamment en Europe.
En fait, le président Abraham Lincoln et son cabinet avaient rendu illégal l’esclavage sur le territoire des États en rébellion au moyen d’une mesure prise dans le cadre de l’urgence et des pouvoirs conférés au président en situation de guerre. Cette mesure permettait au gouvernement de se saisir de la propriété des rebelles sudistes (dans le cas d’espèce, les esclaves) et était fondée sur une disposition prévue en cas de conflit armé avec un autre État souverain, qualité que, paradoxalement, le gouvernement nordiste refusait de reconnaître aux sécessionnistes du Sud, estimant que la guerre était une guerre civile et non une guerre entre États.
Tout le monde s’accordait sur le caractère bancal de la proclamation d’émancipation, vu son fondement juridique particulièrement contestable. Il est donc apparu évident pour les abolitionnistes qu’inscrire cette interdiction absolue dans la Constitution américaine était le meilleur moyen de garantir de façon permanente l’abolition de l’esclavage. Mais bien évidemment, la Constitution est la «loi fondamentale» d’un pays, et on ne la modifie pas simplement, elle est «protégée».
Aux Etats-Unis, la Constitution date de 1787. Les modifications à cette constitution originale sont appelés les «amendements». Peu après l’entrée en fonction du premier président de la République, Georges Washington, élu le 4 mars 1789, décision est prise d’ajouter à la Constitution dix amendements relatifs aux droits individuels. C’est la Déclaration des Droits (en anglais Bill of Rights), publiée le 17 décembre 1791 qui limite les pouvoirs du gouvernement fédéral et garantit les libertés de presse, de parole, de religion, de réunion, le droit de porter des armes, et le droit de propriété. Les douze premiers amendements ont été adoptés lors des quinze premières années suivant la création et l’approbation de la Constitution. Les dix premiers (le Bill of Rights) furent votés en 1791, le XIème amendement en 1795 et le XIIème amendement en 1804. Quand le XIIIème amendement fut proposé, cela faisait soixante ans qu’il n’y avait pas eu de nouvel amendement adopté.
1.D) Le 6 décembre 1865, XIIIème amendement: abolition
Le XIIIème amendement à la Constitution des États-Unis d’Amérique avait pour but d’abolir l’esclavage et la servitude involontaire aux États-Unis, sauf en cas de punition pour un crime.
C’est au terme de tractations houleuses et passionnées qu’une majorité de deux tiers fut finalement trouvée, d’abord au sénat des États-Unis (38 voix contre 6), puis à la chambre des représentants (119 voix contre 56), pour voter le projet d’amendement, respectivement le 8 avril 1864 (sénat), puis le 31 janvier 1865 (chambre des représentants). Dernière étape, la ratification de l’amendement par les 3/4 des États de l’union fut atteinte avec le vote favorable de la Géorgie, en décembre 1865, date à laquelle l’amendement entre donc en vigueur. Qui dit 3/4 des États veut dire que certains ne l’ont pas votée et que même si la constitution a été amendée, eux n’ont pas supprimé l’esclavage. Par exemple, l’État du Mississippi ne l’a aboli qu’en … 2013!!!!
1.E) Les «Black Codes»
Dans les mois qui suivirent la fin de la guerre de Sécession (avril 1865), les anciens États confédérés adoptèrent de nouveaux black codes, qui interprétaient a minima l’abolition de l’esclavage découlant de la proclamation d’émancipation du 22 septembre 1862 et du XIIIe amendement de 1865. Tandis qu’ils œuvraient à leur réintégration dans l’Union, les États du Sud accordèrent aux esclaves affranchis des droits civiques très limités, sans le droit de vote.
Les riches propriétaires de plantation craignaient de perdre leur exploitation, convaincus que les Noirs ne pouvaient travailler, au moins pour eux, en dehors de la contrainte. Par ailleurs, les black codes constituaient un bouclier pour empêcher les anciens esclaves de revendiquer la pleine égalité civique et sociale.
