The Beggar’s Opera

La création de The Beggar’s Opera () en 1728, à Londres, a provoqué un véritable séisme culturel – et fait réagir tout le monde, mais pas de la même manière.
Succès immédiat et massif. L’œuvre tient
Globalement enthousiastes, souvent amusés, parfois stupéfaits. On salue l’originalité, l’esprit, la vivacité du texte. Mais certains critiques dénoncent un spectacle jugé moralement subversif, trop indulgent envers les voleurs, trop insolent envers les puissants.
Dès les premières semaines, plusieurs journaux londoniens soulignent le phénomène :
« Jamais une pièce n’a rassemblé un public si nombreux et si varié, ni suscité un plaisir si unanime. »
Ou encore:
« L’esprit, la nouveauté et la justesse de la satire ont fait de cette œuvre le divertissement de toute la ville. »
On insiste surtout sur l’universalité du succès et sur le fait que tout Londres en parle. Certains commentateurs sont beaucoup plus nerveux:
« Cette pièce rend les criminels aimables et les autorités ridicules ; elle flatte les plus bas instincts du peuple. »
Un autre reproche fréquent:
« On y applaudit des voleurs au lieu de les condamner. »
La peur est claire: inversion morale, contagion sociale, perte de respect pour l’ordre établi.
Attardons-nous un peu sur le journal Craftsman (le principal journal d’opposition):
« This Week a Dramatick Entertainment has been exhibited at the Theatre in Lincoln’s-Inn-Fields, entitled The Beggar’s Opera, which has met with a general Applause, insomuch that the Waggs say it has made Rich very Gay, and probably will make Gay very Rich. »
Petit clin d’œil au passage: le jeu de mots est doublement savoureux en anglais, puisque gai (gay) et riche (rich) sont à la fois des adjectifs… et les noms de John Gay, l’auteur, et de John Rich, directeur du théâtre. En français, on perd un peu la pirouette, mais l’esprit reste bien là. 😉
Deux semaines après la soirée d’ouverture, un nouvel article parut dans The Craftsman, protestant ostensiblement contre le travail de Gay et en fait, plein d’ironie, l’aidant ironiquement à faire la satire de l’établissement de Walpole en prétendant prendre parti pour le gouvernement:
« It will, I know, be said, by these libertine Stage-Players, that the Satire is general; and that it discovers a Consciousness of Guilt for any particular Man to apply it to Himself. But they seem to forget that there are such things as Innuendo’s (a never-failing Method of explaining Libels)… Nay the very Title of this Piece and the principal Character, which is that of a Highwayman, sufficiently discover the mischievous Design of it; since by this Character every Body will understand One, who makes it his Business arbitrarily to levy and collect Money on the People for his own Use, and of which he always dreads to give an Account – Is not this squinting with a vengeance, and wounding Persons in Authority through the Sides of a common Malefactor? »
Le commentateur note la dernière remarque du mendiant: « That the lower People have their Vices in a Degree as well as the Rich, and are punished for them », ce qui implique que les gens riches ne sont pas aussi punis.
Là, c’est nettement plus tendu. La satire politique — perçue comme visant Robert Walpole, le Premier ministre – inquiète. Le succès de The Beggar’s Opera () contribue directement au durcissement de la censure théâtrale, qui culminera avec le Licensing Act de 1737, restreignant sévèrement la liberté de la scène londonienne.