Avant 1728: les prémices
Si beaucoup considérent – dont nous – que Oklahoma! est le premier musical, c’est quand-méme faire fi de prés de 2.500 ans de théatre musical. Au tout début du théatre dans la Gréce antique, les premiers drames étaient des spectacles qui utilisaient le dialogue, le chant et la danse comme outils de narration. N’est-il pas rassurant de savoir que tout a commencé depuis 2.500 ans?
Dans l’Antiquité, musique, poésie et théâtre forment un tout indissociable. En Grèce, le chant et la danse structurent aussi bien les rites religieux que le théâtre, tandis que la musique fait déjà l’objet d’une réflexion théorique. Rome hérite largement de ces pratiques et les intègre aux cérémonies publiques et aux spectacles. Cet héritage gréco-romain pose les fondations esthétiques et symboliques du théâtre musical occidental.
Au Moyen Âge, la vie scénique européenne s’organise autour de formes populaires : les ménestrels et clowns errants mêlent chansons et pantomimes bouffonnes, tandis que l’Église catholique met en scène des drames religieux chantés (mystères, miracles, moralités) pour instruire des fidèles largement analphabètes avec des récits bibliques vivants. Parallèlement, la commedia dell’arte naît en Italie au XVe siècle et impose un théâtre itinérant fondé sur l’improvisation, des personnages stéréotypés et des masques expressifs, qui feront école à travers l’Europe.
À la Renaissance, la redécouverte de l’Antiquité renouvelle les liens entre texte, musique et scène, en cherchant une expression plus claire et plus dramatique. Cette évolution se prolonge au XVIIᵉ siècle dans des formes spectaculaires où les arts se combinent de manière de plus en plus intégrée. En France, la comédie-ballet, notamment chez Molière, associe comédie, musique et danse dans un même élan dramaturgique. Héritière des divertissements de cour, elle articule le plaisir du spectacle et la construction dramatique. Ensemble, ces pratiques dessinent une continuité vers un théâtre musical pleinement constitué.
Le ballad opera est un genre de théâtre musical anglais du XVIIIᵉ siècle, né en réaction à l’opéra italien et mêlant dialogues parlés et airs familiers empruntés à des chansons populaires, hymnes ou mélodies connues. Il s’adresse à un public large, moins élitiste que celui de l’opéra sérieux, et se caractérise par un ton souvent satirique. La forme la plus célèbre est The Beggar’s Opera (1728) de John Gay et Johann Christoph Pepusch, qui a inauguré le genre.