Les black codes, variables selon les États, garantissaient aux Noirs certains droits comme le mariage légal, et parfois le droit individuel à la propriété privée, mais restreignaient considérablement leur autres droits. En matière de justice, il leur était ainsi interdit de témoigner contre un Blanc ou d’être choisi comme juré. En matière politique, il leur était interdit d’être citoyen et de voter, et il ne pouvaient être membre d’une milice (ce que garantit normalement le IIe amendement de la constitution américaine), et donc de porter une arme. En matière de travail, et en réponse aux pressions des propriétaires de plantation, les black codes comportèrent souvent une disposition particulièrement coercitive décrétant que tous les Noirs qui n’étaient pas engagés dans un contrat de travail d’un an minimum s’exposaient à être arrêtés pour être loués aux propriétaires. Toujours en matière de travail, certains États sudistes limitaient l’accès à certaines professions aux Noirs, d’autres donnaient aux juges le pouvoir d’autoriser les Afro-américains de la deuxième génération de travailler pour les planteurs sans le consentement de leurs parents, ce qui permettait en pratique de remettre en œuvre le travail forcé.
Certains États supprimaient purement et simplement le droit d’acquérir de la terre, ce qui visait de nouveau à obliger les anciens esclaves à travailler pour leurs anciens maîtres.
Les Black Codes dans certains États prévoyaient que les «Negros» sans travail étaient des «vagabonds». Or, être un «vagabond« était illégal et punissable d’emprisonnement. D’autres Black Codes dans le même État prévoyaient que les prisonniers pouvaient être loués – sans leur accord préalable – à différentes sociétés commerciales. Cela nous donne l’exemple ci-dessus où une société de construction de chemin de fer dirigée par des Blancs dispose de toute la main d’oeuvre gratuite ou presque qu’elle désire. N’est-ce pas simplement un esclavage qui cache son nom?
Les black codes scandalisèrent l’opinion publique dans le Nord, car il semblait que le Sud recréait une forme de quasi-esclavage annulant les résultats de la guerre de Sécession. Après avoir remporté une large majorité au Congrès lors des élections de 1866, les républicains placèrent le Sud sous régime militaire d’occupation. De nouvelles élections furent organisées par l’autorité fédérale, dans lesquelles les affranchis pouvaient voter. Le suffrage fut également étendu aux Blancs pauvres, privés du droit de vote dans beaucoup de législations sudistes. Les nouveaux gouvernements des États sudistes abrogèrent tous les Black Codes.
La période de l’histoire des États-Unis allant de la fin de la guerre de Sécession jusqu’à 1877 est appelée la Reconstruction (appelée en anglais «Reconstruction Era», l’époque de la reconstruction). Elle verra la fin du régime esclavagiste de la Confédération, le retour des États du Sud dans l’Union mais aussi l’échec de l’intégration des affranchis afro-américains dans les anciens États du Sud, que ce soit du point de vue juridique, politique, économique ou social.
1.F) Début Reconstruction: 1868 et 1870, XIVème et XVème amendements
Pour éviter le retour des blacks codes, le XIVème amendement de la Constitution (garantissant la citoyenneté aux Noirs, et réduisant les droits des anciens rebelles) et le XVème amendement (garantissant le droit de vote pour les hommes majeurs et sains sans distinction raciale) furent votés, respectivement en 1868 et 1870.
Le XIVème amendement décrétait:
« Toute personne née ou naturalisée aux États-Unis […], est citoyen des États-Unis et de l’État dans lequel elle réside. Aucun État ne fera ou n’appliquera de lois qui restreindraient les privilèges ou les immunités des citoyens des États-Unis […] »
Et le XVème amendement ajoutait:
« Le droit de vote des citoyens des États-Unis ne sera dénié ou limité par les États-Unis, ou par aucun État, pour des raisons de race, couleur, ou de condition antérieure de servitude »
Les anciens esclaves pouvaient désormais voter, et de nombreux hommes politiques noirs furent élus dans tous les États du Sud – ils étaient même majoritaires en Caroline du Sud dont la population était aux deux tiers noire. Le Mississippi envoya deux sénateurs noirs au Sénat, dans la capitale, à Washington. «Nous étions fous de joie, nous nous prenions pour des héros. Ça y est, on était libres!» se rappelait Felix Heywood, un ancien esclave du Texas interviewé dans les années 1930.
Mais les portes de l’espoir se refermèrent bientôt, en raison du désengagement graduel des républicains nordistes, ainsi que du retour aux postes de pouvoir des anciens partisans de l’esclavage. Ces derniers se regroupèrent dans le Parti démocrate, localement aidé par le Ku Klux Klan, fondé en 1866, dont les cavaliers cagoulés entendaient reconquérir par la violence ce que la guerre et les urnes leur avaient ôté: la suprématie blanche dans le Sud. En 1871, le président Grant dut intervenir et a interdit le Ku Klux Klan.
