đŸŽ¶ « The Devil wears Prada » (Dominion Theatre)

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đŸŽ¶ « The Devil wears Prada » (Dominion Theatre)

Par Ol de Bulles / Jeu 16 Oct 25 · ⏰ 19:30

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Dire que j’ai un Ă  priori nĂ©gatif sur ce musical est peu dire. Pourtant, j’ai adorĂ© deux musicals d’Elton John: Aida et Billy Elliot. Et il y en a deux autres que j’apprĂ©cie vraiment, avec leurs dĂ©fauts: The lion King et Lestat. Pour la scĂšne, il n’a rien fait d’autre.

Mais ici, pour The devil wears Prada, la critique est vraiment trĂšs trĂšs partagĂ©e. En plus, le musical a Ă©tĂ© créé Ă  Chicago en juillet 2022. On appelle cela un pre-Broadway try-out. Si ce n’est que suite Ă  cette sĂ©rie, la venue de ce musical a Ă©tĂ© annulĂ©e Ă  Broadway. Il y a une expression pour cela: « Closed on the road« . Cela n’est pas spĂ©cialement encourageant.

Voici donc le show Ă  Londres dans l’immense Dominion Theatre (plus de 2.100 places).

Le public est prĂ©-hystĂ©rique. Pour entrer dans la salle, il faut se battre pour traverser la file de gens qui – avant le spectacle – s’entassent pour acheter de nombreux souvenirs. Et il y en a une collection de souvenirs Ă  acheter
 . La salle est totalement pleine. Pas mal pour le Dominium au bout d’un an. Je suis trĂšs loin de me prĂ©parer Ă  assister Ă  un flop comme ce fut le cas en janvier 2005, lorsque j’ai vu, trois jours avant la fermeture, Bat Boy au Shaftesbury Theatre. On Ă©tait une cinquantaine dans ce théùtre de plus de 1.400 places. Et bien pour ne rien cacher, je crois que j’ai nettement prĂ©fĂ©rĂ© Bat Boy Ă  The Devil wears Prada. Mais n’allons pas trop vite. Analysons les choses en profondeur, concentrons-nous sur les choses dramaturgiquement importantes: je crois que je suis le seul dans la salle Ă  ne pas avoir une coupe de champagne Ă  la main!

Je suis de plus en plus inquiet. N’oublions pas que ce musical a Ă©tĂ© créé Ă  Chicago en 2022. On appelle cela un pre-Broadway Try-Out (essais avant Broadway). Mais les critiques ont Ă©tĂ© Ă  ce point terribles que le show n’a jamais terminĂ© Ă  Broadway. On appelle cela: « Closed on the road« . Une version retravaillĂ©e a Ă©tĂ© créée Ă  Londres il y a un an. Et ici encore, la presse fut 
 mitigĂ©e, pour ĂȘtre poli: « A decent comedy but a lousy musical ».

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Bon ça commence. une actrice monte en scĂšne par l’escalier avant. DĂ©marche prĂ©tentieuse, arrogante. Elle s’adresse Ă  nous: « Hello Folks« . Les gens rĂ©pondent par une Ă©norme ovation. Moi comme je n’ai pas affonnĂ© du champagne et qu’en plus je ne sais pas qui c’est, je ne hurle pas tout mon bonheur.

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Elle reprend: « Vous avez fait une photo du titre, les nazes? Avant de ranger vos tĂ©lĂ©phones, il faut en prendre une maintenant qu’il y a quelque chose d’intĂ©ressant sur scĂšne devant. MĂȘme celles qui ont un faux sac Louis Vuiton » AprĂšs mon isolement champagnesque, je rentre dans la masse et fait une photo de la dame comme les 2.000 autres spectateurs.

L’histoire peut commencer. Enfin l’histoire
 Je sais qu’elle s’inspire d’un roman et d’un film Ă  succĂšs, mais il y a du avoir un problĂšme en route. L’histoire donc suit Andrea « Andy » Sachs, jeune diplĂŽmĂ©e en journalisme, idĂ©aliste et un peu nunuche, qui dĂ©croche un emploi de rĂȘve comme assistante de Miranda Priestly, la rĂ©dactrice en chef tyrannique du magazine de mode Runway.

Peu familiĂšre du monde superficiel et impitoyable de la mode, Andy dĂ©couvre rapidement qu’elle travaille pour une lĂ©gende aussi crainte qu’admirĂ©e.

Entre pressions professionnelles extrĂȘmes, Ă©thique journalistique compromise et identitĂ© personnelle mise Ă  mal, elle doit choisir en deux options de vie. Kant, Ă  l’aide!!!! Elle doit choisir entre rĂ©ussir dans un monde qui la transforme ou rester fidĂšle Ă  ce qu’elle est.

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Et vous savez quoi? Elle va dĂ©cider de retourner Ă  sa vie simple auprĂšs de son ancien boy-friend qui travaille dans un restaurant. Merci Kant
. Nous avons enfin la rĂ©ponse Ă  cette question qui nous hante tous: « Faut-il se trahir pour rĂ©ussir? »

Bon, voilĂ . Les artistes dansent et chantent comme des dieux. Mais on ne comprend pas pourquoi ils dansent et chantent tous le temps. Dans Elisabeth, on ressent pourquoi tout d’un coup Elisabeth commence Ă  chanter Ich gehör nur mir. On se croirait dans Les Demoiselles de Rochefort oĂč les artistes commencent Ă  chanter par ce qu’ils beurrent leurs tartines


Et la partition d’Elton John! Mais qu’est-ce que c’est que ça! Moi j’espĂ©rais un feu d’artifice Ă  la Billy Elliot – avec ses inoubliables chansons comme Electricity ou Solidarity ou Merry Christmas Mrs Thatcher ou He could be a star ou 
 – ou Ă  la Aida – avec ses tout aussi sublimes Every story is a love story ou Another pyramid ou My strogest suit ou A step too far ou 
 . Mais ici rien. C’est juste du Elton John en pilote automatique. Et encore dans un simulateur de vol. Oubliable immĂ©diatement. D’ailleurs, c’est dĂ©jĂ  oubliĂ©. Mais qui peut acheter ce disque?

Et alors, ironie cruelle, selon le programme, l’équipe voulait actualiser l’histoire du roman et du film en insistant sur le pouvoir et la rĂ©silience fĂ©minine. Mais c’est juste le contraire
 Ce spectacle qui prĂ©tend cĂ©lĂ©brer les femmes, les rĂ©duit Ă  des caricatures, Ă  des clichĂ©s.

S’enchaĂźnent pendant toute la piĂšce des costumes tape-Ă -l’Ɠil, mais sans cohĂ©rence esthĂ©tique. Tout ressemble Ă  une revue d’images publicitaires, sans univers théùtral. MĂȘme les dĂ©filĂ©s, censĂ©s ĂȘtre le cƓur visuel du show, semblent mĂ©caniques. La critique du New York Times me fait rire car elle est tellement rĂ©elle: « Le diable s’habille en Prada, mais la mise en scĂšne s’habille en PowerPoint« .

Les artistes plateau ne sont pas en cause mais l’Ɠuvre est Ă  jeter Ă  la poubelle. D’ailleurs je suis sĂ»r que dĂšs le dĂ©part de Vanessa Williams (qui joue Miranda) le spectacle va s’arrĂȘter.

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