1.G) Fin de la Reconstruction: la «Rédemption»
Les démocrates conservateurs, qui se désignaient sous le nom de «redeemers» (rédempteurs), regagnèrent État par État le contrôle du Sud, en utilisant parfois la fraude et la violence pour faire pencher les élections locales en leur faveur.
Le compromis de 1877, la fin de l’occupation militaire du Sud et la perte des trois derniers États contrôlés par les Républicains marquèrent la fin de la Reconstruction.
Mais rappelons ici les bouleversements qui vienent de se dérouler dans les 10 années qui précèdent: malgré l’aboutissement de la guerre de Sécession, qui voit les fédérés anti-esclavagistes gagner, le racisme anti-Noirs reste extrêmement virulent dans les anciens États sudistes. Des «black codes» très discriminatoires sont votés dans le Sud dès les premiers mois suivant la victoire du Nord.
Démocrates & Républicains
Il faut faire attention à la lecture de cette période historique aux options politiques des deux partis que nous connaissons encore aujourd’hui. Car le défenseur de l’esclavage n’est pas celui que nous imaginons spontanément aujourd’hui…
Le Parti Républicain (quelques présidents: Lincoln, Eisenhower, Nixon, Reagan, les 2 Bush et Trump) est le parti qui défendit au milieu du XIXème siècle l’abolition de l’esclavage. Enorme contraste avec son conservatisme d’aujourd’hui.
Le Parti Démocrate (quelques présidents: Woodrow Wilson (1ère Guerre Mondiale), Roosevelt, Kennedy, Clinton, Obama et Biden) défend, à l’époque de la Guerre de Sécession, l’esclavage face au Parti républicain de Lincoln, abolitionniste. Il évolue nationalement vers une vision moins conservatrice et moins méfiante du pouvoir fédéral dès les années 1890, et plus nettement dans les années 1930 avec le président Franklin Delano Roosevelt, en valorisant le rôle de l’État dans la protection des minorités.
Ils entraînent une réaction du Nord, qui fait voter les quatorzième et quinzième amendements à la constitution (garantissant les droits civiques des anciens esclaves), et déploie des troupes fédérales pour s’assurer de l’application des nouvelles règles.
Cette situation, vécue comme une «occupation», est très contestée par les Blancs du Sud, et crée une tension politique rendant difficile la réunification du pays.
1.G.1) Le compromis de 1877
À l’approche de l’élection présidentielle de 1876, les tensions politiques déjà vives dans le pays s’exacerbent encore. Depuis la fin de la guerre de Sécession, la Reconstruction du Sud reste un sujet brûlant. Les républicains, héritiers de Lincoln, soutiennent l’intervention fédérale dans les anciens États confédérés afin de garantir les droits civiques des anciens esclaves et de maintenir des gouvernements républicains locaux. Les démocrates, au contraire, s’appuient largement sur les élites blanches du Sud et réclament la fin de cette tutelle fédérale. La campagne électorale se déroule donc dans un climat extrêmement tendu, marqué par des accusations réciproques de corruption, de fraude et d’intimidation des électeurs.
Le 10 novembre 1876, trois jours après le scrutin, les premiers résultats semblent pourtant donner un avantage clair au candidat démocrate Samuel J. Tilden, gouverneur de l’État de New York et figure de la lutte contre la corruption politique. Il totalise 184 grands électeurs, soit une seule voix de moins que la majorité nécessaire de 185 pour être élu président.
Son adversaire républicain, Rutherford B. Hayes, gouverneur de l’Ohio, ne dispose pour sa part que de 165 grands électeurs confirmés.
Mais la situation se complique immédiatement. Les résultats de trois États du Sud — la Louisiane, la Caroline du Sud et la Floride — sont contestés. Dans ces États où la Reconstruction est toujours en vigueur, les élections se déroulent dans un climat d’extrême tension : intimidations d’électeurs noirs, violences politiques, manipulations des listes électorales et accusations de fraude massive de part et d’autre. Les commissions électorales locales, contrôlées par les républicains, invalident de nombreux bulletins démocrates ; les démocrates dénoncent ces décisions et proclament leurs propres résultats.
Au total, 19 grands électeurs issus de ces trois États deviennent ainsi l’objet d’une dispute ouverte. Selon l’attribution de ces voix, l’issue de l’élection pourrait basculer : si elles revenaient aux démocrates, Tilden serait élu ; si elles allaient aux républicains, Hayes pourrait encore l’emporter. Les deux camps revendiquent donc la victoire et préparent leurs arguments juridiques et politiques.
Comme si cela ne suffisait pas, une nouvelle complication surgit dans l’État de l’Oregon, pourtant remporté par Hayes. L’un des trois grands électeurs républicains est contesté au motif qu’il occupe une fonction fédérale incompatible avec ce rôle. Les démocrates obtiennent sa disqualification, ce qui fait théoriquement tomber le total de Hayes à 164 voix, tandis qu’un électeur démocrate tente de prendre sa place.
À ce stade, l’élection présidentielle américaine se retrouve plongée dans une confusion inédite : aucun candidat n’est officiellement déclaré vainqueur, plusieurs États envoient des listes concurrentes de grands électeurs à Washington, et l’équilibre des forces au Congrès — Chambre démocrate et Sénat républicain — promet un affrontement institutionnel particulièrement explosif.
Un débat constitutionnel particulièrement vif s’ouvre alors à Washington.
La question est simple en apparence, mais redoutable dans ses implications : qui a l’autorité pour trancher le sort des voix contestées ? La Chambre des représentants, dominée par les démocrates, ou le Sénat, contrôlé par les républicains ? La Constitution n’ayant jamais prévu un cas aussi complexe, chaque camp interprète les règles à son avantage. Les démocrates soutiennent que la Chambre doit jouer le rôle décisif ; les républicains, eux, estiment que le Sénat possède une légitimité équivalente.
L’impasse politique est totale.
En janvier 1877, alors que le pays attend toujours de savoir qui sera son prochain président, le Congrès adopte finalement une solution exceptionnelle : la création d’une commission électorale spéciale, composée de représentants des deux partis et de juges de la Cour suprême. Cette commission, censée être équilibrée et impartiale, reçoit pour mission d’examiner les résultats contestés et de décider à qui doivent revenir les voix disputées.
La formation même de cette commission donne lieu à de nouvelles querelles. Les démocrates espèrent qu’un juge indépendant fera pencher l’équilibre en leur faveur, mais celui qui devait jouer ce rôle est finalement remplacé par un magistrat considéré comme plus proche des républicains. Lorsque la commission se réunit en février 1877, son orientation devient rapidement claire : les huit membres républicains votent systématiquement ensemble, face aux sept démocrates. Par une série de décisions strictement partisanes, la commission attribue les 20 grands électeurs contestés au candidat républicain Rutherford B. Hayes.
La réaction démocrate est explosive. Furieux de ce qu’ils considèrent comme un véritable coup de force, leurs élus tentent d’empêcher le Congrès d’entériner les décisions de la commission en multipliant les manœuvres parlementaires et les discours interminables. La tension monte à tel point que certaines rumeurs évoquent même la possibilité de mobiliser des partisans armés pour marcher sur Washington. Devant la gravité de la situation, le président sortant Ulysses S. Grant prend des précautions et renforce la présence militaire dans la capitale, afin d’éviter tout débordement.
Or le temps presse. Le 4 mars, date constitutionnelle de l’investiture présidentielle, approche rapidement et l’Amérique risque de se retrouver sans président reconnu par tous. Dans ce contexte de crise, des négociations discrètes s’engagent entre dirigeants républicains et démocrates. Celles-ci se déroulent notamment au Wormley’s Hotel, à Washington — un établissement symboliquement tenu par un Afro-Américain libre — où les représentants des deux camps cherchent une issue politique à l’impasse.
Ces discussions aboutissent à ce que l’histoire retiendra sous le nom de Compromis de 1877.
Selon cet accord informel, les démocrates acceptent de reconnaître Rutherford B. Hayes comme président, malgré les conditions contestées de son élection. En échange, plusieurs concessions importantes sont promises au Sud :
- Le retrait complet des troupes fédérales encore stationnées dans les anciens États confédérés. Ce retrait était déjà amorcé, mais des garnisons restaient présentes en Louisiane, en Caroline du Sud et en Floride, où elles soutenaient les gouvernements républicains issus de la Reconstruction.
- La nomination d’au moins un démocrate sudiste au gouvernement. Hayes tiendra cet engagement en nommant David M. Key, du Tennessee, au poste de ministre des Postes.
- Le soutien fédéral à la construction d’un second chemin de fer transcontinental traversant le Sud, notamment par le biais du Texas and Pacific Railway, afin de stimuler l’économie régionale.
- Enfin, une politique fédérale favorisant la reconstruction économique et l’industrialisation du Sud, durement éprouvé par la guerre civile et par les bouleversements de l’après-guerre.
Ce compromis met fin à la crise électorale immédiate — mais il marque aussi un tournant majeur dans l’histoire américaine, en ouvrant la voie à la fin de la Reconstruction et au retour du pouvoir des élites blanches dans le Sud.
1.G.2) La grande trahison
Trois points du compromis furent respectés: le nouveau président républicain Hayes fut accepté sans problème, les troupes fédérales se retirèrent des trois derniers États sudistes, et un ministre démocrate sudiste fut choisi comme ministre des Postes.
Les deux autres points ne furent pas respectés: aucun effort sérieux ne fut fait pour financer un chemin de fer ou pour fournir toute autre aide fédérale à l’industrialisation du Sud. Cette situation contribua à donner au Compromis de 1877 la réputation d’avoir été inutile, d’où son nom de «Grande Trahison».
À moyen terme, les oppositions entre démocrates (en particulier démocrates du sud) et républicains (à dominante nordiste) furent en partie réglées par le Compromis de 1877. Le compromis apaisa en particulier la situation d’opposition virulente entre le Sud et le Nord qui existait depuis la guerre de Sécession, prolongée par l’occupation militaire nordiste.
Retrouvant sa pleine autonomie, le Sud put mettre en place un régime rigoureux de ségrégation raciale, les lois Jim Crow.
1.G.3) Les lois Jim Crow
Toute une série d’arrêtés et de règlements, dits les «lois Jim Crow», réorganisent la société américaine afin que la population blanche soit «protégée» des Noirs désormais libres.
Bien sûr, ces nouvelles législations respectaient formellement les droits civiques attribués aux Noirs par les XIIIème amendement (interdiction de l’esclavage), XIVème amendement (égalité des droits) et XVème amendement (garantie du droit de vote), mais séparait Noirs et Blancs dans tous les domaines de la vie publique en se basant sur un principe «séparés mais égaux». Ce principe sera validé par la Cour Suprême, d’abord partiellement en 1883 (civil rights cases), autorisant la ségrégation dans les propriétés privées, comme les hôtels ou les restaurants) puis totalement en 1896 (autorisant la ségrégation dans les transports et par extension dans le service public) comme le montre la photo ci-contre.
Le droit de vote des Noirs était en théorie protégé par le XVème amendement amendement, mais fut également restreint en pratique par une politique d’intimidation, ainsi que par des législations soumettant le droit de vote à des niveaux de revenu ou à des tests de connaissance (qui excluaient donc aussi les Blancs les plus pauvres).
Le Compromis de 1877 et les lois Jim Crow furent donc pour le Nord un abandon des Noirs du Sud à leurs anciens maîtres…
C’est à ce moment de l’histoire américaine que commence Show Boat ()…
D’où vient le nom de «Jim Crow»? Comme nous l’avions vu (), il vient de la chanson Jump Jim Crow. Cette chanson est une critique des politiques populistes d’Andrew Jackson, composée et interprétée en 1832 par Thomas D. Rice, qui chante et danse en blackface, c’est-à-dire avec le visage et les mains peints en noir. La chanson et le spectacle qui l’inclut rencontrent un vif succès. Dès 1838, «Jim Crow» est une expression péjorative désignant les personnes noires vivant aux États-Unis. L’expression «Jim Crow laws» est répertoriée pour la première fois en 1892 dans le titre d’un article du New York Times consacré à la ségrégation dans les trains en Louisiane.
Pour ceux qui veulent connaître la suite…
1.H) Cent ans plus tard !
La Seconde Guerre mondiale représenta un tournant majeur dans l’histoire de la ségrégation. D’abord parce que la lutte contre les régimes totalitaires mit au premier plan les valeurs démocratiques et le respect des droits humains, et occasionna des comparaisons peu flatteuses entre la ségrégation américaine et les politiques racistes de l’ennemi.
Dans un accès de franchise, le gouverneur de l’Alabama se plaignit de ce que le nazisme avait « ruiné les théories raciales qui nous avaient tant servi ». Les Afro-Américains soutinrent la guerre, motivés à la fois par la perspective de victoire contre les forces de l’Axe et contre la ségrégation américaine. «Hitler nous a fait sortir de la cuisine des Blancs», se rappelait une ouvrière noire de Boeing.
Ensuite parce que la mobilisation militaire entraîna l’appel d’un million d’Afro-Américains sous les drapeaux. La plupart servaient dans des unités ségrégées, sous la férule d’officiers blancs, mais les GI noirs revinrent chez eux avec des espoirs nouveaux et la conviction que la ségrégation devait cesser. Ils n’étaient plus disposés à s’asseoir à l’arrière des bus. La mobilisation croissante des Noirs américains au sein d’associations, prélude au mouvement pour les droits civiques, s’amorça bien dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
A cela il faut ajouter un changement décisif du côté de la Cour suprême. Des renouvellements dans sa composition, dont la nomination en 1953 d’un nouveau président, Earl Warren, précipitèrent la décision la plus retentissante, peut-être, de l’histoire juridique américaine: l’arrêt « Brown » contre « Board of Education » de Topeka du 17 mai 1954, qui déclarait anticonstitutionnelle la ségrégation des écoles publiques.
« La séparation des enfants sur un fondement racial engendre un sentiment d’infériorité quant à leur statut dans la communauté qui peut affecter leurs esprits et leurs coeurs d’une manière irrémédiable. »
L’injonction juridique ne fut cependant pas respectée dans les États du Sud profond Louisiane, Mississippi, Alabama, Arkansas, Géorgie, Caroline du Sud, Floride d’autant que le président Eisenhower se réfugia dans un silence prudent. La résistance des partisans de la ségrégation s’organisa, appuyée par les législatures locales et la renaissance du Ku Klux Klan. En 1957, plutôt que d’accepter la déségrégation des écoles de Little Rock, Orval Faubus, gouverneur de l’Arkansas, mobilisa la garde nationale de son État puis fit fermer les écoles publiques pendant deux ans. Vers 1960, moins de 1% des enfants noirs du Sud étaient scolarisés dans des écoles intégrées.
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Ce 1er décembre 1955, Rosa Parks, une couturière noire de 42 ans, ne pouvait imaginer en montant dans le bus conduit par James Blake, que son refus de céder sa place à un passager blanc, allait changer son destin et contribuer à modifier la société américaine en profondeur.
Mais le militantisme afro-américain ne faiblit pas: le mouvement pour les droits civiques naquit symboliquement le 1er décembre 1955, lorsque Rosa Parks refusa de céder sa place dans un bus de Montgomery Alabama.
Les Noirs du Sud affirmaient leur détermination: «Nous en avons assez d’être ségrégés et humiliés, assez d’être frappés par le pied brutal de l’oppression», s’exclama le jeune pasteur Martin Luther King dans l’une de ces envolées lyriques qui caractérisaient cet orateur hors pair.
En 1957, lui et un groupe de pasteurs créèrent la SCLC Southern Christian League Conference, une organisation chrétienne prônant la désobéissance civile et la non-violence «pour abattre Jim Crow».
Le système de ségrégation entra dans son agonie à partir du début des années 1960. John Kennedy, nouvellement élu, plus sensible que son prédécesseur aux pressions des militants des droits civiques, n’hésita pas à utiliser les forces armées fédérales pour mettre fin aux violences exercées contre eux. C’est sous la protection de l’armée que James Meredith, un étudiant noir, entra à l’université du Mississippi en 1962.
Les marches pacifiques et les sit-in se succédaient afin de forcer la main de John Kennedy et d’exposer aux yeux du monde la violence des partisans de la ségrégation, qui répondaient nuitamment par des meurtres et des attentats. En juin 1963, le président déclara que «la race n’avait pas de place dans la vie et dans le droit du pays». John Kennedy fut assassiné le 22 novembre, mais son successeur Lyndon Johnson poursuivit sa politique: la Civil Rights Act de 1964 déclarait illégale la discrimination reposant sur la race, la couleur, la religion, le sexe, ou l’origine nationale. Elle était conçue au départ pour protéger les droits des Afro-Américains. À la suite d’un amendement déposé par Howard W. Smith, la protection fut élargie à tous, hommes et femmes. Cette loi contribua à réformer la société américaine dans la mesure où elle interdisait la discrimination dans les bâtiments publics, dans l’administration et les emplois.
«Maintenant, si on veut aller chez McDonald’s, on peut aller chez McDonald’s!» déclara une femme d’Atlanta.
Un an plus tard, la loi sur le droit de vote suspendait les clauses restrictives qui avaient éliminé les électeurs noirs, à la suite de campagnes militantes à Selma, dans l’Alabama, où la violence policière avait scandalisé les Américains. Le système pervers et destructeur de la ségrégation était à terre. La lutte contre les discriminations continuait.
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Barack Obama, 44ème Président des États-Unis
REFERENCES:
A) Ouvrages généraux sur l’esclavage et la ségrégation aux États-Unis
- Eric Foner, Reconstruction: America’s Unfinished Revolution, 1863-1877, Harper & Row, 1988. Un ouvrage de référence sur la Reconstruction, les Black Codes et la fin de la Reconstruction.
- James M. McPherson, Battle Cry of Freedom: The Civil War Era, Oxford University Press, 1988. Une très belle synthèse sur les causes et le déroulement de la guerre de Sécession.
- David Blight, Race and Reunion: The Civil War in American Memory, Harvard University Press, 2001. Sur la manière dont la mémoire de la guerre civile a façonné les relations raciales.
- Ira Berlin, Many Thousands Gone: The First Two Centuries of Slavery in North America, Harvard University Press, 1998. Sur les origines de l’esclavage et la société esclavagiste.
- C. Vann Woodward, The Strange Career of Jim Crow, Oxford University Press, 1955. Le classique sur l’histoire des lois Jim Crow.
B) Sur l’abolition de l’esclavage et les amendements constitutionnels
- Michael Vorenberg, Final Freedom: The Civil War, the Abolition of Slavery, and the Thirteenth Amendment, Cambridge University Press, 2001.
- Allen C. Guelzo, Lincoln’s Emancipation Proclamation: The End of Slavery in America, Simon & Schuster, 2004.
- Don E. Fehrenbacher, The Slaveholding Republic, Oxford University Press, 2001.
C) Sur les Black Codes et la Reconstruction
- Leon F. Litwack, Been in the Storm So Long: The Aftermath of Slavery, Vintage Books, 1979. Très utile pour comprendre la vie des anciens esclaves après 1865.
- Heather Cox Richardson, The Death of Reconstruction, Harvard University Press, 2001.
- Foner, Eric, A Short History of Reconstruction, Harper Perennial, 2015.
D) Sur les lois Jim Crow et la ségrégation
- Douglas A. Blackmon, Slavery by Another Name, Anchor Books, 2008. Montre comment un quasi-esclavage a subsisté après la guerre.
- Richard Kluger, Simple Justice: The History of Brown v. Board of Education, Vintage Books, 1975.
- Taylor Branch, Parting the Waters: America in the King Years 1954-1963, Simon & Schuster, 1988. Grande référence sur le mouvement des droits civiques.
E) Sur l’élection contestée de 1876 et le Compromis de 1877
- Roy Morris Jr., Fraud of the Century: Rutherford B. Hayes, Samuel Tilden, and the Stolen Election of 1876, Simon & Schuster, 2003.
- Michael F. Holt, By One Vote: The Disputed Presidential Election of 1876, University Press of Kansas, 2008.
- Eric Foner, Give Me Liberty! An American History, W.W. Norton. Bon manuel universitaire qui traite clairement cet épisode.
F) Sur la ségrégation et les droits civiques au XXème siècle
- Roy Morris Jr., Fraud of the Century: Rutherford B. Hayes, Samuel Tilden, and the Stolen Election of 1876, Simon & Schuster, 2003.
- Michael F. Holt, By One Vote: The Disputed Presidential Election of 1876, University Press of Kansas, 2008.
- Eric Foner, Give Me Liberty! An American History, W.W. Norton. Thèse universitaire qui traite clairement cet épisode.
G) Sources web fiables

















